20May

« La rencontre musicale des oasis Ouargla » est un festival qui aborde la musique de façon didactique, et qui s’inscrit dans une démarche socioculturelle tendant à perpétrer l’imaginaire collectif d’une jeunesse consciente des richesses de son patrimoine local, mais également avide de découvrir d’autres horizons.

« La rencontre musicale des oasis Ouargla » est un festival qui aborde la musique de façon didactique et qui s’inscrit dans une démarche socioculturelle tendant à perpétrer l’imaginaire collectif d’une jeunesse consciente des richesses de son patrimoine local, mais également avide de découvrir d’autres horizons.


Un espace dédié à l’expression artistique et propice à la création

S’inscrivant dans la continuité d’une action entreprise l’année précédente et suite au succès fulgurant qu’a connu cette dernière; la deuxième édition de « La rencontre musicale des oasis Ouargla » a fait  vibrer Ouargla aux rythmes de la musique du 26 au 30 du mois d’avril 2014.

Slimane Boughaba, président de l’association ADJIAL ZINGDAH-AL TAKAFIA et  musicien dans un groupe éponyme, précise que cette manifestation musicale est la résultante d’un projet ambitieux et visionnaire dont les jalons ont été posés par l’association qui a œuvré en étroite collaboration avec le Ministère de la culture et ses institutions annexes.

Le public composé d’une grande majorité de jeunes, a pu apprécier des concerts de grande qualité donnés par une pléiade d’artistes aux univers et styles musicaux divers.

Une musique ancrée engagée dans la réalité et le quotidien avec la Not, Mazal et Southcrew. L’ambiance feutrée de l’univers musical de Goya et la voix captivante de Rihab Alloula. Du Diwan avec Maalam Lahbib, Nora Gnawa, Larbi Djeddi, Youcef Zergoune, Feroudja, Zingdah, Tahahkit, Haroun Freeman et Nabil Baly Othmani.

Par ailleurs, le public a pu revisiter ses classiques avec Cheick El Kaid et découvrir un groupe dont le nom s’ajoute à la nouvelle scène musicale algérienne : Ghaba story de Ouargla qui ont enflammé la scène avec des sonorités Reggae.

« La Rencontre » a, en outre,  permis la mise en place d’une expo-vente d’instruments traditionnels africains, de l’atelier  « Iharen d’Afrique », un espace dédié au palmier-dattier : grande fierté de l’oasis avec plus de 50 variétés de dattes répertoriées et une exposition de marionnettes représentant des scènes de la vie quotidienne (mariage, célébrations et manifestations culturelles) et enfin des ateliers et class master d’initiation à la musique destinés aux plus jeunes.

Tahar Idder, un des membres de la formation musicale Zingedah, ajoute en ce sens : « Suite à l’action de l’année dernière, de jeunes filles de Ouargla, s’expriment dans la rue avec leurs guitares et cela relève de l’exploit des plus louables »

Rehausser l’action culturelle à travers l’échange musical et ses manifestations et redonner ainsi à la musique locale ses lettres de noblesses, tels sont les principaux objectifs de « la rencontre musicale des oasis de Ouargla ». Une démarche qui tente de réajuster l’image de l’oasis loin des clichés et dénominations qui tentent de la réduire en ce sens à une série de faits divers et à une agglomération industrielle liée exclusivement à l’or noir et à ses aléas. La charmante oasis de Ouargla est bien plus que cela.


Leila Assas

 

Credit photos : © Oussama Bourdine 




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12May

C’est avec une joie et un engouement peu contenus que les élèves de l’école primaire Nouari Hamida du Ksar Lahmar de Charouine , se hâtent de grimper dans la bus de l’école pour une sortie scolaire très attendue, car elle coïncide avec le projet pédagogique de la 5 AP qui porte sur « les métiers ». Destination : Timimoune , dite la perle du Gourara pour rencontrer les membres de l’association alsacienne Trait-d’union et de L'ADEA (Association des Droits de l’Enfant et de l’Adolescent)

C’est avec une  joie et un engouement peu contenu que les élèves de l’école  primaire Nouari Hamida, du Ksar Lahmar de Charouine, se hâtent de grimper dans le bus de l’école pour une sortie scolaire très attendue car elle coïncide avec le projet pédagogique de la 5AP qui porte sur « les métiers ». Destination : Timimoun, dite la Perle  du Gourara  pour rencontrer les membres de l’association alsacienne Trait-d’union et de L'A.D.E.A. (Association des Droits de l’Enfant et de l’Adolescent).

Pour nous accueillir, Jean-Pierre et Marie-Claire Radigue accompagnés de leurs amis et partenaires Houcine et Fatiha Kadiri de l’association A.D.E.A. Le but annoncé de la rencontre, étant de visiter l’atelier de tissage de tapis Tigourarine dont la particularité, réside dans le fait que ses  tisserandes réalisent des tapis selon la pure tradition Zénète du Gourara en reprenant d’anciennes techniques de pigmentation végétales.

Habitués aux métiers à tisser, transmis comme un héritage et un art ancestral qu’on peut trouver dans presque toutes les maisons du ksour du Gourara, à peine entrés dans l’atelier,  les élèves se familiarisent avec les lieux, les tisserandes et les tapis. Dès lors, les questions fusent : en arabes, en français et en Zénète. Marie-Claire Radigue  se fait une joie  de répondre aux élèves dont les interrogations portaient  principalement sur les motifs, le choix des couleurs et leurs symboliques.    

Le tapis Zénète, fierté de la femme amazigh, est au cœur des préoccupations de Trait-d’Union ( association à but non lucratif qui œuvre pour sa sauvegarde en assurant la formation des tisserandes afin qu’elles puissent être autonomes financièrement.) C’est à la fois un projet social et une démarche culturelle mais aussi un espace de création. Les tisserandes ne reprennent pas seulement d’anciens modèles mais des tapis contemporains portant des noms évocateurs ont vu le jour : Crépuscule sur les dunes, Soleil de midi, Naissance dans le ksar.

La  visite se poursuit, et nous voilà à présent à l’atelier « Ayadi  Adahabiya » ( Les Mains d'Or) où nous faisons la connaissance de Fabienne Franbourg qui assure  une formation de broderie. Ce projet de formation en couture, tricot, broderie traditionnelle et artisanat est fondé en 2005 par les Sœurs Blanches de Timimoun, repris ensuite par les associations Trait-d’Union et ADEA. Les objectifs principaux de cette démarche sont de former des jeunes femmes en difficulté financière de Timimoun et ksour alentour du Gourara afin qu’elles puissent réaliser des objets d’usage personnel dans un premier temps mais qui peuvent être aussi destinés à la vente : des ponchos pour petits et grands ainsi que des bonnets et chaussons pour bébé, des chèches, des portes clés, des kachabiat et des pochettes …etc. Les objets réalisés sont très raffinés et les couleurs très jolies.

Dernière escale et pas des moindres, à la terrasse  de la résidence de Marie-Claire Radigue aménagée en atelier, des jeunes stagiaires apprennent à maîtriser la technique de pigmentation végétale et de création des couleurs. Venue d’Alsace, Karine Schreck, véritable magicienne des couleurs, utilise des chaudrons en inox pour ne pas altérer les teintes et nous explique le processus rigoureux pour la réalisation des teintures végétales. Les élèves étaient particulièrement  attentifs aux explications et ne cachaient point leurs  étonnements et admirations! Il est vrai que l’univers des couleurs est magique pour petits et grands.

La nature nous offre un large panel de matières naturelles à exploiter pour pigmenter la laine, ainsi voici un petit tour d’horizon des différentes teintes obtenues par coloration naturelle :

Cochenille (rouge violacé – rose), Écorce de grenade (vert), Pelure d’oignon et Gaude (jaune), Thé (beige), Henné (beige – brun clair), Garance (rouge), Daphné – Dgouft  (jaune – vert), Le traitement de l’indigo (bleu), Le bois de campêche (violet), L’orcanette (violet). La démarche de ce projet est à la fois écologique mais aussi esthétique car les couleurs végétales durent plus longtemps et un tapis traditionnel Zénète, à la condition d’être entretenu, a toutes les chances d’être centenaire. 

Après une matinée bien remplie et un délicieux pique-nique, les élèves  rentrent  à ksar Lahmar avec plein d’images et d’histoires à raconter. 

Valoriser et assurer la pérennité d’un métier qu’on pense désuet, mettre en valeur  la création artistique  mais surtout œuvrer pour le travail de mémoire, tels sont les points essentiels  retenus  lors de cette visite. Le losange, Le scorpion, La grenade, l’étoile de David, le chandelier, le tapis Zénète, raconte l’histoire de sa tisserande originelle, il atteste des influences et des courants religieux, de la faune et la flore et la cosmogonie de la région. Le tapis Zénète est magique!


Leila Assas


images : Tigurarin 



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21Apr

Timbuktu (Tombouctou) est une commune du Mali, située sur le fleuve du Niger. Pendant la période médiévale, elle fut une cité prospère, orientée vers l’érudition et les sciences islamiques.

Timbuktu (Tombouctou) est une commune du Mali située sur le fleuve du Niger. Pendant la période médiévale, elle fut une cité prospère orientée vers l’érudition et les sciences islamiques.  

Ce contexte d’émergence donna naissance à de nombreux savants et lui valut son surnom de « Ville des 333 saints » dont Ahmad Baba  El-Sudani :  un prestigieux lettré et mystique qui joua un rôle important dans la vie politique du Sahel au XV ° siècle.

 

Le Philosophe humaniste 

Petit fils de Ahmad Ibn Umar Aqit, imminent savant malien, Ahmad Baba naquit et grandit dans un milieu aisé et lettré. Ce natif de Timbouctou qui a vu le jour le 26 octobre 1556 versa très jeune dans les sciences islamiques et s’intéressa à des questions telles que l’éducation, la démocratie, l’esclavagisme et la traite négrière. Son manuscrit "Miraj al-suud ila nayl hukm mqilad al sud ou alkashf wa– l-bayan liansaf majlubi l-Sudan, (Echelle pour s’élever à la condition juridique des soudaniens réduits en esclavage)" pose la problématique de la suprématie de la race blanche en terre d’Islam. Le philosophe malien Ahmadou Touré lui consacra une thèse intitulée, « L’héritage intellectuel d’Ahmad Baba Es-Sudani de Tombouctou, sa doctrine» où il revient sur la dimension philosophique de sa pensée et met en exergue « le rapport entre l’intention et l’acte, entre le savoir et le pouvoir ou entre la foi et la Science ».  

manusEn l’an 1591, l’armée du sultan marocain Mouley Ahmed al-Mansour envahit le nord du Mali qui se trouve dès lors, sous la domination du Royaume Songhey, principal concurrent et rempart à la convoitise des principautés venues du nord de l’Afrique. L’or et le sel du Sahel furent les principaux motifs de l’invasion.  Le général marocain Zarqun se heurta à l’éloquence et à la farouche résistance de Ahmad Baba El-Sudani qui s’appuyant sur la jurisprudence, déclara l’invasion marocaine non légitime car le pays fut islamisé depuis le huitième siècle. Ainsi, la dimension de « foutahat islamya » perdit son sens en ce contexte et son invocation devint obsolète.  Contraint à l’exil au Maroc, bon nombre de savants marocains contestèrent cet acte. Il y demeura jusqu’en 1607. De retour à Timbouctou, il se consacra à l’enseignement et mourut le 22 avril 1627. 

Méconnu des africains pendant des siècles, des copies de ses manuscrits furent signalées au Soudan, Nigeria, Algérie, Tunisie et Maroc. Sa réhabilitation officielle se fait lors de l’inauguration de l’Institut des Hautes Études et des Recherches Islamiques Ahmad Baba en 2009. Les manuscrits de l’institut sont un héritage commun de l’humanité qu’il convient de protéger en ses temps troubles et à l’aune de la crise sécuritaire au Sahel. 

 

Leila Assas    

 

Sources : 

  1. Ahmoud A. Zouber, Ahmad Baba de Tombouctou ( 1556- 1627),Sa vie et son Œuvre, G-P, Maison neuve et Larose, Paris,1977 
  2. Ahmadou Touré, L’héritage intellectuel d’Ahmad Baba Es-Sudani de Tombouctou, sa doctrine» , Faculté des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines, Université de Bamako, 2008.  
  3. Images 1 : Mali M- 2904 Desjeux / Images 2  :folukeifejola.wordpress.com     ﷟HYPERLINK « https://www.google.dz/url?sa=i&rct=j&q=&esrc=s&source=images&cd=&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwiog56d8ozXAhVIWCYKHXhdD4UQjB0IBg&url=https%3A%2F%2Ffolukeifejola.wordpress.com%2F2017%2F02%2F19%2Ftimbuktu-site-of-1st-african-university%2F&psig=AOvVaw33fk8HmDCHWASODnfBWvBy&ust=1509058864293351


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15Apr

Le vocable el Guezana serait issu de la racine arabe, el djazala qui signifie « être sage » et avoir de la sentence, et dont le sens fut altéré et perçu négativement par les glissements sociaux. Ce mot désigne de nos jours une femme versée dans la divination et le spiritisme.

Le vocable el Guezana serait issu de la racine arabe "el djazala" qui signifie "être sage" et avoir de la sentence et dont le sens fut altéré et perçu négativement par les glissements sociaux.

Ce mot désigne de nos jours une femme versée dans la divination et le spiritisme. El Guezana est une diseuse de bonne aventure, visitée par des âmes souvent en mal d’amour et friandes d’expériences d’occultisme. Une autre hypothèse rapprocherait ce terme à Tzingarina c’est-à-dire à une gitane en manouche.

Les tziganes sont un peuple nomade venu de l’Inde qui ère  dans l’Europe occidentale au XVI siècle et auquel on attribua divers noms : Gitans, Manouches,Gypsie , Roms, etc.

En Algérie, ils sont connus sous le nom des Amer en Oranie et  Beni  Adês à Alger; on leur attribue d’étranges mœurs : tatoueurs, maquignons et diseurs de bonne aventure, ils suscitent à la fois répulsions et curiosité. Ils sillonnent les villes  et abhorrent la sédentarisation. "Les Adassiya étaient des gitanes venues du Sahara de Sidi Aysa ou d’Oran. C’est la disparition de ces gitanes qui a entraîné l’oubli progressif de la tradition (tatouage). À cette époque, ces gitanes voyageaient à dos d’âne et allaient de ville en ville pour proposer leurs services."

Le plus célèbre des gitans algérien est Tony Gatlif, de son vrai nom Michel Boualem Dahmani, qui est un illustre réalisateur scénariste né d’un père kabyle et d’une mère gitane. De nos jours, El Guezana n’est plus la gitane mystérieuse et sulfureuse, mais une  charlatane sédentaire.


Leila Assas


Bibliographie  :

Image : Tireuse de cartes mauresque 


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13Apr

Fatma Tazoughert « la Reine Rousse » est une souveraine chaoui, qui aurait régné sur la rive nord des Aurès sous la domination ottomane. Mystique, guerrière, et guérisseuse, le personnage de Fatma Tazoughert (rousse ou rouge en amazigh) est porté à notre connaissance, à travers une légende, relatée principalement par des conteurs et poètes de tradition orale.

Fatma Tazoughert « la Reine Rousse » est une souveraine chaouie qui aurait régné sur la rive nord des Aurès sous la domination ottomane. Mystique, guerrière, et guérisseuse, le personnage de Fatma Tazoughert (rousse ou rouge en tamazight) est porté à notre connaissance, à travers une légende relatée principalement par des conteurs et poètes de tradition orale. Il existe peu d’écrits sur elle; et ce manque de sources lui fait défaut. D’ailleurs, certains estiment qu’elle n’a jamais existé, et qu’il s’agirait simplement d’une allégorie fantasmée, des orateurs des Aurès. 

Fatma Tazoughert est une grande absente de l’Histoire. Alors est-elle  honnie, ou « accidentellement » oubliée ? 


Récits historiques et légendes 

Née à Tamerwent près de Batna, en l’an 1544, sa beauté est chantée et célébrée à travers la tradition orale aurésienne. Elle serait connue pour avoir instauré le matriarcat sous la bannière de l’islam, ce qui constitue un fait singulier au Maghreb musulman. À propos de la reine rousse, l’écrivain Mohamed Nadir Sebaa dit ceci : « Que savons-nous de cette reine légendaire, qui récitait le Coran par cœur, entretenait des relations commerciales avec chrétiens et juifs, montait les tapis, les burnous – ajridi* et les chevaux avec habileté, grâce et adresse ? Unique femme, dit-on, des siècles après la Kahéna », il fit également traduire du chaoui, des vers de la poétesse chaouie Lalla Khoukha Boudjenit qui s’exprime à son sujet, comme suit : 

« Hommage à vous Fatma Tazoughert 

Nous avons complété vos trésors en choses merveilleuses, rempli 

vos réserves d’orge, d’huile d’olives, de miel et de blé » 

Dans nos cœurs, avons gravé votre nom magique pour l’éternité» 

La tradition orale la rattache à une prestigieuse lignée de chefs guerriers, selon Sebaa; et plus précisément à Imouren, un général de Tarik Ibn Zyad qui prit part dans la conquête de la Péninsule Ibérique en 711. Elle aurait fait exécuter son frère et fit exiler son neveu pour s’emparer de l’antique ksar Belzma, de la région de Tamerwent, fondé durant l’époque romaine. Cette guerrière redoutable instaura le matriarcat oligarchique, et créa un conseil de sages féminin. En 1566,  elle conquit les villes marocaines de Fez, Meknès et Marrakech, alors sous   domination Zianide, faits contestés par les historiens en raison du manque de manuscrits et chroniques à ce sujet.  La conquête fut, néanmoins, relatée  par le poète marocain Sidi Abderrahmane El Mejdoub (XVI siècle).   

La reine rousse est auréolée de mythes et légendes qui versent dans l’emphase quant à ses prouesses et sa bravoure. La tribu chaouie de la rive nord, les Ath Fatma,  se réclame de sa descendance et œuvre à perpétuer sa mémoire.  Elle demeure à l’instar de la reine des touareg, Tin Hinane, un personnage à cheval entre le récit historique et la légende.  

 Leila Assas 


Bibliographie:

  • Mohamed Nadhir SEBÂA  – L’histoire, les Aurès et les hommes, CRASC  
  • Salem Chaker, Encyclopédie Berbère «  Aures » 
  • Abderrahmane Lounes, Anthologie de la littérature algérienne d’expression amazigh ANEP 2002 
  • Ounissi Mohamed Salah, Amawal, Tcawit-Tafransist-Taârbt ENAG Alger ( 2003) 
  • Joly, A. «  le chaouiya des Ouled Sellem » Revue Africaine, Alger ( 1912) 
  • Illustration: Kaouther Dernouni


Initialement publié sur www.babzman.com,le 17 .02.2018


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10Mar

Il est des métiers qui ne se pratiquent que par vocation, au risque de s’atteler sans cesse à de rudes et rébarbatives tâches. Ainsi, durant mes pérégrinations dans le sud-ouest algériens, et plus précisément à Timimoun, je rencontre Ba Bihi

Il est des métiers qui ne se pratiquent que par vocation au risque de s’atteler sans cesse à de rudes et rébarbatives tâches.

Ainsi, durant mes pérégrinations dans le sud-ouest algériens et plus précisément à Timimoun, je rencontre Ba Bihi, un homme menu au regard chatoyant, et dont le visage ne se défait presque jamais de cet éternel sourire suspendu à ses lèvres. Ba Bihi boitait suite à une chute du haut d’un palmier, intriguée par le mystérieux personnage, je décide de l’affubler d’un gentil sobriquet "l’homme palmier" avant que de ne m’enquérir de son histoire, et de la partager avec vous aujourd’hui.

Au commencement, il y avait le palmier, et c’est ainsi que Ba Bihi prélude notre échange; il me raconte alors une vieille légende locale selon laquelle le palmier-dattier serait né de la poussière d’Adam après que celui-ci ait redressé l’échine, le jour de sa création. Le palmier serait donc un arbre à l’essence divine, fier et généreux.

Né y a plusieurs années de cela, d’un âge présumé, « l’homme-palmier », comme beaucoup d’hommes et de femmes dont les parents n’avaient pas accès aux démarches propre à l’état civil, ne compte plus les années de son existence. Enfant du vieux ksar de Timimoun, orphelin à un âge précoce, Ba Bihi fut élevé par son oncle, un homme sévère et autoritaire.

En cette fin d’avril, dont les chaleurs sont annonciatrices de la saison estivale, le vent de l’ouest, « El gherbi », sévit… En outre, c’est également la saison du « dekar » : la pollinisation du palmier-dattier réalisée par un processus manuel. Ba Bihi se munit d’une « valise diplomatique », telle que la surnomme les gens de la région, et qui contient : une corde (la ceinture de sécurité) un menjel*, un guadoum* , un petit panier en osier contenant des dattes en guise d’en-cas et de l’oignon, ce dernier s’avère être très utile en cas d’évanouissement causé par la chaleur étourdissante lorsque le soleil est à son zénith.

Le processus du dekar consiste à mettre en contact, par frottement, le pollen d’un palmier dit « mâle » avec le palmier qu’on souhaite polliniser appelé « femelle ». Les quarante jours qui suivent, la période durant laquelle le palmier est friand d’eau, sont déterminants pour la qualité des dattes récoltées.

Entretenir le palmier étant devenu un métier désuet par les temps qui courent, aucun de ses fils ne semble disposé à reprendre le flambeau. Cependant, Ba Bihi a tenu à leurs enseigner les techniques d’entretien et de récolte de dattes.

Ba Bihi est également un abashniw (un soliste d’Ahalil) et joue au benguri : un instrument à corde similaire au goumbri. Il prend part activement au fêtes et célébrations locales, je cite de mémoire celle de Sidna Bellal qu’il affectionne particulièrement mais ceci est une autre histoire que je vous conterai très prochainement.


Leila Assas


Crédit image : Khaled Hanouz

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21Jan

Diverses cultures auréolent les sorciers, devins, et magiciens de forces occultes et aux pouvoirs extraordinaires. El madjous en arabe ou mage en français, dont le nom est issu de la racine latine magus, proviendrait du persan magis, terme qui désignait autrefois les fidèles du culte de Zoroastre : une croyance païenne, vielle de plus de 3700 ans.

Diverses cultures auréolent les sorciers, devins et magiciens de forces occultes et de pouvoirs extraordinaires. « El madjous » en arabe, ou mage en français, dont le nom est issu de la racine latine magus, proviendrait du persan magis, terme qui désignait autrefois les fidèles du culte de Zoroastre : une croyance païenne vieille de plus de 3700 ans.

En langue arabe, le mage est également appelé « el Seh’h’âr », « sâh’ir » ou encore « kahin » de l’hébreu « kohen » ; autant de superlatifs pour désigner cet être fascinant et craint, dont le savoir et le pouvoir dépassent l'entendement des communs des mortels. Son pouvoir relève à la fois du sacré et du profane. Son éloquence le positionne en corollaire du poète « el châ’ir » ; cette étroite relation se traduit par la verve dont il fait preuve lors des prédictions et divinations.   

Tandis que la religion est une affaire d'hommes et de prophètes, la magie semble être l'apanage des femmes dans l'Afrique du Nord préislamique. À ce propos, Procope s'exprime ainsi : « Il est interdit chez les Maures aux hommes de prédire l'avenir : mais certaines femmes, après avoir accompli des rites sacrés inspirés par l'esprit (divin), prophétisent l'avenir ni plus ni moins que les anciens oracles. » Dihya, célèbre reine berbère du VIIe siècle et issue de la tribu des Djeraoua des Aurès, fut surnommée « Kahina », la devineresse. Il paraîtrait qu'elle professait le judaïsme et fascinait par sa beauté et son charme ensorceleurs. Sa renommée dépassa l'Ifriqiya et intriguait H'asan ibn No'man, le conquérant omeyyade. Il en est ainsi pour Zeineb, el nefzaouine, Tanguit et Debou de la tribu des Ghomara, dont Ibn Khaldoun rendit compte dans son ouvrage sur les Berbères.   

Dès l'avènement de l'islam, le magicien en Afrique du Nord se mit à asseoir sa légitimité dans la rigueur religieuse, car il opère au nom d'Allah. « El taleb », sorte de sorcier bénéfique qui pratique la magie dite « positive », occupe la fonction de médecin grâce à « el idjasa » (certificat). Ainsi, lui et « el hakim » (juge, médecin) sont amalgamés, ce qui entraîne une confusion des genres.

Il existe de nombreuses professions assimilées á la sorcellerie; de fait, le barbier et le forgeron sont perçus comme des agents de sciences occultes et ne sont recrutés que via une chaine de transmission de savoirs, tel les astrologues et les géomanciens chez les Beni Niyat, les Beni Ades, les Beni Amer en Oranie e  les Zkara de Oujda. 

Êtres enchanteurs, semi-légendaires ou se prétendant à la magie, ils peuplent l'imaginaire collectif du Nord Africain et façonnent « Cet incroyable besoin de croire ». Edmond Douté précise  "Si la croyance commune en a jadis fait des magiciens, c'est aujourd'hui la religion qui, en l'écartant, le précise et le qualifie."

 

Extrait - Initialement publié sur Babzman.com, 

Basé sur les travaux de Edmond Douté - Magie et religion en Afrique du nord- enrichi et annoté.


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08Nov

L'antique cité de Frenda, la perle de Tihert (Tiaret) existe depuis l’antiquité. Célèbre pour ses monuments,  et son histoire millénaire, ce fut une terre disputée entre empereurs et conquérants. Cette luxuriante contrée à vocation pastorale se trouve aux portes du Sahara Algérien, rive ouest.

L'antique cité de Frenda, la perle de Tihert (Tiaret) existe depuis l’Antiquité. Célèbre pour ses monuments et son histoire millénaire. Ce fut une terre disputée entre empereurs et conquérants. Cette luxuriante contrée à vocation pastorale se trouve aux portes du Sahara Algérien, rive ouest.  


Le trésor caché, le trésor convoité  

Son nom, rattaché à la tribu amazigh des Ath Ifren, serait issu du berbère « Yefrendhaye » dont l’étymologie découle de la racine « ifran/ifri » qui signifie en amazigh grotte. Ainsi Frenda renvoie selon l’imaginaire collectif à un trésor caché.

Ses premiers peuplements étaient, selon les indications d’Hérodote, constitués des Gétules et des Garamantes; probablement les aïeux des rois maures, bâtisseurs des Jddars, ces monuments funéraires dont le plus célèbre est le tombeau d’El Keskes érigés entre V ème siècle et le VII. La cité fut romanisée en l’an 193, par l’empereur romain Septime Sévère qui l’occupe et fit mettre en place ses limes (lignes défensives et frontières) entre l’aire romanisée et l’espace « barbare » . Puis, il  entreprit de convertir la population locale au christianisme.  

Par la suite et durant la période musulmane, le pouvoir de la ville passa aux mains de plusieurs rivaux tels les Rustumides (761-909) mais également les Mérinides et les Zianides. C’est à cette époque charnière de l’Histoire du Maghreb, précisément de 1375 à 1378 que l’illustre Abderrahmane Ibn Khaldoun se réfugia à Taoughazout, prés de Frenda où il entreprit la rédaction de deux ouvrages majeurs « Mukadima », les Prolégomènes et « Kitab el-Ibar » qu’on peut traduire par Le Livre des Exemples.  

En outre, et à la conquête ottomane (dès 1515), une résistance s’est formée pour finir par se dissiper. Les notables de la ville acquièrent les statuts de Caïds et furent  chargés de collecter l’impôt auprès des populations. C’est durant cette période que la ville périclite et perd son prestige. En 1830,  le pouvoir passa aux mains des colons français qui se heurtèrent à la résistance de l’Émir Abdelkader dont la capitale militaire fut Mascara en Oranie; mais ce dernier rencontre l’opposition  de plusieurs tribus qui contestent son pouvoir. En 1841, l’Agha Ali Ould Kadi se positionne allié des français et livre Frenda aux français.  

Cette ville a donné naissance à de grandes figures de l’intelligentsia algérienne,  citons parmi elles : Jaques Berque,  un sociologue qui a dédié à titre posthume l’ensemble de son œuvre intellectuelle à la ville de Frenda, conformément à ses dernières volontés. Ses fonds de recherches ont été remis  le 25 juin 2013. 

 

Leila  Assas  

 

Bibliographie :  

  1. Djamel Souidi -GRANDS PERSONNAGES DE L’HISTOIRE ANCIENNE DE L’ALGERIE (des origines à 1830)- Editions du Tell , 2005  
  2.  Meriem Mahmoudi  LE FONDS JACQUES BERQUE TRANSFÉRÉ DE BELFORT À FRENDA- Le Quotidien d’Oran – 23 juin 2013  
  3. Frenda Site P.N.H.A 
  4. Février Paul-Albert. Aux origines du christianisme en Maurétanie césarienne. In: Mélanges de l’Ecole française de Rome. Antiquité, tome 98, n°2. 1986. pp. 767-809. 
  5. Image : carte postale de la ville de Frenda, 1955


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11Oct

Crée le 27 mai 1995, le Haut Commissariat de l’Amazighité (HCA), vient consolider la dynamique impulsée par les deux départements universitaires de langue et culture amazigh, qui ont vu le jour respectivement, en 1990 et 1991. Il œuvre depuis, à  la promotion du tamazight en tant que vecteur culturel et pratique langagière.

Créé le 27 mai 1995, le Haut Commissariat de l’Amazighité (HCA) vient consolider la dynamique impulsée par les deux départements universitaires de langue et culture amazigh qui ont vu le jour respectivement en 1990 et 1991. Il œuvre depuis à  la promotion du  tamazight en tant que vecteur culturel et pratique langagière. 

Si¤ El Hachemi Assad, Secrétaire Général du HCA, le définit comme suit  : « Une action engagée et réfléchie pour conforter et promouvoir la place naturelle et légitime de l’amazighité dans notre pays. [  ] L’officialisation du tamazight instaure de nouvelles conditions favorables à sa prise en charge et à son développement dans toutes les sphères de la société et ce dans la nécessaire concertation et collaboration entre toutes les institutions et les acteurs concernés ». 

Dans le cadre des missions du HCA, s’est tenu, le 11 octobre 2011, à Ouargla, un colloque sous  le  thème «  La composante amazighe dans l’identité algérienne : état des lieux ». Les communications portaient sur les domaines de la sociolinguistique, l’Histoire et l’ethnoculturel, citons parmi elles :

  • «  Contact linguistique : gestion de deux langues/ deux identités chez les enfants chaouis , présentée par Soraya Bouzidi du Centre universitaire de Kenchel. 
  • «Les pratiques langagières chez les immigrés kabyles à Montreal » par Samir Merzouki, maître-assistant de l’université de Tizi Ouzou. 
  • «Les pratiques linguistiques des étudiants à Tizi Ouzou  » présentée par Ouzna Dadoune, enseignante à l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou.

Rappelons que cette institution, placée sous la tutelle de la Présidence de la République, renforce sa stratégie via différents  pôles et champs d’actions comme le Comité Pédagogique Scientifique, le Comité Intersectoriel de Coordination et le Comité Plénier d’Orientation et de Suivi. Elle co-édite avec l’ENAG (Entreprise Nationale des Arts Graphiques ) et l’ANEP ( Entreprise Nationale de Communication d’Édition et de Publicité) des travaux qui viennent soutenir une démarche instaurée par des militants  tel que l’avocat et écrivain « feu Mabrouk Belhocine » qui s’exprime comme suit : « [ ] la reconnaissance de la culture berbère comme une des composantes de la culture nationale. Arabité et berbérité (et non berbérisme) sont les deux pages de la même feuille algérienne. »    

Aujourd’hui, la langue tamazight est une réalité sociale et culturelle en Algérie. 

À l’occasion de la révision constitutionnelle adoptée par voie parlementaire le 7 février 2016, l’Algérie accorde le statut de « langue nationale et officielle » à Tamazight.

Leila Assas

 ¤ le Si, renvoie au nom (Si El Hachemi Assad)

 

Bibliographie 

  1. Si El Hachemi ASSAD, Le HCA, Vingt-deux ans d’action au service de l’amazighité  
  2. Salem CHAKER, Amazigh / Berbère / Tamazight : dans les méandres d’une dénomination » lors  séminaire donné au Centre de Recherche Berbère (INALCO – Paris), le 9 octobre 2013 et à la MMSH (Aix-en-Provence), le 7 mai 2013 
  3. hca-dz.org /
  4. Illustration: https://www.bejaia06.com/nouvelle-constitution-tamazight-enfin-reconnu-comme-une-langue-officielle-en-algerie

 

 


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05Aug

Inéluctablement et à l’occasion de l’Aid el Kebir, la journée commence sur un air de hawzi , ô combien familier. Il s’agit d’el qasida « Ibrahim el Khelil » qui décrit les exploits du Prophète Abraham et de son fils Ismail, est une véritable prouesse musicale chanté par l’illustre Abelkrim Dali.

Inéluctablement et à l’occasion de l’Aid el Kebir, la journée commence sur un air de hawzi , ô combien familier. Il s’agit d’el qasida « Ibrahim el Khelil » qui décrit les exploits du Prophète Abraham et de son fils Ismail, est une véritable prouesse musicale chanté par l’illustre Abelkrim Dali.



Natif de Tlemcen, et issu d’une famille de mélomanes, Abdelkrim Dali a grandit entouré d’illustres maîtres :tel que Cheick Omar Bakhechi, Abdelssalam Benssari,  Bendali  Yahia, El cheikh Boudalfa, Mustapha Brixi et Cheikh El Yaho. 

Multi -instrumentaliste, il joua très tôt des instruments suivants : mandoline, violon, ney, tar , oud et intègre très jeune l’orchestre de Cheikh Larbi Ben Sari, avant de rejoindre celui de la grande cheikha Tetma. En 1930, il enregistre un   istikhbar « Nari haihat tentfa »  ( mon feu ne s'eteindra jamais) et «kif  amali  ouhilti » ( ).... puis en 1938, il enregistre une vingtaine de disques chez Algeriaphone  et s’engage en tournée avec Mahiedine ...en cette même année. Dès la création de la Radio d’Alger en 1940, il y effectue de nombreux passages.  

Après l’indépendance, il se consacre à la composition de chants patriotiques et religieux, et en 1965, on lui attribua une chaire au Conservatoire d’Alger, avant d’être engagé en 1972 par l’institut national de musique en qualité de conseiller pour la musique andalouse. Deux ans avant sa mort, il a fait le pèlerinage à la Mecque et à son retour, il a composé un grand poème symphonique sur les modes andalous,  intitulé  Rihla hidjazia ( Périple hijazien), cette œuvre sera le couronnement de sa longue carrière. Il mourut le 21 février 1978, à Alger.


Synthèse Leila Assas ( Source : «dictionnaire – encyclopédique de l’Algérie» Achour Cheurfi, ed. ANEP 2007)

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01Jun

Le vocable Me- ,»ُمراِبــط« rabet usité de nos jours comme patronyme et subs- tantif en Algérie, tiَre son origine du mot marbût « مربوط », ce qui signifie littéralement celui qui est attache ou lié. Merabet, au pluriel « el mu- râbitûn, » ou Almoravides (selon les sources latines), peut également se traduire par « gens du ribat », un ordre religieux et militaire berbéro-musulman de la première moitié du XIe siècle.

Le vocable Merabet usité de nos jours comme patronyme et substantif en Algérie, tiَre son origine du mot marbût « مربوط », ce qui signifie littéralement celui qui est attache ou lié Merabet, au pluriel « el murâbitûn, » ou Almoravides (selon les sources latines), peut également se traduire par « gens du ribat », un ordre religieux et militaire berbéro-musulman de la première moitié du XIe siècle.    


Le Ribat correspond en premier lieu à de petites forteresses de protection, construites par les musulmans dés les premiers temps de l’islam en Nord Afrique. Les historiens et spécialistes du Maghreb médiéval s’accordent sur la datation des premiers édifices estimée vers le VIIe siècle. Une période charnière marquée par les rapports de force entre chrétiens et musulmans. Ce sont à proprement parler des mosquées remplissant la double fonction d’édifices cultuels et forts militaires. Les plus anciens seraient ceux de Massa près d’Agadir, et d’Aghmat du Haut Atlas marocain. Bon nombre d’entre eux furent édifiés entre les VII et XIes siècle, dans les deux rives de la méditerranée, consolidant ainsi la conquête musulmane de l’Andalousie. Les plus connus sont le ribat de Monastir (Tunisie) et le ribat Aljezur. Au Maroc, le plus emblématique ribat El Fath donna son nom à Rabat, la capitale économique du royaume.

Sur un axe synchronique, Merabet renvoie à l’image d’un homme qui verse dans la voie de l’ascétisme, tout en étant rattaché à une confrérie soufie au sein d’un ribat, que le chercheur Abdallah Fili définit comme suit : « Ribât, institution liée à l’exercice du jihâd, aux activités guerrières et à la défense du (proto) sunnisme, succède alors la râbita, expression d’un nouveau sentiment religieux porté par une communauté de fidèles pour qui la retraite spirituelle est désormais synonyme de déveoppement de tendances mystiques et soufies. "Ainsi, sont liés ces trois substrats : rabata (lie), rabita (ligue) et ribat (qui signifie lien au sens pre- mier, et en second lieu, une institution éponyme, c’est-à-dire un endroit qui abrite « les moines-guerriers* ".   

             

Le maraboutisme en Algérie

Le patronyme Merabet et ses variantes Ben Merabet, Tamrabet souligne donc l’affiliation nobiliaire à un saint patron (marabout en français) et nous renvoie à la confédération des murâbitûn, principalement des Sanhadja, tribu de l’Adrar mauritanien. Al-murâbitûn ne sont pas à proprement une ethnie homogène mais un ordre religieux et une dynastie éponyme fondée par Abdellah ben Yassin al-Jazouli qui fédéra également des tribaux vassaux. Ces guerriers et mystiques qui ont investi et érigé à leur tour des ribats médiévaux du Maghreb.

Le maraboutisme maghrébin tint une place importante dans la vie quotidienne, en Kabylie, l’ordre maraboutique «imravdhen» fait office d’une entité hégémonique, et gère les conflits au sein du tajmaat (agora du village). D’autres régions de l’Algérie sont également marquées par le pas- sage et l’implantation des marabouts, citons parmi elles ,la Saoura et le triangle Touat-Gourara et Tidikelt ainsi que Touggourt. Ils sont honorés lors des manifestations religieuses et fêtes cultuelles. Le marabout s’est toujours retrouvé corollaire du médecin et du sage. Respecté de son vivant et commémoré à sa mort.  

Leila Assas                 


* les moines-guerriers, expression souvent usitée pour désigner les mystiques du ribat.

                   

Bibliographie : 

                                                
  • C. Ougouag – Kezzal, Les manifestations religieuses et populaires lors de la fête du mawlid au Gourara : Leur sens et leur portée
  • Louis-Augustin D’hombres-Firmas, Recueil de Mémoires et d’observations de physique, de météorologie, d’agriculture et d’histoire naturelle, Nîmes, 1838, volume 3.                   
  • Marouf Nadir. Droits d’eau, hiérarchies en mouvement au Touat et Gourara : Radioscopie d’une société hydraulique In Propriété et société en Algérie contemporaine. Quelles approches ? [en ligne]. Aix-en-Provence, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman, 2017
                                   
                                                                                           
    
                    
    



                                   


    

 

                              

    

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01Jun

Le vocable chibani, qui signifie en darja maghrébine personne âgée aux che- veux blancs, tire son origine de l’arabe classique « el ch’ib » qui signifie cheveux blancs, et fait son entrée dans le langage français pour désigner les vieux im- migrés arrivés en France entre les années 1945 - 75, appelées les « Trente Glorieuses », ce qui correspond à la première vague de travailleurs d’origine maghrébine, principalement algérienne.

Le vocable chibani, qui signifie en darja maghrébine personne âgée aux cheveux blancs, tire son origine de l’arabe classique « el ch’ib » qui signifie cheveux blancs, et fait son entrée dans le langage français pour désigner les vieux im- migrés arrivés en France entre les années 1945 - 75, appelées les « Trente Glorieuses », ce qui correspond à la première vague de travailleurs d’origine maghrébine, principalement algérienne.                                                                 



L'exil et le froid 

Les chibanis représentaient la majorité de la masse prolétaire post-Seconde Guerre mondiale en France. Apprêtés aux travaux publics, à l’industrie et le bâtiment, ils évoluent souvent dans des conditions de travail désolantes. S’ajoute à cela le choc des cultures qui se fait sentir aussitôt, dû au contraste d’un pays natal chaud aux couleurs chatoyantes et une nouvelle réalité grise et morne. L’exil les rattrape. « Leur trajectoire s’inscit dans l’histoire économique, sociale et politique de la France. Les courants migratoires générés par le développement économique du pays d’accueil se sont développés sans se préoc- cuper du devenir de ces hommes. » Ainsi les définit l’association éponyme qui offre un espace aux « migrants du troisième âge ». 

Durant les années 1950, on voit l’émergence de bidonvilles de travailleurs algériens. Ces logements sont vite dissous en 1956 et remplacés par des foyers de regroupements, comme c’est le cas du foyer de la Société Nationale de Construction pour les travailleurs qui se déclina en plusieurs services d’hébergement et aides sociales. On compte plus de 450 foyers en France. Certains optent pour un re- groupement familial tandis que de nombreux autres choisissent une vie d’exil sans attache. D’ailleurs, il est un fait notoire que, chez de nombreuses familles algériennes, subsiste le souvenir flétri d’un père ou d’un fils parti jeune jamais revenu, voire présumé mort.

Analphabètes pour la plupart, les perspectives d’avenir demeuraient en ces temps-là amoindries, comme il est à souligner le facteur de risque lié aux métiers exercés. Arrivés à l’âge de la retraite, certains chibanis bénéficient de l’ASPA (Allocation de solidarité aux personnes âgées) mais ils seraient plus de 350 000 les « grands oubliés de l’intégration ». Quelques associations, telles que L’Olivier des sages et une association éponyme militent pour leur offrir une vie digne car, souvent, ils font face à un quotidien ponctué de précarité et d’isolement.                                   

Les scènes artistique et culturelles françaises se sont intéressées, ces dernières années, à cette catégorie sociale. Citons en ce sens l’ouvrage collectif intitulé Chibani de vingt- cinq auteurs, dont Plantu, un essai photographique" Chibanis La question", cosigné Luc Jennpin et Sophie Pourquié. Ces artistes revisitent, ainsi, les contours d’une société pétrie d’une politique migratoire et d’une aura coloniale.

Leila Assas              


  Bibliographie :                 

  • Assiya Hamza et Anne-Diandra Louarn Edition : Gaëlle Le Roux et Cassandre Toussaint Chibanis, l’éternel exil des travailleurs maghrébins.                
  • http://www.planetebd.com/bd/les-editions- du-long-bec/chibanis/-/35071.html                  
  • Chibani, Les éditions du Long Bec©, édition 2017.                   
  •  https://www.20minutes.fr/france/48242- 20050317-france-vieux-migrants-et-oublies- de-l-integration                 
  • Association Chibani : Chibanishttp://leschibanis. free.fr/Accueil.html
  • Photo Jérôme Bonnet © , «Libération»

                                   


    

    

                    

    

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