30 Apr
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De sa vie, nous ne savons que peu de choses, hormis un sobriquet trivial, une notoriété internationale, et des chansons audacieuses  : complaintes sulfureuses d’un érotisme défiant l’ordre moral, et le politiquement correct. Elle incarnait une « société subalterne », dénigrée par l’Algérie post– indépendante du FLN. Pourtant, Rimitti a soutenu et a chanté la révolution, à l’heure où le pays suintait le sang et la poudre. 


Un parcours atypique 

Rimitti, de son vrai nom  Saâdia Bedief est native de Tessala, une localité prés de Sidi Bel-Abbés (Oranie. Elle a vu le jour en 1923, et a grandi orpheline. Ballotée par une troupe de musiciens nomades, elle vit aux rythmes de la gaçba* et du gallal* avant de se lancer dans une carrière aux côtés de son compère Cheick Mohamed Ouled Ennems, et de s’imposer dès les années 40’ comme la digne héritière des medahhates du bédoui el wahrani (ancêtre du raï traditionnel, un genre musical prisé en Oranie). On l’a affublé du surnom de Rimitti, suite à sa tendance à aborder les serveurs avec un air fantasque, vociférant «  rimitti, rimitti », pour dire remettez une autre tournée.

Après l’Indépendance, le raï est banni des canaux officiels. Jugés subversifs, les musiciens du raï sont interdits d’antenne. Dès lors, Rimitti quitte l’Algérie et s’installe à Paris en 1978. Elle y connut une carrière internationale, et un succès fulgurant. C’est depuis la France que ce genre musical, prospère et rayonne pour être enfin réhabilité en Algérie quelques années plus tard.

« D’une liberté inégalable, aucune artiste actuelle n’a le charisme de cette dame. Elle a fait face aux problèmes sociaux, des traditions et coutumes de l’époque. Durant la colonisation, elle était autant adulée par les algériens que par les soldats de la Légion Etrangère, de la Rue Rouvert  à Sidi Bel Abbés», nous confie, le musicien Sofiane Saidi, natif lui aussi de la ville.


Oued Chouly, une bataille, un chant patriotique 

Durant la Guerre de Libération, Rimitti a chanté la Révolution, avec des chants patriotiques comme « Naourya el ghaba w’ dergui el moudjahidines » (Luit forêt et cache les moudjahidines) ou encore Oued Chouly, un chant qui rend un vibrant hommage au Raïs Benallel, tombé au champ de la Bataille de Oued Chouly, en décembre 1956 (actuellement Oued Lakhdar, commune de Tlemcen).

Le chant Oued Chouly est issu de la tradition orale féminine de l’Oranie, dont la plus populaire manifestation artistique est la danse el-çaff. Une danse des régions rurales comme Sebdou, Ath Senouss, Mascara et Sidi Bel Abbés. Elle s’exécute avec des allures frénétiques, en deux rangs faisant face, et dont les thèmes varient selon les contextes. Durant la Guerre de Libération, el – çaff versa dans un registre patriotique où les femmes, les sœurs et les mères des moudjahidines et martyrs célébrèrent la bravoure de leurs patriotes.

Devenu célèbre grâce à Rimitti, le chant de Oued Chouly est repris après l’indépendance par une pléiade de chanteurs raï tels que, Belkacem Boutelja, El Arbi el wazani et Djilali Amarna de Raina Rai mais aussi par des musiciens d’autres horizons artistiques comme Watcha Clan et récemment, les Jaristes. Beaucoup reconnaissent en elle, la mère du raï moderne. « Elle était la mère du genre qui a rendu célèbre l’Algérie, l’Algérie de Tessala, l’Algérie de Relizane et l’Algérie du mépris, de la censure et de l’éloignement forcé de la sève de ce pays. Elle était la matriarche du raï. L’incomparable diva. » souligne le dramaturge Bouziane Benachour.

Leila Assas 


Bibliographie : 

  • Tayeb Belghiche (edito de El Watan du 17 mai 2006)- CHEIKHA REMITI (https://www.elwatan.com/2006-05-17/2006-05-17-42726)
  • Sabah MESOUANE, Musiques et danses traditionnelles du patrimoine algérien ( Ouvrage collectif )Sous la Direction de Mme la Professeur Maya Saïdani Directeur de recherches au CNRPAH Edition 2013, P.30-41
  • https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2006/05/16/cheikha-rimitti-chanteuse-algerienne_772344_3382.html#75dU8M64RGgS1Aor.99


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