01Jun

Les chantres magrébins de confession juive, ont contribué à enrichir les scènes musicales algériennes, marocaines et tunisiennes avec un style pétrit de brassages. Ils ont fait émerger la musique dite judéo-maghrébine, qui prend racine depuis l’Andalousie perdue, évolue en nord Afrique pour s'exiler (une nouvelle fois) en France.

Les chantres magrébins de confession juive, ont contribué à enrichir les scènes musicales algériennes, marocaines et tunisiennes avec un style pétrit de brassages. Ils ont fait émerger la musique dite judéo-maghrébine, qui prend racine depuis l’Andalousie perdue, évolue en nord Afrique pour s'exiler (une nouvelle fois) en France.

 

De l’Andalousie 

Les orchestres judéo andalous au Maghreb entretiennent une tradition séculaire, née de l’exil forcé qu'ils ont vécu. Installés au Maghreb, région devenue principale terre d'accueil pour les deux communautés juive séfarade et morisque, contraintes de quitter  l’Andalousie suite à la reconquête des rois catholiques de l’Andalousie musulman (Reconquista 1492).

Les musiciens juifs exilés  expriment leur rapport au déracinement, par différentes représentations poétiques, donnant ainsi naissance à un véritable style artistique. Ainsi, trois grandes écoles musicales s’implantent au Maghreb,el Gharnati, S’anâ, et le Maalouf; qui comptent parmi leurs chantres autant de musulmans que de juifs. Ces derniers, intègrent à la fin du XIX siècle, le chant liturgique hébraïque hazanoutqui  influence l'évolution du répertoire judéo-magrébin de la première partie du XX siècle.

Par ailleurs, c’est avec la création de l’association El Moutribia en 1909 par  Youcef Eni Bel Kherraia et Edmond Yafil que le genre connait un essor, notamment avec la retranscription des chants. Citons parmi ces nobles voix : Saoud el Mediouni, dit l’Oranais, chantre du registre andalou, le maitre du maalouf,Cheick Raymond Leyris, dit le Constantinois,  Zohra el Fassia, Chloumou Souiri, Aroussia Brouta exellent dans le melhoun, un courant marocain ainsi que Leila Sfez el tounssia qui porta sa voix dans un registre plus populaire.

En marge de la musique andalouse dite savante, et apanage des maitres, un genre nouveau émerge depuis les années trente et connait dès les années cinquante un franc succès. Le Music Hall «Françarabe ».

 

Music Hall Françarabe

L’expression francarabe, renvoie à l’intégration de la langue française dans le Music Hall maghrébin; qui demeure plus proche du chaâbi de part son caractère populaire. Il eut  parmi ses précurseurs, Salim Hallali dont on connait la chanson "MahaniZine Ya Laamar". Issu  (à l’instar de Mohamed El Kamal) de la formation andalouse  deMahiedineBachtarzi,  il est marqué par des sons nouveaux  tels que le  boogie-woogie américain, de la rumba, du tango ou encore du jazz .Les thèmes et rythmes sont plus trivialeset légers. Les musiciens juifs de l’époque tel Felix  dit, Samy El Magharibi  chante Caftanekmahloul «   ton caftan est fondu » une mélopée audacieuse qui chante la femme. Reinette l’Oranaise crie                   « Nhabek nhabek »  (Je t’aime, je t’aime).On cite aussi Lili Boniche, Line Monty et Blond-Blond.

Vers les années cinquante -soixante, cette musique rima de nouveau avec l'exil, celui de la communauté juive maghrébine vers la France. Les leitmotivs el ghorba (exil) el ouah’ch (nostalgie)  dominent  désormais ce genre, devenu  un symbole fédérateur pour la communauté juive d’origine nord africaine.

  • En 2011, Safinez Bousbia, signe un film documentaire « El Gusto » qui réunit  le temps d’un concert, des musiciens juifs algériens avec leurs homologues de l'autre rive. Elle évoque les années  de l’Avant Guerre (1950) où les orchestres furent souvent mixtes. El Gusto a permis les retrouvailles de Mamed Haider Benchaouchi, Abdel Hadi Halo, Reda Djilali, Rachid Berkani ,Ahmed Bernaoui, RobertCastel, LucCherki, MustaphaTahmi, Mohamed el-Ferkioui et René Perez.

Leila Assas


Bibliographie :

  • Jérémy Guedj, La musique judéo-arabe, Un symbole de l’exil des Juifs d’Afrique du Nord en France -  Ecarts d’identité N°114 / 2009
  • L’autre rive, voix du Maghreb Discographie, rio loco Festival de Musiques du Monde – la bibliothèque de Toulouse, 2009
  • CHOURAQUI (A.), Marche vers l’Occident. Les Juifs
  • d’Afrique du Nord (J. Despois)
  • Music-hall algérienet chanson francarabeSélection proposée à la discothèque Oscar Wilde en mars-avril 2015  Mairie de Paris
  • Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme Musique liturgique, Le hazan personnage central de la vie juive, Ed. Cerf, 1993
  • IMAGES : judaicalgerie.com  
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01Jun

La région de la Saoura, limitrophe du Maroc et à cheval entre les Hauts plateaux et les contrés sahariennes de l’ouest de l’Algérie possède, de ce fait, un riche patrimoine musical; où la danse tient une place de choix, au sein de la collectivité. Toujours en communion et dans la mixité (en fonction des circonstances), les danses des femmes de la Saoura relatent une dialectique intrinsèque au mode de vie local.

La région de la Saoura, limitrophe du Maroc et à cheval entre les Hauts plateaux et les contrés sahariennes de l’ouest de l’Algérie possède, de ce fait, un riche patrimoine musical; où la danse tient une place de choix, au sein de la collectivité. Toujours en  communion et  dans la mixité (en fonction des circonstances), les danses des femmes de la Saoura relatent une dialectique intrinsèque au mode de vie local. Spécifiques à des tribus ou pratiqués par l’ensemble de la population saouri, elles nous offrent un spectacle rythmé et saccadé, citons parmi  les plus connues, la danse haydus, mâyâ et hubi. 


La dialectique d’une danse 

L’étude des danses doit susciter un  intérêt qui transcende le caractère festif de cette dernière. L’ethnologie s’est attelée à  mettre en exergue « [ ] la danse en tant qu'activité  constructrice de sens » comme le souligne Aude Thuries et prône   « un retour aux interrogations premières quant à la nature de la danse, et à la définition que l’on peut en donner. » De ce fait, les danses traditionnelles des femmes de la Saoura nous renseignent sur une dialectique et un mode de vie basé sur le partage  et la vie collective. Elles  possèdent des traits convergents à savoir, le caractère  collectif, et la polyphonie qui s’accompagne de percussions. « La Saoura où les chants mystiques se mêlent aux profanes et offrent un assortiment de répertoires musicaux et de danses aux thèmes variés » explique Mohamed Tehrichi.

La danse haydus des amazigh Ch’leuh (riverains marocains et algériens) au nord  se joue en deux rangs. Épaules serrées; les danseurs rythment  la danse en tapant des mains et des pieds  de manière synchronisée. La tribu Ghnanma possède une danse similaire  au nom d’el mâyâ. A la fois, une manifestation mystique et profane, de par l’invocation religieuse jumelée au fait amoureux, qui se retrouvent souvent confondus.Elle est accompagnée du bendir, et se pratique parfois  dans la  mixité.

La danse hubi des Dwimnî est très prisée lors des mariages. Son étymologie découlerai de l’arabe classique « h'aba » qui signifie « il s’est approché ». Elle s’exécute en hémi cercle, avec une meneuse au centre. Lorsqu’ elle est mixte, elle prend les allures d’une parade amoureuse, l’occasion de former les futurs couples.

La région de Tablbala  est connue pour deux danses ; la première, Ti kedda « petit pied »  où le rythme est obtenu en tapant des pieds, lui faisant gagner en intensité de façon progressive. La seconde, Allah yâanina, pratiquée lors de la cérémonie du henné, le troisième jour du mariage; elle s’exécute en procession suivant un cheminement ancestral, depuis l’ancienne mosquée  à la demeure de la marié. Allah yâanina, Allah yâanikun» signifie Ö Dieu, protège-nous.

Le riche patrimoine musical et de danse saouri a vécu ses derniers temps un renouveau grâce à Souad Asla et sa «Lemma becharia »,  un projet artistique visant à rehausser la culture musicale et chorégraphique de la région. Les danses de la Saoura sont un patrimoine à préserver et à étudier.


Leila Assas


Bibliographie : 

  • TEHRICHI, Mohamed, Les danses de la Saoura, producteur exécutif :
  • ISP com, pour l’année «Tlemcen capitale de la culture islamique,
  • département « patrimoine immatériel et chorégraphie »,
  • Aude Thuries. L’apparition de la danse : construction et émergence du sens dans le mouvement. : à
  • partir de la philosophie de Susanne Langer. Art et histoire de l’art. Université Charles de Gaulle -
  • Lille III, 2014.
  • FUNKE, Cécile, Cinquante ans plus tard, ‘retour’ à Tabelbala,
  • in : colloque international CNRPAH Anthropologie et musique,
  • Alger : CNRPAH, 2008, p. (163-174).
  • Images  :  Lemma  becharia, Maya Ben© 
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01Jun

La médecine populaire, reléguée de nos jours aux yeux des sociétés dites modernes, à une simple manifestation de superstitions et de croyances, jouit d’un intérêtet et d'un statut important chez les plus traditionalistes. Qu'elle soit analogue à la magie sympathique pour les uns, assimilée à du charlatanisme pour certains, ou encore fiable alternative pour d’autres, elle demeure aujourd'hui, sujette à controverse.

La médecine populaire, reléguée de nos jours aux yeux des sociétés dites modernes,  à une simple manifestation de superstitions et de croyances, jouit d’un intérêtet et  d'un statut important chez les plus traditionalistes. Qu'elle soit analogue à la magie sympathique pour les uns, assimilée à du charlatanisme pour certains, ou encore fiable alternative pour d’autres, elle demeure aujourd'hui, sujette à controverse.

 

Une profession ancestrale 

Le métier de la kouwaya (celle qui  marque par le feu), mentionné dans les chroniques  des explorateurs occidentaux du XIX siècle, est pratiqué encore de nos jours dans certaines régions où sphères socioculturelles de l’Algérie, notamment, dans l’espace oasien où  cette pratique draine encore beaucoup de malades qui n’hésitent pas à combiner médecine traditionnelle, et médecine moderne.

Edmond Douté la qualifia de « médecine indigène » et y fit mention dans son ouvrage consacré à l’Afrique du nord; ou il n’hésite pas à assimiler cette pratique à de la magie, comme pour en ôter le pouvoir curatif de cette pratique : « [ ] le médecin n’est à l’ origine qu’un contre-sorcier [ ] En fait, il est souvent Impossible de distinguer le rite magique du rite médical » souligne t-il. Douté fait observer son usage à guérir des troubles mentaux mais ne mentionne pas de témoignages relatant l’efficacité de cette pratique.Elle serait à l’instar de ces « pratiques généralement irrationnelles, issues de traditions ancestrales, s’opposant à la médecine savante et souvent assimilées à des superstitions »  selon la définition Eberhardt Wolff.

Non sans nier la caractéristique empirique de cette pratique qui relève aussi d’une dimension socio-anthropologique, psychologique et populaire, son usage  reste ancré aussi dans une réalité économique, et souvent ont y a recourt car l’accès aux soins modernes est limité, voire impossible.


Celle qui marque par le feu

El Kouwaya (celle qui marque par le feu), souvent une femme âgée est une guérisseuse qui jouit d’une grande notoriété et force le respect de ses compères. Elle use de moyens peu sophistiqués et élémentaires pour soigner diverses maladies. Elle opère de petites brulures à l’aide d'un bâtonnet qu’elle brule d’un coté. Ce bâtonnet est impérativement prélevé d’un arbuste des régions semi arides, appelé el-oudasfar (le bâtonnet  jaune)comme le précise el kouwaya du ksar Azguer-Lahmar au Gourara. Avec la dextérité  d’un guérisseur chinois qui pratique l’acuponcture, elle cible des zones à bruler, une désagréable mais non douloureuse sensation de picotement s’ensuit. La  kouwaya traite aussi les entorses et  tendinites avec des cataplasmes à  base de henné, d’œufs  et d’argile. 

Alors que le  métier de kouwaya tend à devenir désuet en Algérie, nous observons un intérêt croissant pour la médecine ancestrale de part le monde comme il le cas  pour la médecine chinoise, ainsi que le regain d’intérêt des cubains pour la médecine populaire et pharmacopée caribéenne depuis l’Embargo. 


Leila Assas 

 

Bibliographie :

 

  • Julie Perrin, « (Dé)classer la “médecine populaire” en Suisse: de la suspicion de charlatanisme à la reconnaissance patrimoniale », Anthropologie & Santé [En ligne]
  • Elisabeth Longuenesse. Santé, médecine et société dans le monde arabe, L’Harmattan, 15 p., 1995,
  • Image : fadma.be



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31May

Les peuplades d’antan vivaient aux rythmes des saisons, et les éléments de la nature étaient aussi craints que vénérés. Ainsi, les mythologies de l’antiquité foisonnent de dieux et de cultes voués à l’eau et à la pluie. Citons parmi les plus connus, Min chez les pharaons, Tlaloc chez les Aztèques, ou encore Zeus, l’emblématique divinité gréco-romaine. Le panthéon berbère n’est pas en reste, et il a également son dieu de la pluie.

Les peuplades d’antan vivaient aux rythmes des saisons, et les éléments de la nature étaient aussi craints que vénérés. Ainsi, les mythologies de l’antiquité foisonnent de dieux et de cultes voués à l’eau et à la pluie. Citons parmi les plus connus, Min chez les pharaons, Tlaloc chez les Aztèques, ou encore Zeus, l’emblématique divinité  gréco-romaine. Le panthéon berbère n’est pas en reste, et il a également son dieu de la pluie. 

 

La colère d’Anzar, ou la naissance d’un mythe.

Dans certaines croyances mythologiques (préislamiques), Anzar est le dieu du ciel, des eaux, des rivières, des mers, des ruisseaux, des sources et de la pluie; on le retrouve sous le nom de «Aglid n Ugfur»,  ce qui signifie «le roi de la pluie», et fait l’objet de diverses autres appellations telles que : Anzar Boughenja, Thaslith n’Ounaza, Thaslith n’Ouamen.  

Son culte est célébré encore aujourd’hui, dans différentes régions d’Afrique du nord telles que dans le Rif : Atlas marocain, chez les Beni Senous en Oranie, dans l’Aurès en Kabylie, au M’zab et Tabelbala dans la région de la Saoura; et à Tunis, Gafsa, Matmata et Djerba en Tunisie…

Le rite qui lui est consacré en période de sécheresse, prend sa source dans le mythe de Tislit n Anzar (la fiancée d’Anzar). La légende raconte l’idylle du dieu de la pluie tombé amoureux  d’une belle  jeune fille qui avait pour coutume de nager nue dans les eaux de la rivière de  l’oued Sébaou  (situé au Djurdjura en région de Kabylie).

Subjugué par sa beauté, Anzar s’adressa à elle en ces termes : « Tel l’éclair j’ai fendu l’immensité du ciel, ô Toi, étoile plus brillante que les autres, donne-moi donc le trésor qui est tien sinon je te priverai de cette eau. » Ne se laissant point  charmer par ces mots et se refusant à lui, le maître des eaux  fit entendre sa colère et  sécha les eaux de la rivière. Apeurée, la belle implora « Ô Anzar, ô Anzar ! Ô Toi, floraison des prairies ! Laisse à nouveau couler la rivière, et viens prendre ta revanche». Anzar céda à ses supplications, et les eaux coulèrent de nouveaux.

L’histoire devint une légende, et la légende un mythe… Donnant ainsi une dimension de sacralité et de divinité. Un culte est né. Les variantes de son rituel sont peu marquées d’une région à une autre; et il demeure assurément une constante, celle de la dévotion que vouent les mères nourricières aux liturgies agraires.



Tislit n Anzar, du mythe au rite

La coexistence du culte païen d’Anzar au sein d’une société régit par le monothéisme dénote du fait que «La survivance de la foi ne concerne pas exclusivement le domaine de la religion ». 

Les rites se travestissent et se drapent d’allégories. La nudité étant proscrite en Islam; la femme nue, mise en scène lors du rituel d’Anzar, fut remplacée par une poupée de chiffon ornée. Retour sur le rituel originel.

Lorsque la  sécheresse sévit  et la terre est aride le rite de « Tislit n Anzar » est célébré. Les femmes des villages visitent les foyers, chantant et psalmodiant les paroles suivantes : «Anzar ! Anzar ! Ô Roi, fais cesser la sécheresse, et que le blé mûrisse sur la montagne comme aussi dans la plaine. »

Une louche à la main (Taghnunja), Tilsit , l’élue et soumise, clame et prie « Ô Anzar, la louche est sèche, toute verdure a disparu. Le vieillard est voûté par les ans, la tombe l’appelle à elle. Mon ventre est stérile et ne connaît pas de progéniture. Ta fiancée t’implore, ô Anzar, car elle te désire. »

La procession serpente le village et s’accroît. Arrivées au lieu de culte, les femmes préparent un mets avec les denrées offertes lors du cortège. L’élue est ensuite mise à « nue », et aura pour seule vêtement : un  filet de forage qui symbolise la sécheresse et la stérilité d’une terre avide d’eau. Elle fera sept fois le tour du sanctuaire, en s’adressant au « dieu »  : « Ô vous, Maîtres des eaux, donnez-nous de l’eau… J’offre ma vie à qui veut la prendre ».

Au même moment, les jeunes filles entament  le jeu de Zerzari; qui consiste à faire entrer une balle en liège dans un trou. Une éloquente allégorie assimilant la  sexualité à la fertilité  soulignant la dichotomie : semence /abondance.  

 Le rituel résiste aux temps et aux invasions, ainsi ,Gabriel  Camps rendit compte, dans un récit paru en 1989, d’observations et notes d’une recherche dans la région de   Tabelbala (Saoura), de la façon suivante :  « [ …] c’est un véritable vêtement qui est taillé et cousu autour de l’assemblage de bois, des parures diverses, colliers et bracelets confortant l’idée qu’il s’agit bien d’une cérémonie nuptiale. Le nom le plus répandue donné à cette poupée est celui de ghanja sous différentes formes (Taghonja, Tarenza ».Ce nom provient de tlaghnja,  qui signifie« la cuiller à pot » ou « la louche ». 

D’autres manifestations similaires furent attestées dans la région pré-saharienne de Merzouga chez les Aït Khebbach Le rituel perdure également  timidement dans certains villages algériens  (Ait Frah à Larebâa n’Ath Yirathen).

La sauvegarde du panthéisme méditerranéen à travers la pratique du rituel constitue un substrat culturel prédominant, où les croyances  antéislamiques s’ajustent aux doxas d’aujourd’hui.

Leila  Assas

 

Bibliographie :

  • Mohand Akli Haddadou ,Guide la culture berbère, ed. Talantikit  2010
  • Benoît F. , « Survivances des civilisations méditerranéennes chez les Berbères. Le mystère de la “nuit de l’erreur” », Rev. anthrop.
  • Genevois H., « Un rite d’obtention de la pluie. La “fiancée d’Anzar”
  • Ali Si Smail, Ali Bouheraoua et Malek Abdesselam, « Caractérisation hydrodynamique des sols de la haute vallée de l’oued Sébaou (Algérie) : étude expérimentale, numérique et analytique », Physio-Géo, Volume 7 | -1, 261-283.
  •  Anzar, mythe clandestin    Détails Écrit par Ameziane Kezzar & Mohand Lounaci /  https://marenostrumarcadia.wordpress.com/category/mythologies/mythes_kabyles/
  • Camps et S. Chaker, « Anẓar », Encyclopédie berbère, 6 | Antilopes – Arzuges, Aix-en-Provence, Edisud, 1989, p. 795-798
  •  Marie-Luce Gélard, « Une cuiller à pot pour demander la pluie », Journal des africanistes, 76-1 | 2006, 81-102.
  • Image : 1 Marie-Luce Gélard, « Une cuiller à pot pour demander la pluie », Journal des africanistes, 76-1 | 2006, 81-102.
  • 2 , Tirée du film la Montagne de Baya.


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31May

L’histoire de la circoncision nous propulse dans un premier temps, en pleine Égypte antique. Selon l’historien Hérodote (V e siècle avant J. – C.) qui rapporte dans l’une de ses Enquête*, les prêtres égyptiens étaient circoncis au même titre que les éthiopiens, les phéniciens et les cananéens

L’histoire de la circoncision nous propulse dans un premier temps, en pleine Égypte antique.  Selon l’historien Hérodote (V e siècle avant  J. – C.) qui rapporte dans l’une de ses Enquête*, les prêtres égyptiens étaient circoncis au même titre que les éthiopiens, les phéniciens et les cananéens.Une pratique perpétrée dans la tradition monothéiste par les juifs, les musulmans ainsi que par les chrétiens coptes d’Egypte. Albert Bensoussan, dans son ouvrage « Quelques mots sur la circoncision », explique ceci : « [ ]en Algérie les traditions juive et musulmane se rejoignent quant au sens religieux et ethnique donné à  cette pratique.»


 Origine du rituel 

 En Algérie, la circoncision est appelée  « T’hara « ou « khtana », ce qui signifie « purifier » ou encore « sceller ». Ce rituel musulman  semble tirer ses origines de la tradition hébraïque juive. Il est dit que le prophète Ibrahim pratiqua la circoncision sur lui-même ainsi que sur ses fils comme signe d’allégeance à Dieu. Pour reprendre les dires du docteur Chorfi Mohamed Séghir, cette pratique s’accomplie dans le but d’honorer la triade religieuse suivante : « L’appartenance à l’Islam, le changement de statut, le respect de la tradition. Ce dernier rend compte de l’aspect psychanalytique de la circoncision, dans une enquête dédiée à la  région des Aurès qui présente des traits communs à l’ensemble des régions en Algérie, et possède aussi des particularités telle  que  l’exclusion  du père, qui n’assistera pas à l’action de l’ablation du prépuce,  pour éviter le sentiment de honte à son enfant devenu «  erguez ».

 

La cérémonie de la T’hara et sa symbolique en Algérie   

Les préparatifs commencent dés lors qu’on décide de la date de la circoncision; celle-ci est le plus souvent fixée le vingt -septième jour  du ramadan (Leylet el Qadr), ou encore à l’occasion d’un jour pair de la semaine : soit, le lundi ou le mercredi. Parentes, sœurs et voisines se rassemblent pour rouler le couscous, mets de fête de prédilection en Nord Afrique. La joie est portée par des youyous qui préludent le grand jour.  

Le jour J, l’enfant est paré de ses plus beaux habits, son trousseau comporte : un  saroual  loubia, un gilet brodé, un burnous et une chachia. « El tahfifa », qui signifie coupe de cheveux, annonce le début de la cérémonie, et le coiffeur entreprend de couper une  mèche symbolique. 

Il est à noter qu’autrefois, le barbier et le coiffeur pratiquaient des actes médico-chirurgicaux. A cet effet, ils étaient en charge de la circoncision; de nos jours, les parents optent pour un personnel médical.  

Par ailleurs, les femmes sont exclues de la cérémonie qui se déroule en huis clos. Les membres masculins proches sont admis à savoir l’oncle, le père (sauf pour certaines régions) et le grand-père. Une fois l’ablation du prépuce achevée, les  youyous  et le  son du bendir retentissent. L’enfant  est pris en charge par sa mère et ses grands-mères pour le rituel de la «henna ». A Tlemcen, l’orchestre féminin des « f’qirat » anime la fête. Les invités sont honorés avec  des dattes, des  friandises, du messfouf (couscous au miel) et rfis, une galette sucrée préparée avec du beurre et du miel. 

Les rites d’initiations et de  passages à l’âge adulte sont des marqueurs communautaires et identitaires prédominants dans notre société. De nos jours, la cérémonie qui entoure el thara perd de son authenticité, et beaucoup de familles la perpétuent sous des traits d’opulentes fêtes.   

Leila Assas    


Bibliographie :  

  • La symbolique de la circoncision en Algérie, cas des berbères des Aurès   Dr Chorfi Mohamed Séghir  Maître de Conférences  Département de psychologie – Université de Constantine. Texte publié par  Géza Róheim – Patrick Fermi  Association ©   
  • Histoire et géographie des circoncisions rituelles  Gérard TILLES Société Française d’Histoire de la Dermatologie, Musée de    l’Hôpital Saint-Louis, Paris, France . Progrès en Urologie (1999), 9, 1148-1157 
  •  À l’origine des signes identitaires du judaïsme , Christophe Lemardelé; Chercheur associé de l’UMR 8167 – Orient et Méditerranée – Mondes sémitiques 
  • Salim EL HASSAR ,Expression musicale féminine à Tlemcen. Le groupe et le sacré. 
  • Image : – https://www.elishean.fr/wp content/uploads/2013/10/circoncision1.jpg 
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31May

Il est l’un des plus illustres photographes de l’Algérie, pourtant, il n’a point connu et vécu son succès. Porté à la notoriété à titre posthume, Lazhar Mansouri est le témoin d’une certaine Algérie. Celle de la seconde moitié du XX siècle. Son histoire aurait pu s’achever dans l’anonymat avec son décès en 1990 à, l’instar de beaucoup de photographes de studio algériens de son époque.

Il est l’un des plus illustres photographes de l’Algérie, pourtant, il n’a point connu et vécu son succès. Porté à la notoriété à titre posthume, Lazhar Mansouri est le témoin d’une certaine Algérie. Celle de la seconde moitié du XX siècle. Son histoire aurait pu s’achever dans l’anonymat avec son décès en 1990 à, l’instar de beaucoup de photographes de studio algériens de son époque.

Lazhar Mansouri fit la rencontre de la photographie très jeune. Autodidacte, il décide de transformer une épicerie en studio –photo à Ain El Beida, dans les Aurès, alors qu’il n’a que 18 ans. Il verra défiler sous son regard d’artiste, entre 1950 et 1985, plusieurs générations de sa ville natale. 

 La découverte providentielle de ses clichés, nous la devons à son ami; l’auteur, Mohand Abouda qui hérite de ses négatifs et les exploite pour son ouvrage Aouchem (tatouages) : une série de portraits en noire et blanc de femmes tatouées des Aurès, ainsi que pour son oeuvre intitulée «Algérie Outre Mémoire » aux éditions Rubicube; et dont voici un passage de la postface, signée Abderrahmane Djelfaoui, « [ ] Erotisme… Tendresse… Étonnante jeunesse du monde. Et surtout : que de tolérance rayonnante et sage de la part du photographe attitré du village, de ses tribus… ». Car sur ses photographies, on retrouve des visages et des silhouette, des postures et des attitudes d’une Algérie plurielle. Des jeunes  branchés, et écolières aux allures « occidentales », aux aînés en burnus, en passant par les femmes et leurs tatouages aux diverses symboles; le monde vu par lazhar Lansouri, nous  livre une  masse d’informations impressionnante sur l’ambivalence du moderne et du traditionnel algérien, lequel souligne les disparités générationnelles.

C’est  également  grâce  au Grand reporter Charles Henri Favrod, et au photographe Armand Deriaz que le travail de Mansouri pérégrine depuis plus de dix ans. Exposé en France, Italie, Etat-Unis et en Suisse. On y voit un intérêt d’ordre diachroniqueIl devient ainsi, le gardien de la mémoire photographique  algérienne contemporaine et impose un certain regard qui se défait des « clichés » coloniaux.Démocratisée après l’Indépendance,la photo de studio fut  un véritable sport national en Algérie. Nous étions loin de l’ère des technologies numériques avancées, et aller chez le photographe du quartier était une incontournable activité dont Lazhar Mansouri a su cristalliser l’essence, et les contours. Il nous livre à travers son regard, des bribes de notre mémoire. Mohand Abouda, le décrivit ainsi : « Il cultivait la beauté en curieux invétéré, pour le simple plaisir des sens […] Humble était Lazhar, immense son talent. Il n’en avait pas conscience ».

Leila Assas


Bibliographie  :

 

 

                            
                          
                        
                       


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31May

La station d’art rupestre tassilienne de Jabbaren, située sur le plateau de Tamrit non loin de l’Oasis de Djanet, abrite plus de cinq mille gravures; dont les plus anciennes remontent à plus de 9000 ans. Elles ont été étudiées la première fois par le professeur Henri Lhote lors d’une expédition en  1933 et constituent un fond à valeur paléo-anthropologique considérable.

La station d’art rupestre tassilienne de Jabbaren, située  sur le plateau de Tamrit non loin de l’Oasis de Djanet, abrite plus de cinq mille gravures; dont les plus anciennes remontent à plus de 9000 ans. Elles ont été étudiées la première fois par le professeur Henri Lhote lors d’une expédition en  1933 et constituent un fond  à valeur paléo-anthropologique considérable.   

Henri Lhote répertorie quatre périodes de datation des gravures rupestres. Devenue une référence en la matière (datation des sites rupestres au Sahara);  il permet un découpage des époques de la façon suivante  : Période bubaline, période bovidienne, période cabaline et période cameline. Chacune, est caractérisée par plusieurs styles chromatiques et picturaux. Au nombre de douze, ces styles attesteraient du passage du même nombre de civilisations et peuplades distinctes. 

Il est à souligner que les controverses à propos de la datation, et répartition des périodes et styles, persistent encore de nos jours. 


L’indélébile élégance peule  

Représentée de profil, la gravure dont il est question met en scène deux filles aux  traits fins, nez aquilins et arborant deux coiffures sophistiquées dites en cimier et pain de sucre, encore d’usage en Afrique de l’ouest; notamment, à Mopti et Bandiagara au Mali. 

Le caractère figuratif réaliste de cette peinture, atteste d’une présence septentrionale de ce  peuple   avant la désertification du Sahara. Baptisée « Les jeunes filles peules de Jabbaren » et rattachée selon Lhote à la période bovidienne (néolithique : 4000 ans avant J.C. à 1500 avant J.C.), cette gravure est exécutée avec une technique chrome, et incarne l’indélébile élégance peule, un peuple mystérieux, et  nomade de l’Afrique de l’ouest.

La gravure nous offre  une perspective de lecture anthropologique très intéressante et   dresse des analogies éloquentes avec le peuple peul actuel. Ce qui  ouvre un champ de lectures et d’interprétations, sur les prémices du peuplement du Sahara, les airs du nomadisme et transhumances, ainsi que les vagues migratoires. 

Les  gravures rupestres du Tassili N’Ajjer  constituent un socle d’étude paléolithique, en Afrique, des plus probants. Les anthropologues et spécialiste attestent d’une avancée de 2000 ans sur l’Afrique méditerranéenne. Malika Hachid  ajoute en ce sens «  On peut donc voir dans la civilisation bovidienne saharienne l’origine de l’Afrique actuelle où Touareg, Bambara, Sarakollés, Peul, Dogon, Ethiopien et autres, pour être différents, n’en sont pas moins tous nés de la même matrice préhistorique.».   

Leila Assas


Bibliographie :

  • G. Camps, « Jabbaren », Encyclopédie berbère, 25 | Iseqqemâren – Juba, Aix-en-Provence, Edisud, 2003, p. 3841-3842 
  • – HAMPATÉ В A et G. DIETERLEN LES FRESQUES D’ÉPOQUE BOVIDIENNE  DU TASSILI N’AJJER ET LES TRADITIONS DES PEUL : HYPOTHÈSES D’INTERPRÉTATION 
  • – Lhote H. Le peuplement du Sahara néolithique, d’après l’interprétation des gravures et des peintures rupestres. In: Journal de la Société des Africanistes, 1970, tome 40, fascicule 2. pp. 91-102. 

Initialement publié sur Babzman.com


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31May

Comptoir français de la traite négrière depuis le XVII siècle, le Sénégal fut au cœur d’un infâme commerce, qui sera très « prospère » pour la France. Mais en l’an 1960, le pays obtient son indépendance; et à la tête du nouveau gouvernement sénégalais, un homme de Lettre, Léopold Sédar Senghor, dit le Président Poète.

Comptoir français de la traite négrière depuis le XVII siècle, le Sénégal fut au cœur d’un infâme commerce, qui sera très « prospère » pour la France. Mais en l’an 1960, le pays obtient son indépendance; et à la tête du nouveau gouvernement sénégalais, un homme de Lettre, Léopold Sédar Senghor, dit le Président Poète.    


Le futur président voit le jour le 9 octobre 1906, dans une ville, non  loin de Dakar. Prédestiné à une carrière religieuse, son père l’envoie  très jeune à la mission catholique entre 1923  et 1927, mais ce dernier, se détache de la voie religieuse pour verser dans les Lettres. Arrivé à Paris en 1928, il y vit des années d’effervescences politiques et intellectuelles et côtoie Picasso et de Chagall.

Son élection en tant que député socialiste au Sénégal en 1945, marque le début de sa carrière politique, imprégnée de la pensée Marxiste ce qui le pousse en 1958, à   fonder le parti  UPS, « l’Union progressiste sénégalaise » et œuvre en se sens à l’indépendance de son pays par la voie politique. 

Des réalités historico-culturelles africaines, Senghor conçoit un courant de pensé au coté  d’Aimé Césaire et de Léon-Gontran Damas. La Négritude. Il  l’a défini comme suit : « la Négritude a un double sens, objectif et subjectif. Objectivement, la   Négritude est un fait : une culture. C’est l’ensemble des valeurs   économiques et politiques, artistiques et sociales -non seulement des peuples    d’Afrique noire, mais encore des minorités noires d’Amérique, voire d’Asie et d’Océanie. […] Subjectivement, la Négritude, c’est «l’acceptation de ce fait de civilisation et sa projection ».  

La négritude  devient omnipotente dans la gestion de politique de l’état sénégalais. Perçue comme une résultante, un héritage des Lumières et un butin de guerre; combiné à  L’esthétique négro-africaine*, cette idéologie se matérialise à travers l’Ecole de Dakar dont il fut l’instigateur, et le principal mécène. 

En 1966, Dakar accueille le 1er  Festival des arts nègres. Il contribue, en ce sens à l’essor artistique de son pays et de l’art dit, néo africain selon l’expression de l’auteur Janheinz Jalm. Il démissionne  de son poste de président,   le 31 décembre 1980, au terme de cinq mandats allant de 1960 à 1978. Essayiste, auteur d’une prestigieuse anthologie poétique, membre de l’Académie française et docteur honoris causa dans plusieurs universités. Il décède le 20 décembre 2001.  

 Leila Assas  


Bibliographie :    

  •  L’esthétique négro-africaine*   Léopold Sédar Senghor, « L’esthétique négro-africaine » , Liberté 1 Négritude et humanisme, p.202-217. 
  •  » LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR : LA PENSÉE ET L’ACTION POLITIQUE «  
  • Actes du colloque  organisé par  la section française de  l’Assemblée   parlementaire de la Francophonie 
  • Jean-Louis Joubert, « Francophonie », Encyclopedia Universalis, Corpus, 9 
  • MARIE-HÉLÈNE L’HEUREUX,  LA NÉGRITUDE ET L’ESTHÉTIQUE DE LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR DANS LES OEUVRES DE L’ÉCOLE DE DAKAR  UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL, mai 2009    

 

 

                            
 
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31May

Figure majeure de la Résistance palestinienne des années soixante-dix, Edward W. Saïd, est un intellectuel palestinien, dont la pensée humaniste se manifeste par son engagement pour la cause de l’Intifada palestinienne. Expulsé de la Palestine en 1948, lors de  la première Nakba  : l’Exode massif des palestiniens; il s’installe avec sa famille, dans un premier temps, en Egypte. Puis, se dirige vers les Etat-Unis, où il y vit jusqu’à son décès, survenu le 25 septembre 2003.

Figure majeure de la Résistance palestinienne des années soixante-dix, Edward W. Saïd, est un intellectuel palestinien, dont la pensée humaniste se manifeste par son engagement pour la cause de l’Intifada palestinienne. 

Expulsé de la Palestine en 1948, lors de  la première Nakba  : l’Exode massif des palestiniens; il s’installe avec sa famille, dans un premier temps, en Egypte. Puis, se dirige vers les Etat-Unis, où il y vit jusqu’à son décès, survenu le 25 septembre 2003.


Littérature et résistance 

Professeur de littérature comparée à l’université de  Columbia de New York, sa pensée fut marquée par l’expérience de l’exil  ainsi que la dualité  : Orient/Occident; une invention occidentale selon lui, et qui prédomine dans l’ensemble de son œuvre. En 1978, il publie L’Orientalisme , « l’Orient a permis de définir l’Europe (ou l’Occident) par contraste : son idée, son image, sa personnalité, son expérience. La culture européenne s’est renforcée et a précisé son identité en se démarquant d’un Orient qu’elle prenait comme une forme d’elle-même, inférieure et refoulée. »  Argue t- il.  

Membre du Conseil national palestinien dés 1977, il prend part en tant que négociateur officieux  dans le processus des Accords d’Oslo  du 13 septembre 1993 et s’oppose  à la politique de Yasser Arafat, dans laquelle il y voit « un acte de reddition ». Avec ses œuvres, «Des intellectuels et du pouvoir »,  (1994) et « A contre -voie » (1999), il met l’accent sur  l’engagement de l’intellectuel et son devoir face à ses semblables. En ce sens, « L’artiste et l’intellectuel indépendants comptent parmi les rares personnalités équipées pour résister et combattre l’expansion du stéréotype et son effet ». Jugées subversives, ses œuvres sont interdites en 1996 par Arafat dans les Territoires Autonomes.  

 

Edward W. Saïd et l’impérialisme colonial 

Connu dans le cercle de l’Intelligentsia algérienne pour son  œuvre «Culture et Impérialisme » (2000), Edward W. Said consacre un chapitre à l’auteur français Albert Camus, en mettant en exergue « la controverse entre le nationalisme algérien et le colonialisme français », à travers la triade  : Français d’Algérie /Indigène/Français de la Métropole. 

Précisions que pour Camus, les français d’Algérie seraient « des indigènes » marqués culturellement par l’héritage de la France métropolitaine. Ils demeurent détachés des autres «  indigènes » , car ces derniers seraient exempts de particularité tel que l’on le retrouve dans ses œuvres «  l’Arabe » , »  dans l’Etranger ». Saïd propose d’aborder l’œuvre camusienne telle une «transfiguration métropolitaine du dilemme colonial ». En d’autres termes,  les positions de Camus  envers l’indépendance de l’Algérie seraient une manifestation de ce dilemme.   

La pensée corrosive et acerbe d’Edward W. Saïd permet un décryptage critique de  la psychologie de l’impérialisme occidental, ainsi qu’une lecture exogène de la Question Palestinienne. Si Darwich est le visage poétique de l’Intifada, Edward  Wadî Saïd  demeure incontestablement, une de ses têtes biens pensantes.      

 Leila  Assas  

 

  • Bibliographie : 
  • Mona Chollet  , Œuvres d’Edward W. Saïd traduites en français : L’Orientalisme, L’Orient créé par l’Occident, 1994 (1980), Seuil ; Des intellectuels et du pouvoir, 1996, Seuil ; Entre guerre et paix, 1997, Arléa. 
  • Ahmed Hanifi intitulée « L’Arabe dans les écrits d’Albert Camus ». des premières rencontres littéraires d’Istres, dans les Bouches du Rhône (13800),  2013 
  • Fenouillet Sophie. Edward Said, L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident. In: Mots, n°30, mars 1992. Images arabes en langue française. pp. 117-121; 
  • Edward SAID, L’orientalisme, L’Orient créé par l’Occident, Paris, 
  • Le Seuil, 1980, 393 p. Traduit de l’américain par Catherine Malamoud.    
  • Said, Edward W. « Albert Camus, ou l’inconscient colonial » in « Culture et impérialisme ». Fayart, Paris, 2000.  
  • Images : https://www.medea.be/fr/themes/biographie/s-u/said-edward/ 
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31May

L’année 1958 marque un tournant décisif dans l’histoire de la France coloniale. L’avènement de la Ve République dans un contexte agité, autour de la question de l’Algérie française est la résultante directe de La Crise du 13 mai 1958 à Alger. Elle sera marquée par le retour de Charles de Gaulle au pouvoir.

L’année 1958 marque un tournant décisif dans l’histoire de la France coloniale. L’avènement de la Ve République dans un contexte agité, autour de la question de l’Algérie française est la résultante directe de La Crise du 13 mai 1958 à Alger. Elle sera marquée par le retour de Charles de Gaulle au pouvoir.

Suite à la remise du Manifeste des leaders de l’AEF (Afrique Equatoriale française) ainsi que de l’AOF (Afrique Occidentale Française), le référendum sur la constitution de la V e République, intègre le droit à l’indépendance des colonies. Seule la Guinée, faisant parti de ce dernier, avait émis un vote négatif et refuse son intégration dans la Communauté Française des anciennes colonies. Cet organisme visant à reformer les rapports de la France, avec les pays en voie de décolonisation, toute en formulant des clauses d’allégeances connues sous l’appellation de Françafrique.

Le « Non » de la Guinée traduit  les aspirations anticoloniales, et confirmet le processus d’autonomisation instauré par le  mouvement nationaliste guinéen dont les idées   furent principalement véhiculées par le Parti Démocratique de Guinée ( PDG), avec à sa tête le charismatique leader, Ahmed Sékou Touré, qui Depuis 1952 œuvrait pour l’indépendance de son pays. Le 2 octobre 1958, la Guinée est indépendante, ce qui  entrainera une cession immédiate des  relations diplomatiques et économiques avec l’ancien occupant. La France coloniale aura duré  67 ans, depuis 1891, période durant laquelle le travail forcé  est instauré et l’exploitation des ressources et richesses du pays furent acheminées vers la Métropole.

« Préférer la liberté dans la pauvreté que la richesse dans la servitude » est la réponse la plus éloquente au régime colonial français. A l’indépendance de la Guinée, le mot d’ordre est la tendance politique socialiste, basée sur le parti unique. Ahmed Sékou Touré  fervent  admirateur de Karl Marx, et partisan du socialisme panafricain, tisse en ce sens des liens avec l’Union des   républiques socialiste soviétique ( Ex, URSS) qui lui octroie des crédits et aides financières .

La politique de Touré n’a pas changé depuis l’indépendance jusqu’à son décès 1984, une rupture franche de toute relation postcoloniale.

Leila Assas

 

Bibliographie :

  • Berstein Serge, Milza Pierre, Histoire de la France au XXe siècle, Complexe, Bruxelles, 1995
  •  Diallo Abdoulaye. Sékou Touré et l’indépendance guinéenne. Déconstruction d’un mythe et retour sur une histoire. In: Outre-mers, tome 95, n°358-359, 1er semestre 2008. 1958 et l’outre-mer français, sous la direction de Yvan Combeau. pp. 267-288.
  • Illustration: https://www.visionguinee.info/2016/05/24/sekou-toure-avait-beaucoup-de-respect-pour-le-general-de-gaulle-confie-hadja-andree-toure/
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31May

L’Arbre à palabre est à la fois, un lieu et une représentation. Cet « arbre-institution »,est prédominant dans les pays de l’Afrique de l’ouest, particulièrement au Mali et au Sénégal; et son rôle est basé sur le maintien de l’éthique et le consensus. Il apparait comme une des manifestations de l’oralité africaine, où la sagesse prime.

L’Arbre à palabre est à la fois,  un lieu et une représentation. Cet « arbre-institution »,est  prédominant dans les pays de l’Afrique de l’ouest, particulièrement au Mali et au Sénégal; et son rôle est basé sur le maintien de l’éthique et le consensus. Il apparait comme une des manifestations de l’oralité africaine, où la sagesse prime. 


Une organisation sociale ancestrale  

Cet appellation renvoie dans un premier temps à un lieu à proprement parlé. Lieu de rassemblement et des débats. Il s’agit selon l’interprétation répandue, du premier arbre d’un  village, celui que l’aïeul, attesté comme le fondateur, a planté ou a simplement trouvé et décidé d’y élire domicile, car son ombrage offrait la perspective d’une sédentarisation prospère. Souvent un baobab, un arbre majestueux et vénéré. Spécifique à l’air géographique du Sahel et à la Savane sèche*, sa longévité peut atteindre plusieurs centaines d’années. Il devient donc témoin de plusieurs générations d’hommes et de femmes, « le Baobab est «  l’Arbre-Peuple ». Grâce à la force de sa seule parole, la «  mémoire (est) libéré ». Préface, le professeur  Pius Ngandu Nkashama, dans l’œuvre poétique d’Amadou Elimane Kane « La parole du Baobab ».   

Ainsi, cet arbre devient  l’axe central du village, ce lieu incarne  le collectivisme africain où s’exaltent des valeurs de l’oralité et du droit coutumier; de la gestion de conflits, au rayonnement culturel à travers le verbe en passant par le théâtre,  mais aussi l’exposé des requêtes et doléances d’ordre juridiques, politiques et économiques. En somme,  la vie sociale et   communautaire y est débattue à l’ombre de l’Arbre à palabre et en toute transparence.  

Des questions quotidiennes qui ont trait aux manifestations, telles que les mariages et les enterrements en passant par la gestion de crise entre ethnies y sont également évoquées. Fait particulier, la mixité ethnique et religieuse est monnaie courante en Afrique de l’ouest. Musulmans, chrétiens et animistes peuvent appartenir à la même communauté voire à la même famille, chose peu commune comparée au Maghreb où souvent, sauf grandes agglomérations, les communautés préfèrent le sectarisme  ethnique ou la religion musulmane prédomine. 

Initialement, il est l’apanage des hommes, et plus particulièrement les sages, les anciens et les chefs de villages, il est fait inaccoutumé et exceptionnel que les femmes y prennent part pour être entendues. Cependant, il est également fait notoire, qu’épouses, mères et maitresses agissent toujours  en amont, dans l’ombre et influencent les décisions prises par les hommes. 

L’Arbre à palabre existe depuis des siècles, particulièrement dans les villages traditionnels. Nous observons de nos jours, un retour vers ce concept, et un intérêt nouveau que l’occident porte à cette pratique en l’intégrant dans des stratégies nouvelles de communications. Il est à l’instar de l’Agora de la Grèce Antique ou le Forum romain, un système de valeur qui verse dans la voie de la démocratie ou la palabre (pourparlers), y est nécessaire et inhérente à l’accomplissement de cette dernière. 

Leila Assas  

¤Savane Sèche : Zones tropicales  dominées  par la sécheresse comme le Bostawana,  Tanzanie et l’Australie.  

 

Bibliographie :  

  • Amadou Elimane Kane, La parole du Baobab, Poésie Acoria Ed.1999  
  • Fatimata Hamey-Warou, L’ARBRE À PALABRES ET À RÉCITS De l’Afrique au Brésil en passant par la Bretagne Christian Leray – L’HARMATTAN 2014  
  • Mylène Botbol-Baum  Bidima ou l’importance cruciale de la palabre face à L’éthique de la discussion ou de l’articulation de l’universel et du singulier (Ebim/ucl) 30 janv. 05 
  •  L’arbre à palabre Pour un développement méthodologique, voir la fiche méthodologie du G.E.A.S.E  Copyright CHOCAT Jean – 2013  
  • Palabre – Peinture, 100×50 cm ©2015 par BENICHOU Paul – Art abstrait, Art
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26May

Ali Hefied décède le 09 novembre 2015 à Kolea, à l’âge de 72 ans, non sans avoir légué à la mémoire algérienne des milliers de clichés. Son ouvrage Regard sur le théâtre algérien, s’impose comme une référence indéniable de la mémoire photographique. Ali Hefied était journaliste*, photographe, et reporter.

Ali Hefied décède le 09  novembre 2015 à Kolea, à l’âge de 72 ans, non sans avoir légué à la mémoire algérienne des milliers de clichés. Son ouvrage Regard sur le théâtre algérien, s’impose comme une référence indéniable de la mémoire photographique. Ali Hefied était journaliste*, photographe, et reporter.

 

L’intimité et l’aura des planches

« Cet ouvrage est dédié à mes amis de théâtre, Abderlkader Alloula, Azzedine Medjoubi, Hadj Omar, trop vite disparus.». C’est avec ce modeste et poignant hommage, que l’auteur prélude son ouvrage. Bouleversant témoignage, si l’on tient compte du contexte d’intervention de ce dernier. Nous sommes en 2003, au crépuscule d’une guerre civile qui causa la mort et la perte des plus grandes icônes de la scène culturelle algérienne. Ainsi, Regard sur le théâtre algérien prend des allures d’une littérature de l’Urgence*.

A ce sujet, Ahmed Bedjaoui, un des collaborateur de l’ouvrage avec un texte intitulé, Ali Hefied , lahaf1 mémoire restituée, nous interpelle avec les mots suivants : « Depuis trente ans, Ali Hefied photographie les comédiens pour nous offrir un miroir où se reflètent nos drames collectifs. Il n’a cessé d’accompagner le théâtre et les acteurs dans leurs confessions au public ». En effet, Ali Hefied partage avec nous l’intimité et l’aura des planches. Des clichés en noir et blanc, plans serrés, sourires francs et regards luisants. On y découvre un Alloula démesuré dans la pièce Homk Salim (Le Journal d’un Fou), une Sonia aux multiples facettes ainsi qu’un Kouiret et un Rouiched dans un face à face épique. Ces photographies sont ponctuées de notes qui font échos aux impressions de l’auteur.

Véritable encyclopédie, répertoriant ouvrages, auteurs, metteurs en scène, producteurs et années de sortie;   ce fond documentaire est constitué de cinquante pièces maitresses du théâtre algérien; lesquelles furent mises en scène depuis le lendemain de l’Indépendance jusqu’au début des années 2000 (entre 1963 et 2002). Nous citons parmi ces pièces : El Hayet houlm (La vie est un songe, 1963), El h’sab tlef (le compte n’y est plus, 1974),  Haffila Tassir (le conducteur d’autobus, 1985), et Baya (1992).

Quatre textes, signés respectivement Mohammed Khada, Ahmed Bedjaoui, Kamel Bendimred et Abdelkrim Djilali, accompagnent les photographies de l’auteur. A la fois, académiques, descriptifs et sociocritiques, ces textes rendent compte de l’évolution du théâtre algérien, dressent le   bilan des actions passées, évoquent les aspirations futures, tout en laissant transparaitre cette omnisciente douleur indélébile à l’aune de la Décennie Noire. Et qu’Abdelkrim Djilali (ancien directeur d’Algérie actualité) exprimait de cette façon en évoquant « […] Ceux qui sont morts, érodés, dans l’oubli et l’abandon  ou, plus expéditif, direct, rapide et plus résonant, dans le fracas des balles. Ceux qui leur ont survécu, c’est sûr, ne les oublieront jamais. Ce livre en est désormais témoin ».

Regard sur le théâtre algérien se lit dans  sillage d’une trame historique, et sociolinguistique de cette Algérie en  perpétuelle mutation.

Leila Assas


*Ali Hefied était journaliste pour  l’APS, les quotidiens El Moudjahid et Echaâb, et auprès de l’hebdomadaire Révolution Africaine
*Littérature de l’Urgence Une littérature algérienne produite dans le contexte de la guerre civile qu’a connu le pays entre les années 90’ à 2000 connue sous le nom de la Décennie Noire.


Bibliographies :

  • Ali Hefied, Regard sur le théâtre algérien, Ed, Casbah Editions, 2003
  • Les déclics d’Abderrahmane Djelfaoui, entretien, Algérie Littérature/ Action Alger, septembre 1997 — Propos recueillis par C. Chaulet- Achour.
  • Abderrahmane Djelfaoui, ALI HEFIED, le dernier  clic, Reporters © ,13 novembre 2015.


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