18 May
18May

Le vocable  amazigh s’est imposé ces dernières décennies comme une alternative au mot « berbère . Rappelons que ce dernier est tiré  du mot gréco-latin barbarus qui désignait tout ce qui était étranger à leur civilisation. Issu d’une onomatopée représentant une prononciation inintelligible (bar bar), le mot admet dès l’antiquité, une connotation péjorative, qui s’est affirmée avec le temps et son usage actuel.

 En raison de son caractère exonyme, le mot berbère a été  remplacé par amazigh (par les militants de la cause), pour désigner les habitants d’Afrique du nord.  

Origines et étymologie 

L’hypothèse la plus répandue pour le mot amazigh, provient de son appellation des Mazices : une peuplade antique d’Afrique du nord (Mauritanie césarienne). A cet effet, c’est un terme évoqué dans les récits romains pour désigner cette population non romanisée, au même titre que les Maures et les Gétules.

Par ailleurs, Ibn Khaldoun évoque dans ses écrits Mazigh, un ancêtre royal berbère. Il n’existe pas de traces écrites d’une affiliation entre le monarque Mazigh et la population des mazices. Seul un rapprochement phonétique, dans cette même aire géographique, permet une corrélation.

 De l’ethnonyme au néologisme sémantique  

Avant sa généralisation au XXe siècle en tant qu’appellation, il fut usité en tant que nom commun dans l’aire berbérophone saharienne. D’ailleurs, en znatiya au Gourara, il signifie «m aitre », « seigneur » et « Dieu ». Dans les corpus d’ahalil du Gourara, le terme  « amazighinou » (mon seigneur) est souvent employé pour évoquer les saints patrons. Chez les touaregs, il renvoie vers la notion de noblesse en opposition aux populations esclaves au sein de ces sociétés codifiées. 

Il convient de préciser qu’à l’instar d’une faction de Ghadamès en Lybie, les amazighs sont une des plus importantes tribus berbères avec les Chleuh et les rifains au Maroc. 

Par ailleurs, l’usage de ce vocable se voit actualisé et répandu suite à son intégration dans  le champ intellectuel, par les berbéro- nationalistes  des années  40’ du mouvement PPA-MTLD  pour l’indépendance de l’Algérie. Et l’emblématique hymne berbériste « kker a mmi-s umaziɣ, » (lève-toi fils de amazigh) du  feu Idir  Aït-Amrane est considéré comme une des premières introductions de cette appellation en Kabylie. Salem Chaker  explique la genèse de ce chant en ces termes : « Ces jeunes militants, qui avaient accès à la littérature scientifique  berbérisante abondante à Alger, vont se lancer, pour répondre à ces besoins tout à fait pratiques et immédiats, dans l’aménagement lexical de leur langue et initier une série de néologismes : néologismes par emprunt à d’autres dialectes berbères, principalement le touareg [ ] Mais Amaziɣ/tamaziɣt était totalement inconnu dans l’usage traditionnel de nombreux groupes berbérophones importants : Kabyles, Chaouis, Mozabites…» 

 

Interprétation et idéologie 

Amazigh  signifie dans son sens nouveau, « L’homme libre ». C’est une définition qui serait une réinterprétation moderne de ce vocable. Chaker parle « d’acclimatation » de ce mot, qui véhicule surtout depuis les  années 70, un sentiment d’unicité idéologique et ethnique de la mosaïque berbère de l’Afrique du nord. Amazigh/ imazighen pour le peuple et tamazight  pour la langue, sont désormais des dénominations courantes 

Depuis plusieurs années, l’amazighité a le vent en poupe et défend son territoire au sein de gouvernements officiellement arabisés, et s’impose comme vecteur hautement politisé de revendication  idéologique contre l’hégémonie arabo-islamiste. Cependant, l’aménagement linguistique  de la langue amazigh doit faire face à un problème de  dialectisation  de cette dernière, un problème qui remonte à l’antiquité selon le linguiste Mohand Akli Haddadou. Il en dégage cinq zones de dialectes et souligne  également  l’important vocabulaire commun, à toutes les tribus amazighes.  

Leila Assas  

 

Bibliographie:

  1. M. A. Haddadou, vocabulaire amazigh commun – Thèse de doctorat ,2003  
  2. Salem CHAKER , « Amazigh / Berbère / Tamazight : dans les méandres d’une dénomination » LacnadInalco / Iremam, AMU 
  3. M. A. Haddadou,  Guide de la culture et de la  langue berbères, Alger, entreprise nationale du livre, 1994, 323 P. 
  4. M. Peyron, S. Chaker et T. Oudjedi, « Izli », in 25 | Iseqqemâren – Juba, Aix-en-Provence, Edisud (« Volumes », no 25) , 2003 [En ligne], mis en ligne le 01 juin 2011, consulté le 07 avril 2015. URL : https:// 
  5. encyclopedieberbere.revues.org/1459 
  6. Image : « Tribus Berbères du Haut-Atlas, » André Bertrand, 1977
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