31 May
31May

La station d’art rupestre tassilienne de Jabbaren, située  sur le plateau de Tamrit non loin de l’Oasis de Djanet, abrite plus de cinq mille gravures; dont les plus anciennes remontent à plus de 9000 ans. Elles ont été étudiées la première fois par le professeur Henri Lhote lors d’une expédition en  1933 et constituent un fond  à valeur paléo-anthropologique considérable.   

Henri Lhote répertorie quatre périodes de datation des gravures rupestres. Devenue une référence en la matière (datation des sites rupestres au Sahara);  il permet un découpage des époques de la façon suivante  : Période bubaline, période bovidienne, période cabaline et période cameline. Chacune, est caractérisée par plusieurs styles chromatiques et picturaux. Au nombre de douze, ces styles attesteraient du passage du même nombre de civilisations et peuplades distinctes. 

Il est à souligner que les controverses à propos de la datation, et répartition des périodes et styles, persistent encore de nos jours. 


L’indélébile élégance peule  

Représentée de profil, la gravure dont il est question met en scène deux filles aux  traits fins, nez aquilins et arborant deux coiffures sophistiquées dites en cimier et pain de sucre, encore d’usage en Afrique de l’ouest; notamment, à Mopti et Bandiagara au Mali. 

Le caractère figuratif réaliste de cette peinture, atteste d’une présence septentrionale de ce  peuple   avant la désertification du Sahara. Baptisée « Les jeunes filles peules de Jabbaren » et rattachée selon Lhote à la période bovidienne (néolithique : 4000 ans avant J.C. à 1500 avant J.C.), cette gravure est exécutée avec une technique chrome, et incarne l’indélébile élégance peule, un peuple mystérieux, et  nomade de l’Afrique de l’ouest.

La gravure nous offre  une perspective de lecture anthropologique très intéressante et   dresse des analogies éloquentes avec le peuple peul actuel. Ce qui  ouvre un champ de lectures et d’interprétations, sur les prémices du peuplement du Sahara, les airs du nomadisme et transhumances, ainsi que les vagues migratoires. 

Les  gravures rupestres du Tassili N’Ajjer  constituent un socle d’étude paléolithique, en Afrique, des plus probants. Les anthropologues et spécialiste attestent d’une avancée de 2000 ans sur l’Afrique méditerranéenne. Malika Hachid  ajoute en ce sens «  On peut donc voir dans la civilisation bovidienne saharienne l’origine de l’Afrique actuelle où Touareg, Bambara, Sarakollés, Peul, Dogon, Ethiopien et autres, pour être différents, n’en sont pas moins tous nés de la même matrice préhistorique.».   

Leila Assas


Bibliographie :

  • G. Camps, « Jabbaren », Encyclopédie berbère, 25 | Iseqqemâren – Juba, Aix-en-Provence, Edisud, 2003, p. 3841-3842 
  • – HAMPATÉ В A et G. DIETERLEN LES FRESQUES D’ÉPOQUE BOVIDIENNE  DU TASSILI N’AJJER ET LES TRADITIONS DES PEUL : HYPOTHÈSES D’INTERPRÉTATION 
  • – Lhote H. Le peuplement du Sahara néolithique, d’après l’interprétation des gravures et des peintures rupestres. In: Journal de la Société des Africanistes, 1970, tome 40, fascicule 2. pp. 91-102. 

Initialement publié sur Babzman.com


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