30Apr

« Il était une fois trois dames qui demeuraient à Alger, dans la Kasbah. Et ces trois dames s’appelaient Kadidja, Fatmah et Fizah. » Les trois dames de la Kasbah, Commence de la sorte, un conte, un récit de voyage dans la pure tradition colonialiste de la fin du XIX, coincé entre le récit ethnographique et la fantasmagorie orientale.

« Il était une fois trois dames qui demeuraient à Alger, dans la Kasbah. Et ces trois dames s’appelaient Kadidja, Fatmah et Fizah. » Les trois dames de la Kasbah, Commence de la sorte, un conte, un récit de voyage dans la pure tradition colonialiste de la fin du XIX, coincé entre le récit ethnographique et la fantasmagorie orientale.  

La nouvelle réédition  de 2001 est illustrée par une série de photos d’hommes et de femmes algériens du début du siècle dernier, puisées dans le fond photographique du collectionneur Mohamed Sadek Messikh qui signe également la préface : « [  ] Alger offrait encore l’image d’un Orient » Dixit –il. La redondante assimilation  d’Alger et sa Kasbah  cosmopolite à l’Orient semble perdurer, résultante d’un ancrage idéologique colonialiste. 


Des odalisques et des tribulations  

Ecrit  en 1882 par Pierre Loti, sous le titre original « Fleurs d’ennui »  et sous-titré « Conte oriental ». L’auteur met en scène trois dames lascives, au cœur d’une tumultueuse affaire de mœurs qui les lient à  des matelots basques et bretons. Le conte semble être inspiré par trois femmes que l’auteur rencontre. La plume y est fluide mais sans grande ambition stylistique. Le réel s’enchevêtre au fictif et l’intrigue n’est pas au rendez vous.  

Un soir d’été, Kadidja, mère veuve et ses deux filles Fatmah et Fizah s’adonnent à la prostitution, et convient des matelots à partager leurs couches. Les trois dames apparaissent irréelles « Dans cette pénombre bleue, elles semblaient des êtres chimériques, des prêtresses accroupies dans un temple, des courtisanes sacrées dans le sanctuaire de Baal ». C’est ainsi que le corpus se poursuit, ponctué de longs passages descriptifs  de l’apparat, des lieux, des sons et des parfums mais également de la population cosmopolite de la Casbah, habitée par des maltais, juifs, maures et arabes. Apres une nuit d’errance et de volupté, ponctuée de rythmes saccadés, les six matelots quittent les prostituées porteuses d’une maladie incurable, « contagion arabe » selon l’auteur. 

Christine Peltre dresse un parallélisme entre Les Mille et Une Nuits  et les Trois Dames de la Kasbah, pour souligner l’aspect pittoresque que suscite ce récit et ajoute en ce sens, que l’œuvre de Loti se juxtapose aisément à l’imaginaire véhiculé par d’Eugène Delacroix à travers  la figure de l’odalisque qui se languit.      


L’auteur et son époque  

L’auteur pérégrine au nom d’un idéal colonial. Il séjourne en  Turquie, à Tahiti, au Japon, et en Algérie. Poussé par une curiosité ethnographique, il livre ses observations et impressions, mais quelle valeur  scientifique peut-on accorder à ces carnets de voyages ? Peut-on  formuler avec exactitudes des hypothèses généralistes ?   

A ce propos, Alain Quella- Villéger, dans une interview accordée à Leila Sebba répond en ces termes  « Il ne décrit pas comme un ethnologue, il ne donne pas ou peu de noms de lieux […] Les trois dames de la Kasbah m’a paru assez conventionnel, dans une imagerie exotique propre l’époque. » Cela souligne ,ainsi « l’orientalisme de pacotille » de Loti,  tout en évoquant l’anticolonialiste  et l’humaniste qu’il était . 

Considérer à titre posthume et faire perdurer l’idée qu’un officier gradé d’un empire colonial puisse être humaniste nous renvoie à  une lecture, axée sur la légitimité présumée du discours colonial, sa mission civilisatrice et la supériorité occidentale.  

Un siècle après l’expédition de Bonaparte en Égypte (1798), qui a donné naissance à ce « climat » du mouvement orientaliste; Pierre Loti, l'écrivain, académicien, voyageur est avant tout un officier de Marine, demeure, à l’image des auteurs orientalistes de l’époque tels que Théodore Chassériau, Léon Belly et Eugène Fromentin, ancré dans une imagerie « exotique » façonnée de préjugés jusqu’à confondre des termes tels que mauresque, arabe et oriental. L’air géographique  de l’orientalisme  souvent confondue à l’extension de l’empire Ottoman alimente la confusion des spécificités entre les peuples, voire leurs négations. 

Repris dans un contexte contemporain la qualification de « l’humaniste » que fut Pierre Loti gène. «exotisme » et «  orientalisme »  sont autant de termes dépassés, que des vecteurs d’une vision du monde de l’occident par les occidentaux ou le «  reste », l’ailleurs devient un monde à part. Un  monde à conquérir. Un monde à apprivoiser. Un monde à civiliser. 

Leila Assas  

 

Bibliographie : 

  •  « Alain Quella-Villéger, Les Carnets de l’exotisme 
  • Marie LISE FOURCINE MADEC*, Musset et Loti Influence et convergence 
  • Poétique Université Azad Islamique, Unité des Sciences et de la Recherche de Téhéran, 1ère année, n° 4, Hiver 2014 
  • Claire Lingenheim, Les orientalismes,  Lycée des Pontonniers strasbourg   terminale l | option histoire des arts.  
  • Pierre Loti, Les trois dames de la Kasbah, Ed, Rais 2001 Musé de la Vie romantique – 2006 -exposition Pierre Loti – Fantmes d’Orient, commissaires invités Solange Thierry et Jérôme Godeau 

 

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30Apr

De sa vie, nous ne savons que peu de choses, hormis un sobriquet trivial, une notoriété internationale, et des chansons audacieuses  : complaintes sulfureuses d’un érotisme défiant l’ordre moral, et le politiquement correct. Elle incarnait une « société subalterne », dénigrée par l’Algérie post– indépendante du FLN. Pourtant, Rimitti a soutenu et a chanté la révolution, à l’heure où le pays suintait le sang et la poudre.

De sa vie, nous ne savons que peu de choses, hormis un sobriquet trivial, une notoriété internationale, et des chansons audacieuses  : complaintes sulfureuses d’un érotisme défiant l’ordre moral, et le politiquement correct. Elle incarnait une « société subalterne », dénigrée par l’Algérie post– indépendante du FLN. Pourtant, Rimitti a soutenu et a chanté la révolution, à l’heure où le pays suintait le sang et la poudre. 


Un parcours atypique 

Rimitti, de son vrai nom  Saâdia Bedief est native de Tessala, une localité prés de Sidi Bel-Abbés (Oranie. Elle a vu le jour en 1923, et a grandi orpheline. Ballotée par une troupe de musiciens nomades, elle vit aux rythmes de la gaçba* et du gallal* avant de se lancer dans une carrière aux côtés de son compère Cheick Mohamed Ouled Ennems, et de s’imposer dès les années 40’ comme la digne héritière des medahhates du bédoui el wahrani (ancêtre du raï traditionnel, un genre musical prisé en Oranie). On l’a affublé du surnom de Rimitti, suite à sa tendance à aborder les serveurs avec un air fantasque, vociférant «  rimitti, rimitti », pour dire remettez une autre tournée.

Après l’Indépendance, le raï est banni des canaux officiels. Jugés subversifs, les musiciens du raï sont interdits d’antenne. Dès lors, Rimitti quitte l’Algérie et s’installe à Paris en 1978. Elle y connut une carrière internationale, et un succès fulgurant. C’est depuis la France que ce genre musical, prospère et rayonne pour être enfin réhabilité en Algérie quelques années plus tard.

« D’une liberté inégalable, aucune artiste actuelle n’a le charisme de cette dame. Elle a fait face aux problèmes sociaux, des traditions et coutumes de l’époque. Durant la colonisation, elle était autant adulée par les algériens que par les soldats de la Légion Etrangère, de la Rue Rouvert  à Sidi Bel Abbés», nous confie, le musicien Sofiane Saidi, natif lui aussi de la ville.


Oued Chouly, une bataille, un chant patriotique 

Durant la Guerre de Libération, Rimitti a chanté la Révolution, avec des chants patriotiques comme « Naourya el ghaba w’ dergui el moudjahidines » (Luit forêt et cache les moudjahidines) ou encore Oued Chouly, un chant qui rend un vibrant hommage au Raïs Benallel, tombé au champ de la Bataille de Oued Chouly, en décembre 1956 (actuellement Oued Lakhdar, commune de Tlemcen).

Le chant Oued Chouly est issu de la tradition orale féminine de l’Oranie, dont la plus populaire manifestation artistique est la danse el-çaff. Une danse des régions rurales comme Sebdou, Ath Senouss, Mascara et Sidi Bel Abbés. Elle s’exécute avec des allures frénétiques, en deux rangs faisant face, et dont les thèmes varient selon les contextes. Durant la Guerre de Libération, el – çaff versa dans un registre patriotique où les femmes, les sœurs et les mères des moudjahidines et martyrs célébrèrent la bravoure de leurs patriotes.

Devenu célèbre grâce à Rimitti, le chant de Oued Chouly est repris après l’indépendance par une pléiade de chanteurs raï tels que, Belkacem Boutelja, El Arbi el wazani et Djilali Amarna de Raina Rai mais aussi par des musiciens d’autres horizons artistiques comme Watcha Clan et récemment, les Jaristes. Beaucoup reconnaissent en elle, la mère du raï moderne. « Elle était la mère du genre qui a rendu célèbre l’Algérie, l’Algérie de Tessala, l’Algérie de Relizane et l’Algérie du mépris, de la censure et de l’éloignement forcé de la sève de ce pays. Elle était la matriarche du raï. L’incomparable diva. » souligne le dramaturge Bouziane Benachour.

Leila Assas 


Bibliographie : 

  • Tayeb Belghiche (edito de El Watan du 17 mai 2006)- CHEIKHA REMITI (https://www.elwatan.com/2006-05-17/2006-05-17-42726)
  • Sabah MESOUANE, Musiques et danses traditionnelles du patrimoine algérien ( Ouvrage collectif )Sous la Direction de Mme la Professeur Maya Saïdani Directeur de recherches au CNRPAH Edition 2013, P.30-41
  • https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2006/05/16/cheikha-rimitti-chanteuse-algerienne_772344_3382.html#75dU8M64RGgS1Aor.99


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30Apr

“Kateb, Issiakhem voyaient en elle une résurrection de la Kahina” disait Benamar Mediene Native de Meskiana à Oum El Bouagui, en l’an 1949, Yamina Mechakra, psychiatre de formation et écrivaine passionnée signe un premier roman de jeunesse « Le Fils de qui ? », un roman qui n’a jamais été édité. Recueil identitaire, il répond aisément à la question, ô combien posée, qui suis-je ?

“Kateb, Issiakhem voyaient en elle une résurrection de la Kahina” disait Benamar Mediene. Native de Meskiana à Oum El Bouagui, en l’an 1949, Yamina Mechakra, psychiatre de formation et écrivaine passionnée signe un premier roman de jeunesse « Le Fils de qui ? », un roman qui n’a jamais été édité. Recueil identitaire, il répond aisément à la question, ô combien posée, qui suis-je ?

Elle est surtout connue des milieux littéraires avec ses deux romans, la Grotte éclatée paru en 1979, et Arris (1999)

 

La Grotte éclatée, un roman postcolonial 

Publié en 1979, et préfacé par Kated Yacine, qui l’affubla d’une citation devenue célèbre « À l’heure actuelle, dans notre pays, une femme qui écrit vaut son pesant de poudre » , la grotte éclatée est un texte hybride mêlant à souhait, la prose poétique, le récit de vie, le roman et l’autofiction. Le récit se construit autour de l’histoire funèbre d’une infirmière au maquis, qui porte en elle un enfant sans nom ni père. La jeune femme vit donc la double détresse d’être femme, et témoin d’une guerre atroce. Regroupant récits, témoignages et bribes de souvenirs, La grotte éclatée se trouve ainsi jalonné de dates clés, relatives à la guerre de libération (54-62); fixant ainsi avec précision, le cadre spatio-temporel.

 

« 5 Juillet 1962 [ ] 

Je dis ma foi en demain, clouée sur ma poitrine. 

Je dis ARRIS mon pays et ses moissons 

ARRIS mes ancêtres et mon honneur 

ARRIS mon amour et ma demeure ». 

 

Autre élément principal de lecture : la Montagne des Aurès, Arris. Personnage à part entière dans le roman, et que l’on retrouve dans son roman éponyme (99); Arris symbolise la matrice, la force matriarcale, à la fois fragile et immuable, tout en soulignant l’ancrage identitaire. Ce dernier porté et mis en exergue par l’introduction de l’intertextualité à travers des personnages historiques tel que Tacfarinas et Didon de Carthage. Nous retrouvons également une éloquente correspondance avec l’œuvre de Mouloud Mammeri en ces termes : « De la colline oubliée ont chanté les roseaux ». Un autre roman identitaire qui connut une réception critique mitigée et suscita une vive polémique lors de sa sortie en 1952, à l’aune des tensions politiques précédent la Guerre d’Indépendance.

 

Le roman la Grotte éclatée arrive dans un contexte de création marquée par deux éléments historiques majeurs : le FLN et l’avènement de l’islamisme, mettant de ce fait, l’accent sur les désillusions des femmes de se voir écartées de la scène politique. Du maquis à l’oubli, Mechakra dénonce ce prisme, et cette suprématie patriarcale du discours nationaliste.

Yamina Mechakra est katebienne pour certains, féministe pour d’autres, elle reste néanmoins une plume méconnue, oubliée de la grande scène littéraire.« Écrivaine effacée que l’on ne découvre que dans ses écrits. Sa production restreinte n’en est pas moins forte et marquante. Dans ses récits, le poète brille pour dire la blessure et la souffrance, l’amour et l’espérance. », Explique Afifa Bererhi, professeure en littérature française et comparée de l’Université Alger 2.

Leila Assas 

 

Bibliographie 

  • MECHAKRA, Yamina, La Grotte Eclatée, ENAG, 1979.
  • MOKHTARI, Rachid, Yamina Mechakra, Entretiens et lecture, Edition Chiheb, Alger 2015,
  • GUERROUMI Mervette, LA REPRESENTATION DE L’HISTOIRE ALGERIENNE AU FEMININ DANS L’OEUVRE DE YAMINA MECHAKRA LA GROTTE ECLATEE, Université de Saïda.
  • [Champ] Afifa Bererhi, Pensée pour Yamina Méchakra. Professeur en littérature française et comparée, Université Alger 2
  • NADJIA- LACETE -TIGZIRI .Relecture de La Colline oubliée de Mouloud Mameri, Juin 1998. UNIVERSITE PARIS XII







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30Apr

Benmansour avait côtoyé les plus grands, Racim Benateur, Isshikhem… Et Baya, qu’il évoquait avec beaucoup de nostalgie et de tendresse. A la galerie Sésame, on pouvait admirer des reproductions de la grande dame de l’art plastique algérien, réalisées par celui qui fut son ami et confident.

Benmansour avait côtoyé les plus grands, Racim Benateur, Isshikhem et Baya, qu’il évoquait avec beaucoup de nostalgie et de tendresse. A la galerie Sésame, on pouvait admirer des reproductions de la grande dame de l’art plastique algérien, réalisées par celui qui fut son ami et confident.


Sésame, une galerie pas comme les autres

Benmansour est né à Tlemcen en 1929. Après des études au sein du  mouvement artistique Art déco à Paris, il revient en Algérie en 1952. Messaliste de vocation, il aurait été selon son ami Lachachi Mustapha, le concepteur du premier tract de l’ALN de 1955. Sur ce passé politisé et militant, Benmansour, n’en évoqua que peu de détails.

Il ouvre sa galerie Sésame en l’an 1959, qui est sans conteste un des lieux mythiques d’Oran. Située près de la grande Poste, à la Rue Khmesti, elle apparait au comble du mysticisme, à  mi-chemin entre l’antre de l’ermite et l’antichambre d’un antiquaire. Des manuscrits, des toiles et des pierres de jade ornent les lieux. Soufi et mystique, il citait à souhait, et relatait les exploits ésotériques de Sidi Boumediene pour lequel, il exprimait une admiration sans faille.

L’art de Benmansour se traduit par des formes et couleurs oniriques, et tire ses origines de l’Art originel Algérien. A ce propos le doyen s’exprime sur sa démarche artistique comme suit « Une identification et une réhabilitation traditionnelle de l’Art originel Algérien reste une expression universelle à méditer et à réviser [ ] Ainsi, on représentait à travers les motifs originels toute la vie social et décorative de la tribu ou de la région a laquelle poterie pan tisses de tentes, bijouterie tatouages identitaire disparues .» Dans cette introduction sur l’art originel Algérien, il revient sur l’importance de porter l’art pictural représenté de manière « naïf » et véhiculé à travers l’artefact et l’artisanat traditionnel, au sein d’une vision plus académique. Cela s’exprime par l’usage du signe et symbole, à l’instar de son œuvre : Nuages sur l’univers d’un nomade.

Plasticien, graphiste, calligraphe, sculpteur et joaillier, feu Abdelilah Benmansour, qui nous a quitté le 02 décembre 2017, laisse une œuvre didactique et artistique de plus de 65 ans de carrière. Ses toiles continuent de voyager dans plusieurs pays tel que la France et les États Unis.

Triste constat, celui de la méconnaissance des jeunes générations de plasticiens algériens des travaux de Benmansour. Certains étudiants interrogés, de l’école des Beaux-arts, affirment n’avoir pas eu de cours sur l’artiste et l’Art originel Algérien.

Leila Assas


Bibliographie :

  • T LakhalUn nom, un lieu: Hadj Abdellah Benmansour, un artiste très discret, publié dans Le Quotidien d’Oran le 05 – 08 – 2009
  • https://abdbenmansour.canalblog.com/
  • https://p5.storage.canalblog.com/59/05/794055/58471097.jpg


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30Apr

Dans la “zone III”, malgré une politique de l’école pour tous, la scolarisation des enfants est pleine d’obstacles.L’école algérienne, en quelques chiffres, correspond à une année scolaire d’une moyenne de 36 semaines de cours, soit 5 jours ouvrables par semaine, jalonnée par 4 périodes de vacances. Ainsi, durant sa scolarité, du primaire au lycée, un écolier fredonne en moyenne 2160 fois l’hymne d’un Exilé

Dans la “zone III”, malgré une politique de l’école pour tous, la scolarisation des enfants est pleine d’obstacles.L’école algérienne, en quelques chiffres, correspond à une année scolaire d’une moyenne de 36 semaines de cours, soit 5 jours ouvrables par semaine, jalonnée par 4 périodes de vacances. Ainsi, durant sa scolarité, du primaire au lycée, un écolier fredonne en moyenne 2160 fois l’hymne d’un Exilé et se déleste au seuil de son école d’une part de son identité au gré des rouages idéologiques préétablis. S’ajoute à cette équation, la question du zoning et son lot d’inégalités car, lorsqu’on est écolier de la Zone III, on vit sa scolarité différemment.


Que signifie être écolier de Zone III en Algérie ?

La Zone III, dite Zone du Sud s’étend sur l’ensemble du Sahara algérien, soit 80% du territoire national. Cette vaste étendue est constituée de reliefs sablonneux, de plaines rocailleuses et de deux massifs grands dunaires, le Grand Erg occidental et le Grand Erg oriental. Cette carte postale « pittoresque » est habitée par des populations clairsemées, de différentes densités, tantôt nomades et tantôt sédentaires. Réparties dans des régions rurales et urbaines, ces dernières sont divisées en 18 localités dont 10 communes, nouvellement promues wilayas déléguées suite à un nouveau découpage administratif. A l’instar des Zones I et II, la rentrée se fait début septembre. En Zone III, cela signifie concrètement, commencer son année scolaire sous un soleil de plomb. A se demander à quoi sert un découpage, s’il ne prend pas en charge les disparités et particularités liées aux conditions géographiques et climatiques ?


Sous le soleil cuisant de septembre

Sous le soleil cuisant de septembre, la Zone III brûle. A Adrar-Reggane-In Salah , région appelée « le Triangle du feu » dans l’extrême sud ouest du pays et répertoriée comme étant la région la plus chaude au monde, le mercure grimpe jusqu’à 45° à l’ombre, au début de l’automne : la rentrée est synonyme de calvaire. Il faut attendre mi-octobre pour pouvoir pratiquer des horaires tels que 8h–14h, sans risquer littéralement sa vie . Des écoliers sont obligés de parcourir de grandes distances à pied par manque de transport, panne de transport, absence de rigueur des chauffeurs. Taib GH., jeune collégien, a parcouru durant les premières semaines de cette rentrée scolaire, 4 Km à vélo, de son village à son collège. Il se dit chanceux car d’autres marchent une heure et demi, coupent par des champs, s’égarent et arrivent en cours épuisés. Arrivé à destination, Taib cache son vélo en espérant le retrouver à la sortie. Pourquoi ne demandes-tu pas à le garer à l’intérieur de ton collège ? « J’avoue que je n’ai pas osé demander », répond-t-il.

Si le problème de transport est parfois réglé à coup de menaces et sit-in, il reste néanmoins d’autres soucis auxquels fait face l’écolier : gestion du stock des cantines, gestion en eau potable, manque de professeurs ou de manuels scolaires. Ce sont autant de facteurs récurrents que des motifs qui découragent les parents dont certains ont déscolarisé leurs enfants. La rupture de dialogue est une défaillance constante au sein du système scolaire. Mais ce n’est pas pris en considération par certains parents d’élèves qui observent souvent un exode lié à la recherche de l’emploi dans les grandes villes du nord du pays. Par ailleurs, très peu d’associations de parents d’élèves se mobilisent sur cette question.


Communauté éducative non-qualifiée et absentéisme

Dans le cadre de la politique d’équité territoriale, la démarche « école pour tous/ école partout » suppose la construction d’écoles primaires dans chaque village et chaque oasis. Ces zones dites «  arides » souffrent de manque d’enseignants alors pour pallier ce manque, l’état a instauré une revalorisation salariale  attractive. La prime de la Zone III est de 40 à 80 % d’augmentation, calculée sur le salaire de base, dans le but d’encourager et rehausser les recrutements dans les secteurs défavorisés. Or, des cas fréquents d’absentéismes ont pu être observés et le manque de personnel qualifié tels que des orthophonistes et pédo-psychologues est important. Les élèves dit à besoins spécifiques sont lésés. Ce terme généralisé englobe l’autisme, les troubles du langage, handicape psychomoteur et maladies chroniques non transmissibles.

Hafida Terguie est une brillante élève souffrant de la maladie des enfants de La Lune, un terme bien joli qui cache une pathologie orpheline dont le nom scientifique est Xeroderma Pigmentosum. «J’ai appris que dans d’autres pays, les classes sont équipées de filtre UV», dit-elle. Malvoyante, elle se voit interdite l’accès à l’épreuve du brevet d’enseignement moyen (BEM). Son cas n’a pas été notifié au préalable pour qu’elle puisse utiliser une liseuse. L’association spécialisée « Le Bonheur » prend en charge Hafida. « Non subventionnés par l’état, les médicaments sont onéreux et non remboursés par la sécurité sociale. L’association prend en charge 222 cas sur plus de 500 cas répertoriés sur le territoire national», déclare N.C. ‚un membre actif de l’association.


Question raciale

A l’école primaire de Fatis, une charmante oasis de la région du Gourara (Timimoun), une enseignante renvoie une élève sous prétexte que cette dernière s’est présentée en cours avec des «Tikhloufine », nom zénéte (un idio-dialecte amazigh) pour désigner les tresses foulani. L’immunité dont jouit l’enseignant, véhiculée par la sacralisation de ce dernier ainsi que l’absence du droit à l’information des parents d’élèves est récurrente.

Beaucoup de cas de violences banalisées ont été signalés. Pourtant, la Charte d’éthique élaborée dans le cadre de la réforme, après la loi d’orientation 04/08 de janvier 2008, garantit les droits de l’élève : «Aucune atteinte à la dignité de l’élève ne doit être tolérée; son intégrité tant physique que morale doit faire l’objet d’un respect absolu, toute violence visant un élève, et émanant d’un membre de la communauté éducative, doit être bannie». Khadidja Abadi, enseignante de primaire, issue d’une formation en sociologie  de l’enfant, affirme avoir observé chez ses élèves des cas de traumatismes collectifs liés aux brutalités perpétrées par leur ancien maitre d’école.
 Lorsqu’on est fils du vent, né dans un campement nomade et contraint à être fixé pour la scolarisation comme il est le cas à Bordj Badji Mokhtar, on endure également souvent un racisme inouï. Cela signifie concrètement subir la question raciale liée aux castes locales. Un phénomène qui semble toucher également les enseignants venus du nord. L’incompréhension du mode de vie nomade ne favorise pas non plus un climat de confiance entre apprenant et enseignant.


Langues étrangères, débouchés universitaires, représentations et aspirations

Il est à noter que cette minorité visible, à l’instar des enfants des Hauts Plateaux (Zone II), n’est que très peu représentée dans les manuels scolaires qui rendent à peine compte de la diversité culturelle. Dans ces ouvrages, la zone III est souvent reléguée à une imagerie « exotique ».
 Si ce parcours du combattant se solde finalement par une réussite, bac en poche, les futurs étudiants se heurtent à la problématique des débouchés universitaires. Les aspirations sont limitées par un manque de qualifications. La plus importante est l’accès à l’enseignement des langues étrangères, pas ou peu accessibles, à cause du manque de professeurs des langues française et anglaise dans cette zone.

Leila Assas




                       


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29Apr

Houria la Brune est associée à ce que fut la plus grande opération d’infiltration au sein du FLN par des agents doubles, au service de l’armée française. Les archives du ministère de la Défenses français, révélées en 1998, démontrent son implication dans l’assassinat de Ali la Pointe et ses acolytes Hassiba Ben Bouali, Hamid Bouhamidi et le Petit Omar.

Houria la Brune est associée à ce que fut la plus grande opération d’infiltration au sein du FLN par des agents doubles, au service de l’armée française. Les archives du ministère de la Défenses français, révélées en 1998, démontrent son implication dans l’assassinat de Ali la Pointe et ses acolytes Hassiba Ben Bouali, Hamid Bouhamidi et le Petit Omar. 


Opération « La Bleuite »

L’opération de l’armée française portant le nom de « La Bleuite » fut menée par le capitaine Paul-Alain Léger, avec pour objectif premier : détruire le FLN de l’intérieur, et principalement la Zone Autonome d’Alger (ZAA) – «le Maquis urbain », dont le fief était la Casbah. L’agent double Houria, dite la Brune, ex militante du FLN, fut recrutée par la force et l’intimidation, après son arrestation, suite à la dénonciation de son mari, désireux, semble-t-il, de se débarrasser d’elle selon le témoignage de Jean-Paul Mari, auteur du documentaire « La “Bleuite”, l’autre guerre d’Algérie ».

En septembre 1957, elle est donc présentée à Paul-Alain Leger, ce dernier est connu pour ses méthodes peu conventionnelles, qui excluent toutefois la violence et la torture. Il opte pour la manipulation en semant la peur et la paranoïa. Faisant courir la rumeur du déclin du FLN, il draine les peureux, et les hésitants soucieux de se retrouver dans le “bon camp”, quand « les troubles » auraient pris fin. C’est ainsi qu’il recrute Houria qui commença à fréquenter les lieux publics de la Casbah, marquant au crayon les “suspects”.Elle deviendra « [ ] celle qui se révélera être sa meilleure agente. Il l’infiltre dans la Casbah et les renseignements pleuvent. [ ] Les guetteurs de Léger, hommes, femmes et enfants, n’ont aucun mal à suivre l’agent de liaison marqué au dos d’une trace crayeuse. »

L’une des victimes de Houria, est l’adjoint de liaison de la ZAA, Ali la Pointe. Il fut pisté jusqu’à la cachette de Yacef Saadi, chef de la ZAA, et de et Zohra Drif, dans la demeure de Fathia Bouhired, à 3, rue Canton, ce qui a conduit à leurs arrestations, le 24 septembre 1957. L’opération fut menée par les paras français en étroite collaboration avec Houria la Brune, et  Hacene Ghendriche, un autre agent infiltré de Leger. Peu de temps après, la cachette de Ali la Pointe, Hassiba Ben Bouali et le Petit Omar, neveu Yacef Saadi, est repérée et faite explosée le 8 octobre 1957, ce qui causa la mort des trois agents ainsi que de nombreux civils.

Un autre nom de la ZAA tombe le 15 octobre 1957, il s’agit de Abderrahmane Ben Hamida piégé par Ghendriche. Le FLN prit connaissance de l’opération d’infiltration, Amirouche dépêche une lettre de mise en garde datant du 3 août 1958 à l’ensemble des chefs des wilayas afin de mener une contre-enquête à propos des infiltrations. Les archives coloniales font mention de plus de 4000 martyres ciblés par la campagne de désinformation.

Ghendriche et Houria la Brune se fondent aujourd’hui dans l’anonymat. 

Leila Assas


Bibliographie: 


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29Apr

Les célébrations données en l’honneur de Lalla Mansourah sont les plus emblématiques des ksours d’Ouargla. Les réjouissances qui se déroulent sous le signe de la frénésie, et la joie qui les entourent, suscitent encore de nos jours, engouement et moult fables. On ne sait que peu sur le vécu de cette femme; sa fin, auréolée de mystère, marqua le début de sa légende.

Les célébrations données en l’honneur de Lalla Mansourah sont les plus emblématiques des  ksours de Ouargla. Les réjouissances qui se déroulent sous le signe de la frénésie, et la joie qui les entourent, suscitent encore de nos jours, engouement et moult fables. On ne sait que peu sur le vécu de cette  femme; sa fin, auréolée de mystère, marqua le début de sa légende.


La légende de Lalla Mansourah

Sa sainteté et canonisation tint de sa tragique et surnaturelle disparition le jour de ses noces. On raconte que la belle Mansourah fut promise à un des riches propriétaires de la tribu d’Ath Sissine, une des plus grandes tribus sédentaires de la région d’ Ouargla . Le jour de sa noce, conduite à la couche nuptiale, elle se déroba à son mari et disparaît de la manière la plus étrange qu’il soit. On raconte aussi qu’elle fut châtiée, et que la terre l’avala par ce qu’elle  fut infidèle à son futur époux d’où sa disparition subite. Subjugués par ces faits des plus curieux, les  Ouargli  l’appela Lalla car la « téléportation » telle que nous l’entendons au sens mystique maghrébin ( Tay el ard ) relève des forces occultes, dont sont seuls  capables les  marabouts : des agents religieux rattachés aux ordres confrériques, dotés, comme le veut la tradition orale de pouvoirs surnaturels.

Fait divers ou légende extraordinaire, l’histoire de Lalla Mansourah traversa les âges jusqu’à faire l’objet d’une célébration annuelle. Sans doute, par superstition et durant la saison des mariages, usuellement au printemps, on promène un lit nuptial à travers les ruelles du ksar. Les femmes préparent du bkhour qu’on fait brûler durant la déambulation.  La procession  fait sonner «Ghaita» et «teboul». La musique bat en plein jusqu’à la porte de «Bab Amar», là, où le cortège devait conduire la mariée  disparue. Sa couche : un lit à baldaquin, est fait comme le veut la coutume, de « jrid » : branches et feuilles  de palmiers tressées.


 Vie ksourienne et  mœurs des tribus  d’antan 

La commémoration de Lalla Mansourah obéit à un calendrier lunaire qu’on fait coïncider avec des fêtes religieuses musulmanes si elles tombent à la même période. Ainsi, cette fête peut être célébrée le jour de l’Aid El Fitr, ou El Kebir. Seule constance qui subsiste, demeure  les équinoxes du printemps. En effet,  la notion de la célébration retour du printemps, appelée « Rebiaâ Elmenouar »,  nous renvoie vers un substrat païen d’origine agraire qui se trouve mêlé au fait religieux monothéiste. En  ce sens, la vie ksourienne et mœurs des tribus d’Ouargla ne divergent  pas de leurs voisins. Les atavismes lybico-berbère antéislamiques  véhiculés par la tradition orale sont souvent déguisés et enchevêtrés avec le fait religieux. Cela peut  tenir  de l’instinct de pérennisation d’un culte ancien. A ce propos, L. GOGNALONS  rend compte de l’analyse suivante : «[ …] ce souvenir lointain du culte de la Nature gardé par les descendants, dit-on, de la race berbère primitive » et poursuit plus loin  «  la re-élaboration des rites n’a pu s’effectuer qu’en opérant le choix de sacrifier soit sur leur signification, soit sur le moment de leur exécution. A l’examen de ce qui a été dit, il semblerait que les populations du Nord de l’Afrique ont  préféré conserver l’intentionnalité. Une telle volonté de conservation répond sans doute au  besoin fondamental d’avoir prise sur le temps dont l’expérience prouve la fuite irréversible. »

Très rattachée à la terre et aux rythmes des saisons, comme le souligne le botaniste Ibn Baytar( XIIIe siècle), Ouargla rivalisait  avec ses sœurs prospères de Sijilmassa à Ghadames dont elle partageait des traits analogues, à l’instar de plusieurs tribus amazigh marquées par le culte de la nature qu’on célèbre encore de nos jours . 

Leila Assas


Bibliographie  :

  • Blanchet Paul. L’oasis et le pays de Ouargla. In: Annales de Géographie, t. 9, n°44, 1900. pp. 141-158.  Persée
  • Hacini Djamel, La Takouka Folklore Ouargli  © Copyright   (touggourt.org)
  • GOGNALONS. REVUE AFRICAINE CINQUANTE- TROISIÈME ANNÉE
     N° 272-273 — 1° ET 2e TRIMESTRES 1909 
  • René TOURTE   HISTOIRE DE LA RECHERCHE AGRICOLE EN AFRIQUE TROPICALE FRANCOPHONE,  FAO © 2005
  • Illustration à la Une : Bachir Yellès
  • Images  © Revue africaine


Initialement publié sur Babzman

                            
                                                 
 
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29Apr

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Disponible sur les plateformes, cette compilation parue en 2009 (Aztec Music) réunit 28 titres cultissimes du raï algérien. De quoi retrouver l’âge d’or d’un genre qui rayonna à l’international, tout en restant le plus prisé… et le plus mal aimé du pays.


Le raï est un genre musical populaire de l’Ouest algérien qui tire son origine du wahrani (l’Oranais), genre musical du terroir de l’Ouest algérien, une adaptation plus moderne, datant des années 30, du melhoun maghrébin (poésie populaire modale du XVI siècle, inspirée de l’arabo-andalou). Les illustres chantres des années 30-40’ comme Hachemi Bensmir, Cheikh Khaldi ont légué un héritage encore vivace dans les mémoires et des chansons éternelles comme « Bakhta »* reprise par Cheb Khaled en 1995.
 

Comme la ville portuaire d’Oran, riche de ses brassages, le wahrani en perpétuelle mutation se modernise, notamment avec l’introduction d’instruments comme l’accordéon, le banjo et le piano. C’est ainsi que naît le raï (littéralement « l’opinion ») qui relate les peines de cœur des jeunes épris, les aléas de la misère sociale et les brutalités du colonialisme français… le tout, avec des mélopées franches et des rythmes saccadés aux sons de la gasba (flûte) et du guellal (percussion). « Le secret du raï réside dans sa spontanéité et reflète la vie des couches paysannes et nouvellement urbaines », résume bien le journaliste algérien Mohamed Balhi.

Bien accueilli dans sa variante « politiquement correcte » appelée el Asri (« le moderne ») et ses influences égyptiennes des années 50, le raï sulfureux reste confiné depuis les années 30 dans les bars, les bordels et cabarets peu fréquentables de l’Ouest algérien et connaît des décennies de marginalisation dans l’underground, avant de rayonner à l’échelle planétaire vers la fin des années 80. C’est la « musique du diable » qui, à l’instar du blues, traduit un ressenti, une complainte marquée par un langage irrévérencieux, des sujets tabous et des textes très suggestifs et outrageusement charnels aux antipodes du puritanisme musulman. Il n’est qu’à écouter la chanson de « Charak Gatâa** » (Déchire, coupe) de Cheikha Remitti pour en avoir un aperçu.

« Coupe ! Déchire ! Embrasse-moi comme hier sur le matelas
L’amour, ô l’amour, l’amour, l’amour***
Étreinte, étreinte, étreinte, j’offre à mon amant ce qu’il désire
L’amour, l’amour, l’amour, l’amour*** »
    

L’année de la consécration 

En infraction perpétuelle avec les codes religieux repris par l’Algérie officielle, le raï est donc tenu à bonne distance des médias publics. Mais il séduit une telle frange de la jeunesse que l’État ne peut l’ignorer et finit par lui consacrer son premier festival officiel à Oran en 1985. Une véritable consécration ! Un an plus tard, le genre a même son festival à Bobigny en France. Le début de son épopée vers le succès international. 

L’anthologie Il était une fois le raï, l’âge d’or 1985-1995 revient justement sur ces années fastes et met à l’honneur dix artistes qui ont marqué cette période. On ouvre le bal avec la doyenne du rai au féminin, la sulfureuse Cheika Remitti qui signe « Ghir el baroud » (Seule la poudre du canon), puis une sélection de six morceaux de Cheb Khaled dont « Koubou koubou » (Encore une tournée) qui sera réenregistré plus tard pour l’album N’ssi N’ssi, ou encore « Ya Taleb » (Toi, le marabout). Le couple raï le plus sexy des Eighties, Fadela & Sahraoui, nous offre une ode triviale à l’amour avec « Nssal Fik » (Tu es à moi). De quoi ouvrir le chapitre du raï love qui se poursuit avec des grands succès de Cheb Hasni : « Baida mon amour » (la blonde, mon amour), la douce et triste mélopée de « A labess » (Tout va bien)… On retrouve aussi bien sûr Cheb Mami, les raimen et rockers de Raina Raï, Houari Benchenet, Cheba Zahouania et Cheb Bilal. La compile oscille entre rythmes joyeux et complaintes poignantes mêlant aux sons de la guasba et du guellal ceux du synthétiseur, de l’accordéon et de la derbouka pour narrer la jalousie, l’amour, les jolis minois, le badinage et la nostalgie, les thèmes de prédilections du raï.
 

Les années 80 sont sans conteste les plus pop, funky, rocky du Raï. Un laboratoire rendu possible grâce aux frères Rachid et Fethi (Baba Hmed), deux producteurs qui ont lancé la carrière de Cheb Khaled, Cheb Anouar, Cheba Fadela et Sahroui, Houari Benchenet et tant d’autres. Ils ont contribué à moderniser le raï et le faire connaître. En 1992, Cheb Khaled est au Top 50 en France avec son interprétation de « Didi ». Cet essor, en France puis ailleurs contribue d’ailleurs à sa démocratisation en Algérie où le genre tend à être mieux accepté. Les Algériens « non-initiés » entendent enfin du raï sur les ondes de la radio algérienne. Une première ! « Je suis un mélomane explorateur et curieux mais j’affectionne particulièrement le raï que j’ai découvert jeune grâce à mes aînés, mais aussi à l’émission Radio Bled Music, un ovni des années 90 qui n’a plus son équivalent aujourd’hui. Des artistes comme Boutaiba Sghir, Remitti, El Sahraoui, Zahouania, Cheick Naam m’inspirent toujours », confie Issem Bosli, lead vocal de la formation algérienne Djmawi Africa. Avant de conclure « Le raï est organique, bestial, humain et chaleureux ».
 

L’âge d’or du raï s’achève dans le sang : en 1994, Cheb Hasni est assassiné par les islamistes algériens. Le producteur Rachid Baba Hmed est également mort assassiné le 15 février 1995 par le Groupe Islamique Armé (GIA). Cette tragédie marque la fin des années euphoriques 1985-1995 et l’avènement de celles de la censure, du couvre-feu et de la menace. Le raï, canaille et libertaire, est une cible de choix. Il n’échappe pas à la chappe de plomb qui s’abat sur l’Algérie. 

Au début des années 2000 : le raï vit un nouveau souffle mais il demeure un genre musical controversé et peu présent sur la scène officielle. Considérés comme des « parias » de la société, ses chanteurs  se   produisent principalement encore dans les cercles fermés et underground des cabarets et des night-clubs, mais ils continuent néanmoins de gagner des adeptes parmi les plus jeunes en Algérie : avec ses enregistrements live, ses chaînes YouTube… le raï demeure sans doute la plus prolifique,  prospère et informelle des industries musicales algériennes. Son empreinte a durablement marqué la jeunesse maghrébine, et influencé sa manière de consommer la musique. Il est aussi passé dans les mœurs et dans la culture de base des enfants de la diaspora algérienne en France qui le mêlent au reggae, au R’n’B et bien sûr au rap. C’était le cas dès 1999 dans la chanson « Tonton du Bled » du groupe 113 (1999) ou encore dans les compiles Raï’n’B Fever (2004), signées DJ Kore et Scalp… et cela se poursuit aujourd’hui, avec des artistes comme Soolking ou, dans un tout autre genre, chez Sofiane Saïdi ou ses amis de l’orchestre Fanfaraï qui ont décidé de maintenir vivante en France la flamme du raï. Leur dernier disque s’appelle justement « raï is not dead ». À bon entendeur…



Leila Assas


Écoutez Il était une fois le raï sur Spotify, Deezer, Apple Music ou YouTube.

Initialement publié sur www.

 



*le nom de la muse de Cheick Khaldi
**Charak Gatâa, Pathé 1954
*** en français dans le texte originel

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06Apr

D’un parfum prononcé et musqué, l’ambre gris (anbar) est l’allié de choix des femmes d’Afrique du nord. Il est mentionné par plusieurs chroniqueurs, dont Ibn al Baïtar ( XIIe-XIIIe siècles), lequel atteste de sa renommé et de son usage; notamment sous forme de collier appelé Es-skheb,ce dernier est réputé pour ses vertus thérapeutiques, et son pouvoir aphrodisiaque.

D’un parfum prononcé et musqué, l’ambre gris (anbar) est l’allié de choix des femmes d’Afrique du nord. Il est mentionné par plusieurs chroniqueurs, dont Ibn al Baïtar ( XIIe-XIIIe siècles), lequel atteste de sa renommé et de son usage; notamment sous forme de collier appelé Es-skheb. Ce dernier est réputé pour ses vertus thérapeutiques et son pouvoir aphrodisiaque.  


Une affaire de femmes

Es-skheb est un collier confectionné par les  femmes et pour les femmes. Il est très prisé en Tunisie et en Algérie, principalement chez les aurésiennes, les soufiennes, et les mozabites; et se décline sous forme d’un sautoir et d’un baudrier très long de plusieurs rangées superposées fait en pâte odoriférante, à base d’ambre gris auquel on additionne divers  produits et dont la recette diffère d’une région à une autre. Il est préparé à l’aide d’une pâte constituée de de clou de girofle, de nard, de safran, ainsi que de patchouli, benjoin et eau de rose. On laisse sécher ce mélange plus de quarante jours.

Le collier du skheb dispose de perles d’ambre en forme de croissant à trois pointes à Tunis, quant aux Aurès, il y est orné de motifs en argent tel que l’emblématique pendentif «  khamssa » des Aurès ainsi que de fragments de corail. À Touggourt, il est décoré avec des  perles baroques alors que les constantinoises aiment le porter avec une « meskia », pendentif sous forme de losange. On attribue, à cet incontournable du trousseau de la future mariée, des vertus tonifiantes pour les sens qui se libèrent en le frottant ou le chauffant. Son port induit un jeu de séduction non verbal. « [ ] Les bijoux ont aussi leur force d’expression et d’information pas uniquement dans leur aspect esthétique mais encore davantage dans ce qu’ils portent comme informations sur bien entendu les secrets que déguise l’aspect sociologique et comportemental d’une Communauté. » Précise  Safia Kacimi qui met, ainsi en exergue, la fonction communicative et symbolique du bijou.   

Les propriétés thérapeutiques de l’ambre gris est fait notoire et cela chez plusieurs sociétés. Le décliner en bijou permet de joindre l’utile à l’agréable. Ainsi, nos bijoux ont du sens et relatent  le rapport des femmes à leurs corps qu’elles mettent en valeurs via une communication non verbale, à l’image de l’apparat.


Leila Assas

 

Bibliographie :  

  • H. Camps-Fabrer, « Ambre », in Gabriel Camps (dir.), 4 | Alger – Amzwar, Aix-en-Provence, Edisud (« Volumes », no 4) , 1986 [En ligne], mis en ligne le 01 décembre 2012, consulté le 02 février 2017. 
  •  URL : https://encyclopedieberbere.revues.org/2468    

Initialement publié sur Babzman  

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