06 Jun
06Jun

ENVOYÉ SPÉCIAL À ABIDJAN – Œuvre difficile à classer, Murer la peur n’est ni une conférence-performance, ni une pièce à thèse, ni un concert. Le spectacle signé du Suisse Patrick Mohr s’installe précisément là où le théâtre se souvient de sa fonction politique et critique. Le point de départ est singulier. Il s’agit d’un texte de l’écrivain mozambicain Mia Couto, auteur de Terre somnambule. Ce texte, initialement conçu pour une conférence sur le désarmement à Estoril en 2011, se trouve ici arraché à sa vocation discursive pour être confié à des corps, des voix et des rythmes. Ce déplacement de genre constitue le premier geste politique du spectacle, et sans doute le plus décisif. À cette matière textuelle s’accumule une pléiade de palimpsestes et de références intellectuelles. Cinq comédiennes, musiciennes et danseuses accompagnées de trois musiciens brouillent constamment les frontières entre les disciplines. Le pari était risqué, mais il est tenu.

Sur le plateau, la narration linéaire s’efface au profit de l’accumulation et du martèlement. Le mot « signalé » revient comme un coup de poing régulier. Il cherche moins à signifier quelque chose qu’à installer une atmosphère lourde, celle d’un monde où les alertes se succèdent sans jamais être entendues. Ce choix esthétique n’est pas sans évoquer Antonin Artaud (poète, romancier, acteur, dessinateur et théoricien du théâtre français), notamment sa vision de la parole comme un acte pur et physique. La scénographie fait écho à cette saturation. La musique live et la physicalité des comédiennes créent une tension constante, transformant la salle en une caisse de résonance des crises contemporaines. Cette polyphonie mondiale, des mouvements environnementaux aux scènes africaines, dit quelque chose de l’universalité des catastrophes annoncées. En installant cette urgence dans une pièce sur le désarmement, le metteur en scène étend son geste pour signifier que la violence économique est une violence au même titre que la guerre.

Pour lire la suite : https://www.noocultures.info/murer-la-peur-au-masa-2026-le-theatre-au-risque-du-manifeste-politique/

Leïla ASSAS, de retour d’Abidjan ©https://www.noocultures.info/


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