19 May
19May

La danse comme moyen d’expression et signe ethnologique, véhicule une part de l’histoire du danseur, de son  groupe social et de sa patrie. Elle intègre des mécanismes souvent relégués à des prismes anthropologiques ( signes cachés ) qui s’exaltent fugaces, le temps d’une danse.   


Guerre et Paix  

El Berzana est une danse très populaire au triangle Touat-Gourara-Tidikelt (sud ouest algérien), où les brassages culturels furent divers. Elle demeure, à l’instar des autres manifestations artistiques de la région, tels que el Baroud, l’Ahalil et Rakbia, un mode d’expression qui s’accomplit en communion, et remplit une fonction sociale bien définie. 

El Berzana s’exécute en deux lignes opposées. C’est une affaire d’homme. Munis de cannes, ils avancent en exhibant leurs « armes » qu’ils  lèvent et rabattent énergiquement. Elle possède un registre de chants précis, et le ton est tout… sauf léger. Il s’agit à proprement dit, de simuler une bataille. Les hommes croisent les cannes avec vigueur comme pour mimer les gestes des combattants. On célèbre ainsi les guerriers d’antan, qui se sont battus pour une contrée qui a évolué au gré des invasions, des soulèvements, des razzias et des jeux d’alliances. Les rixes s’estompent, les ennemies d’hier sont les alliés d’aujourd’hui. Les archives font légion, et la danse en est témoin. 

Les femmes organisent aussi leurs propres assemblées de Barzana, cela s’accomplit à l’abri des regards masculins. Mêlés aux hommes et aux femmes, les enfants ne sont jamais loin, ainsi, la transmission est toujours maintenue. 

La danse est très prisée lors des manifestations religieuses comme «Al Mawlid Nabaoui » (Nativité du prophète Mohamed (QSSSL) qui correspond à 12 rabie al-awel du calendrier de Hégire; ce jour correspond au Gourara à la ziara de Lalla Hija, épouse d’El Hadj Belkacem, (XVI siècle), un érudit de la tariqa soufi Taybiya qui a vu dans un songe, dit-on,  le prophète (QSSSL), lui intimant l’ordre de rassembler les factions, trop longtemps consumées par les rivalités. Ainsi, le S’boue est né au Gourara, et est célébré le septième jour après la commémoration de la nativité.    

 El Berzana, à l’occasion de la commémoration de Lalla Hija, mime la bataille qu’ont livré les habitants de Timimoun, et de Zaouiyat  Hadj Belkacem, tous deux désireux d’enterrer la sainte chez eux.  

Non conçues que pour distraire, les danses populaires occupent une fonction précise,  demeurent  vivaces dans les régions rurales et sahariennes  et s’imposent comme ciment social. Mariem Guellouz pose la problématique de la nécessité d’approcher la danse par la voie de la sémiologie, la discipline qui étudie  les systèmes de communications. Elle met en exergue dans ce passage « la pertinence d’une approche ethnographique pour une étude sémiologique du corps dansant. La danse comme pratique sociale et artistique est fortement liée aux structures socioculturelles et aux rapports (alliance, hiérarchie) entre les individus d’une même société. L’application des catégories linguistiques et sémiologiques à la danse la définit d’emblée comme un système de communication, une codification  [ ] qui est un signe d’affiliation socioculturelle ».

Leila Assas  

 

Bibligraphie : 

  • GUELLOUZ, Mariem, « Du devenir anthropologue du sémiologue : pour une anthropo-sémiologie du corps dansant »,Cygne noir, no 2, 2014.   
  • KESSEL, Juan van Danseurs dans le désert : une étude de dynamique sociale. La Haye, Mouton, 1980. 222 p. (Religion and society) Salle J – Anthropologie – 
  • Musiques et danses traditionnelles du patrimoine algérien ( Ouvrage collectif )Sous la Direction de Mme la Professeur Maya Saïdani Directeur de recherches  au CNRPAH Edition 2013, P.30-41 
                            

                           

                        

                       


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