21Apr

El Goual est un substantif issu de l’arabe, signifiant littéralement « celui qui dit ». Le terme représente à la fois un personnage ainsi qu’une fonction, et son usage demeure propre aux régions à influence bédouine

El Goual est un substantif en darja issu de l’arabe, signifiant littéralement « celui qui  dit ». Le terme représente à la fois un personnage ainsi qu’une fonction, et son usage demeure propre aux régions à influence bédouine.

El Goual est un conteur populaire rattaché à la geste hilalienne (chansons et contes de transmission orale), il fait son apparition avec  l’arrivée de la tribu nomade des Banou Hilal بنو هلال , venue de la péninsule Arabe vers la Maghreb au XI e siècle. Cette épopée est connue sous l’appellation « El Taghriba » c’est-à-dire : La ruée vers l’Ouest.

El Goual  relate les prouesses du héro arabo-musulman dans les endroits à large diffusion : places publiques, lieux de culte, marchés hebdomadaires. Il déclame, à l’aide d’un manuscrit, son récit  philosophique de manière attrayante et emphatique, et qui peut également faire à l’occasion office de dépêche. "Il sollicite l’imaginaire du spectateur, de sorte que chacun peut faire sa propre représentation" explique Mahieddine, Bachetarzi  dans son ouvrage Mémoires 1919-1939, Ed/Sned, 1968.

La tradition du goual est ancrée dans une réalité sociale et politique, car il incarne l’esprit qui veille sur « la cohésion tribale » appelée par Ibn Khaldoun « Al assabia ». Il « exagère à outrance les parties de son récit qui provoque l’étonnement et l’exaltation de ses auditeurs, et le ponctue de versets coraniques et de Hadith. »

L'attribution des récits épiques à des historiens renommés et l'utilisation d'expressions arabes sont des stratégies narratives utilisées par El Goual pour conférer crédibilité et authenticité à ses récits, renforçant ainsi leur impact culturel et leur pouvoir de fascination sur le public.

Leila Assas


Sources :

Lamia BEREKSI, Le théâtre et l’apport du goual  Université Paris XII

Bachetarzi Mahieddine, Mémoires 1919-1939, Ed/Sned, 1968.

Kateb Yacine, un théâtre en trois langues, Ed/ Du seuil, 2003

Illustration :  El Goual, site http://www.algermiliana.com/pages/miliana/miliana-nostalgie-et-souvenirs/scenes-et-types/el-goual.html


Initialement publié sur Babzman - version revisée 


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18Apr

Rachid Taha est né à Sig dans l’Oranie, à l’ouest de l’Algérie, le 18 septembre 1958. Arrivé en France dix ans plus tard, il vit en Alsace ensuite dans les Vosges. La vie y est froide et très différente de son Algérie natale. Il est désormais, fils d’immigré. Un sobriquet qu’il cultive à travers sa musique, faite de métissage culturel.

Rachid Taha est né à Sig dans l’Oranie, à l’ouest de l’Algérie, le 18 septembre 1958. Arrivé en France dix ans plus tard, il vit en Alsace ensuite dans les Vosges. La vie y est froide et très différente de son Algérie natale. Il est désormais, fils d’immigré. Un sobriquet qu’il cultive à travers sa musique, faite de métissage culturel. 

 

L’univers artistique de Rachid Taha puise dans ses origines ainsi que dans son vécu. En 1981, il fit la rencontre d’un jeune guitariste, et bassiste d’origine algérienne. Commence dés, lors une aventure musicale qui donna naissance au projet « Carte de séjour », un album coup de gueule, un cri d’affirmation face à l’exclusion des enfants d’immigré nés en France. L’album devient très vite polémique par son aspect contestataire qui scande une «  Douce France », aux airs maghrébins. Avec l’album « Rhoromanie » et « Deux et demi », le succès est au rendez-vous.

Rachid Taha se lance par la suite dans une carrière en solo très productive. Il a à son actif une dizaine d’albums, citons ; Barbés, Olé Olé, Diwan et Tékitoi. Véritable globe-trotter musical, il mêle à souhait, la darja aux sonorités rock, techno, rai, oriental chaabi et pop. Il introduit le cajun et le mariachi, ainsi que d’autres instruments à une musique qui rend hommage aux chantres tels que Dahmane El Harrachi, El Anka, Farid El Atrache, Oum Keltoum ou encore Lili Boniche. Ses albums « Diwan   I » & « Diwan II » regroupent  en effet des compositions très diverses, mais c’est incontestablement  son tube  « Ya Rayah », reprise de Dahman El Harachi  qui illustre sa notoriété  auprès de son public algérien ainsi que sa collaboration sur le projet «  1,2,3 soleil »  au côté du  « King »  du rai  Khaled, et Faudel.

Bête de scène, ce rockeur humaniste à la réputation sulfureuse, a cultivé jusqu’à son dernier souffle une fougue inouïe. Il s’en est allé à l’âge de 59 ans, le 12 septembre 2018 suite à une crise cardiaque, laissant dernier lui un album à titre posthume produit par le label Believe et une discographie immortelle.

 

Leila Assas

 

Sources :     

  1. www.rachidtahaofficial.com 
  2. www.lesinrocks.com 


Initialement publié sur Babzman, le 19 septembre 2017


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18Apr

L’architecture saharienne de l’Algérie est diverse, et se compose de différentes influences. Elle demeure ancrée dans un espace berbère à la culture sahélienne, et dont l’habitat traduit la complexité du tissu social, et de sa configuration. L’architecture dite néo-soudanaise ou soudano-sahélienne, est omniprésente en Afrique de l’Ouest, et plus particulièrement au Mali, autrefois nommé le Soudan français.

L’architecture saharienne de l’Algérie est diverse, et se compose de différentes influences. Elle demeure ancrée dans un espace berbère à la culture sahélienne, et dont l’habitat traduit la complexité du tissu social, et de sa configuration.  L’architecture dite néo-soudanaise ou soudano-sahélienne, est omniprésente en Afrique de l’Ouest, et plus particulièrement au Mali, autrefois nommé le Soudan français.


Le  Soudan français, un projet colonial 

La colonie française, désireuse de développer une économie fédérée autour du projet du Soudan (aujourd’hui Mali), faisait acheminer les profits, directement vers la métropole. La région du Soudan français s’étendait à partir de la colonie du Haut-Sénégal et Niger, jusqu’au sud Algérien (AOF), intégrant l’actuel Mali.

Ainsi, l’architecture néo-soudanaise observée dans les oasis sahariennes algériennes, et plus particulièrement au Touat, est  une invention coloniale inspirée de l’architecture locale; laquelle, selon certaines thèses, serait attribuée à Abou Ishaq es-Sahéli, un illustre architecte et homme de lettres andalou. On lui attribue la réalisation de divers lieux de culte,  notamment la mosquée de Kankou Moussa à Gao, et la mosquée Djngareyber de Tombouctou. Le célèbre architecte, vécut sous le règne de l’empereur   Kankou Moussa, au XIV à l’époque dite, de l’âge d’or de l’empire malien.

L’architecture soudanaise est identifiable grâce à ses « façades, qui se caractérisent par de lourdes formes coniques en argile et comportent un grand nombre de décorations. La mosquée de Mopti est l’archétype parfait de cette architecture. »

Adrar, capitale du Touat, Timimoun, ainsi que  In Salah, les bien-nommées Villes Rouges, furent bâties sous le cachet néo-soudanais. Adrar, ville coloniale crée en 1900 dans le Touat, dispose d’une architecture fortement inspirée de la facture purement traditionnelle soudanaise, et pourrait donc se confondre à cette dernière de par divers similitudes : constructions en colonnes, toiture en terrasse, formes et couleurs; elles divergent cependant par un choix de matériaux tels que le ciment, et l’introduction de la véranda, que l’on retrouve à Adrar. De nombreux édifices ont ainsi vu le jour, presque calqués sur l’habitat de leurs contemporains du Mali, citant : Le marché Dinar édifié  en 1932, qui constitue la copie conforme du marché rose de Bamako, et datant de 1929.

En 1900, Bab Essoudane (la Porte du Soudan) fut édifiée à Timimoun, suite à une décision du capitaine français Anthénour; lequel,voulu ainsi donner à la ville une facture « Afrique de l’Ouest ». En 1917, on acheva l’oasis rouge qui avait servi de  «bâtiment de subsistance militaire de Timimoun».

La corrélation entre l’économie et le corps militaire crée en ce sens, une conjoncture       « favorable » à l’unification du territoire colon. L’architecture d’Adrar serait une « volonté coloniale », plus qu’un fait social issu de brassages et voyages des idées sahélo-saharienne.

Les régions sahariennes de l’Algérie, notamment au Touat  sont marquées par une architecture principalement ksourienne. Elle est l’expression éloquente d’une configuration sociale issue d’un savoir-faire millénaire. Nous retrouvons cela dans toute les contrées ksouriennes de l’Algérie, notamment chez les zénètes et les mozabites. C’est « un bâti qui préserve l’organisation des rapports sociaux : rapport entre les sexes, rapport au religieux…. »

 « Une invention coloniale » est venue se greffer à cette architecture dite néo-soudanaise. Le parfait exemple en est l’actuel musée Saharien de Ouargla, bâtit en  1936,  qui était à l’origine, la résidence du gouverneur militaire durant la période coloniale. Nous pouvons également évoquer  l’hôtel de ville « l’Oasis Rouge » de Timimoun, et sa fameuse chambre  n° 4, célèbre pour avoir accueilli comme hôte, la grande duchesse du Luxembourg en 1926. 


L’architecture néo soudanaise post-coloniale

Dans une Algérie post-coloniale, l’on constate une nette confusion de l’identité stylistique et architecturale du Touat; ainsi  l’Université Africaine ou encore l’hôtel Touat, édifice éponyme et véritable joyau architectural de la région, sont tous deux  inspirés de l’architecture néo soudanaise. Devenu un point incontournable pour les touristes, l’hôtel s’impose comme étant un symbole de  grandeur, d’une région qui s’étend sur plus de  425 000 km2, compte prés de 294 noyaux anciens d’agglomérations.

De fait, « le corpus ou le répertoire stylistique » dans lequel puisent les architectes algériens de nos jours, quand ils s’adonnent à la création architecturale se voulant « traditionnelle », se trouve ironiquement, dans celui qui fut tout d’abord composé par Jonnart   au début du XXème siècle, puis « amélioré » par Pouillon et consorts à partir des années cinquante. Il s’agit donc d’une architecture dite traditionaliste, sans doute par volonté publique sous-jacente à tout projet, de « caractériser le cadre bâti, dans la continuité de « l’héritage colonial ».

 "L’apparition d’un urbanisme saharien coïncide avec une entreprise coloniale qui commence au début du XXe siècle avec les premières incursions de colonnes militaires françaises vers un Sud désertique, qui était pour eux : à découvrir et à conquérir ». On parla pour la première fois « d’architecture saharienne »  dés les  50 dans l’œuvre de Jean Godard : « l’oasis moderne, essai d’urbanisme saharien » qui en présente les initiaux fondements, dans un chapitre intitulé « Recherche d’un type saharien ».

L’architecture est L’expression  d’un fait culturel lié à une époque, mais surtout à une pensée. Elle demeure un fait marquant de la mémoire collective. Les édifices, les habitats et divers lieux  nous renseignent sur  l’idéologie prédominante d’une période donnée, nous permettant d’identifier  les influences de ses bâtisseurs. L’architecture néo soudanaise au Touat, emprunte d’anachronisme, introduit un aspect  d’urbanisme au détriment de l’architecture locale dite ksourienne , elle serait « une  volonté politique d’organiser un territoire, ses populations et leurs activités [ ]. »

Leila Assas

 

Sources :

  1. A Ravéreau, « Le M’Zab, une leçon d’architecture », (Éditions Actes Sud Sinbad, Arles, 2003) ( citation)
  2. Jean-Pierre Frey, « Adrar et l’urbanisme ou la sédentarisation erratique des oasis du Touat » , Revues.org  (citation)
  3. Martin A.-G.-P., 1908, « À la frontière du Maroc, les oasis sahariennes (Gourara, Touat, Tidikelt) », tome 1, Alger, Imprimerie algérienne, 406 p. (2 cartes hors-texte).
  4. Foureau F., 1903, « D’Alger au Congo par le Tchad », Paris, Masson
  5. Godard J. (Cdt), 1954, « L’oasis moderne, essai d’urbanisme saharien », Alger, La Maison des livres
  6. Verlet B., 1958, « Le Sahara », Paris
  7. Bernard A., 1910, p. 260 : « Sahara algérien et Sahara soudanais »
  8. Khedidja AÏT HAMMOUDA-KALLOUM, « L’architecture urbaine à Adrar , modèle imposé ou esthétique recherchée ? » Une architecture qui ne dit pas son nom » . Archi-mag.com  


Initialement publié sur Babzman, le 26 janvier 2015


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02Oct

À l'initiative du gouvernement algérien, avec le soutien de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), le Festival Panafricain d'Alger de 1969 avait pour objectif de rassembler la diversité de l'Afrique dans la capitale algérienne pour célébrer les cultures du continent tout en réaffirmant l'engagement en faveur des luttes anticoloniales. Ce Panaf fut véritablement une belle utopie.

À l'initiative du gouvernement algérien, avec le soutien de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), le Festival Panafricain d'Alger de 1969 avait pour objectif de rassembler la diversité de l'Afrique dans la capitale algérienne pour célébrer les cultures du continent tout en réaffirmant l'engagement en faveur des luttes anticoloniales. Ce Panaf fut véritablement une belle utopie.

Bien que pluridisciplinaire et résolument politique, le festival accorda une place centrale à la musique au sein de ses manifestations. La foule enthousiaste a pu découvrir des spectacles de rue mettant en scène danses et chants traditionnels venus des quatre coins de l'Afrique, ainsi que des artistes internationaux africains et de la diaspora, tels que Nina Simone, Barry White, Archie Shepp, Lester Bowie, Hank Mobley, Joe Jones, et bien d'autres.Durant ces dix jours de l'été 1969, Alger s'est enflammée. De nombreux Algériens évoquent encore cet épisode avec une euphorie non dissimulée et une nostalgie palpable. 

Le festival continue de nourrir l'imaginaire collectif et de susciter des débats passionnés, en grande partie grâce au documentaire éponyme réalisé par le cinéaste franco-américain William Klein, qui a immortalisé le souvenir du Panaf dans nos mémoires.Ce qui devait à l'origine être une simple commande pour capturer les moments clés de l'événement s'est transformé en une œuvre culte, un film-essai dans la tradition du cinéma soviétique du siècle dernier. William Klein a su saisir l'atmosphère du Panaf et nous replonger dans le contexte politique de cette époque, marqué par les luttes anti-impérialistes.

« Jazz is an African power »


C'est lors du Panaf 69’ que l'imagerie forgée par le gouvernement algérien, celle de l'Algérie en tant que « Mecque des Révolutionnaires », a pris tout son sens. »Cette image a été renforcée par la participation de plusieurs mouvements indépendantistes africains, tels que la South-West African People’s Organisation (SWAPO) de Namibie, le Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) dirigé par le charismatique Amilcar Cabral, le Mouvement Populaire de Libération de l'Angola (MPLA), le Fatah (Mouvement de Libération de la Palestine), ainsi que le mouvement révolutionnaire de libération afro-américaine des Black Panthers, qui cherchait à renouer avec le continent d'origine. Ils ont tous inscrit leur participation dans un prisme axé sur la dualité politique et culturelle. Eldridge Cleaver, ministre de la Communication des Black Panthers, a déclaré : « L'africanité doit éviter une expression complaisante et stérile du passé, mais plutôt s'efforcer d'innover, d'adapter la culture africaine aux exigences modernes du développement économique et social harmonisé. »

La militante anti-apartheid Miriam Makeba, qui était l'épouse de Stokely Carmichael, un autre membre influent des Black Panthers, était également présente. Elle a interprété son hymne à la liberté « Ana hora fil Djazair » (Je suis libre en Algérie). Exilée en Guinée en raison de ses positions contre le régime de l'apartheid en Afrique du Sud, elle a obtenu la nationalité algérienne lors de ce festival et a continué à parcourir le monde pour défendre la cause de Nelson Mandela, incarcéré depuis le 5 août 1962. 

Un autre moment marquant du festival a été la déclaration solennelle d'Archie Shepp, le jazzman : « le jazz est une puissance noire, le jazz est une puissance africaine ! ». Accompagné sur scène par des musiciens algériens, il a plus tard témoigné de l'intensité de ce moment en tant qu'Africain de la diaspora.Le festival a également donné naissance à une riche production musicale, capturée pendant et après l'événement. Parmi les enregistrements notables figurent la trilogie de musiques traditionnelles capturée par l'ethnomusicologue Roberto Leydi, intitulée "African Rhythms and Instruments" Vol I, II et III (Lyrichord), ainsi que plusieurs disques enregistrés à Paris dans les mois qui ont suivi le Panaf. Au total, douze albums ont été produits par le label BYG/Actuel. Archie Shepp lui-même a enregistré non pas un, mais trois albums à quelques jours d'intervalle : « Yasmina », « Poem for Malcolm » et « Blasé », ce dernier étant considéré par beaucoup comme le plus abouti des trois. On trouve également l'album « Ketchaoua » de Clifford Thornton, en référence à la mosquée Ketchoua située dans le quartier historique d'Alger où il a donné un concert lors du Panaf, ainsi que l'album "Hommage to Africa" (1970) de Sunny Murray.

Initié à une époque charnière de l'histoire de l'Afrique, le Panaf 69' a profondément marqué les esprits et demeure l'une des plus grandes manifestations panafricaines de l'Algérie. Cet événement fédérateur a abouti à la rédaction du Manifeste Culturel Panafricain lors du symposium du festival, articulé autour de trois axes : les réalités de la culture africaine, le rôle de la culture africaine dans les luttes de libération nationale et dans la consolidation de l'unité africaine, ainsi que le rôle de la culture africaine dans le développement social de l'Afrique.Une seconde édition du Panaf a été tentée en 2009, dans l'espoir de raviver l'esprit du Panaf original, mais en vain.


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03Sep

Il s'agit d'un article de blog générique que vous pouvez utiliser pour ajouter du contenu / des sujets sur votre site Web. Vous pouvez modifier tout ce texte et le remplacer par tout ce que vous avez à dire sur votre blog.

Durant les années 70,  le Maroc attire beaucoup de hippies dont le célèbre Jimmy Hendrix et les Rolling Stones. La charmante petite ville portuaire de l’Atlantique d’Essaouira s’aligne à sa façon sur le même axe cosmique que Woodstock, Katmandou au Népal et les Îles Baléares. Elle rassemble mystiques et chasseurs de nirvana. 


C’est dans ce contexte – mais à Casablanca- que les anticonformistes Nass el Ghiwane (gens de bohème, gens de la passion extatique) émergent et redonnent aux musiques populaires marocaines leurs lettres de noblesse. Dans une période marquée par l’hégémonie du tarab égyptien (musique savante et classique arabe qui gagna le paysage artistique nord-africain) ou de l’Arabo-andalou, une nouvelle tendance s’installe. Le mouvement ghiwani (impulsé par les Nass el Ghiwane) gagne de plus en plus d’adeptes et revendique pleinement son africanité, sa langue populaire et savante (le darija poétique), et la culture du parler vrai. Larbi Batma, qui avant de se lancer dans l’aventure avec ses copains était gardien de vélo devant un cinéma de Casa, disait des chansons de Nass el Ghiwane : « Ce sont des chansons qui content la souffrance de l’homme pauvre et de ses soucis quotidiens. Nous avions découvert quelque chose qui s’appelle « la chanson du peuple”.

Dans son ouvrage paru en 2011 (**), Omar Sayed le leader du groupe relate cette renversante expérience. Le livre revient sur la genèse, l’évolution, les influences et la success-story planétaire de ces jeunes du quartier populaire et cosmopolite de Mohammadi à Casablanca, que rien ne prédestinait à la notoriété et qui sont devenus des figures de «l’intelligentsia » marocaine de gauche.

Ces jeunes adeptes, du théâtre du dramaturge Tayeb Saddiki, jouent dans la rue et ravivent des traditions orales nord-africaines comme celle des boughanim,  ces troubadours errants, fin moralisateurs, fort éloquents et riches en verbe. Les origines régionales diverses des membres de la formation contribuent à enrichir leur répertoire. De tous ces apports culturels que les ruraux apportent dans les faubourgs des villes, les Ghiwanis font leur miel. Leur musique est une éloquente synthèse de la tradition musicale marocaine riche de ses influences sub-saharienne, andalouse, séfarade, arabe et amazigh. Cette démarche ouvrira la voie à d’autres formations marocaines comme Jil Jilala, Tagada, Lemchaheb, Megri mais aussi à des artistes d’Algérie, de Tunisie et de Libye. 



À travers des chansons comme « Allah ya Moulana » (Mon Seigneur) , « Fine ghadi biya khouya » (Où m’emmènes-tu mon frère ?), « Jibou Li Hali » (Emmenez-moi vers la transe), ils  fusionnent ou font cohabiter divers styles musicaux marocains comme le melhoun, l’aita et révèlent des musiques ésotériques de transes qui ne se pratiquent que dans les cercles fermés comme celle des Hmadcha, une confrérie mystique soufie fondée au XVIIe siècle, sans oublier le son des gnaoua, musique thérapeutique savamment métissée dont les racines sub-sahariennes furent perpétuées par les descendants d’esclaves que la traite transsaharienne mena jusqu’au Maroc. 

C’est l’un des membres du groupe Nass el Ghiwane, mâalem Abderrahman Kirouche dit Paco, natif d’Essaouira, qui rejoignit le groupe en 1974 et fit sortir le gnaoua des cercles d’initiés pour lui donner tribune dans la musique du groupe. Cette heureuse « hérésie » est d’ailleurs devenue la marque de fabrique d’Essaouira qui depuis plus de vingt ans rassemble les adeptes de la Tagnawit (la voie des Gnaoua) et des artistes du monde entier lors du Festival Gnaoua et Musiques du monde. Le rapport à la spiritualité, sinon à la mystique, Nass el Ghiwane le revendiquait dès sa création en 1970. Le chercheur-mélomane Mokthar Zagzoule notait d’ailleurs que, sur les pochettes de leurs deux premiers 45 tours enregistrés en 1972, figurait le sous-titre « New Derwich ».



Oussama Becissa, musicien de la formation algéro-libanaise Astral Vibes Conspiracy évoque le groupe avec beaucoup d’émotion : « J’ai tenté quelques reprises de Nass el Ghiwane et ce n’est pas chose facile. Leur musique est brute, sans prétention de perfection ou de technicité et leurs textes sont crûs mais nous prennent aux tripes. C’est aussi cela, la magie de Nass el Ghiwane». 

Avec plus de quarante ans de carrière, l’héritage musical de Nass el Ghiwane a traversé des générations de musiciens. L’anthologie Klam el Ghiwane – Paroles du Ghiwane, éditée en 2003, regroupe l’ensemble de leur répertoire.

« Ô toi qui est faucon tout orgueilleux
Ô toi qui es coq sur la dune et développes tes ailes
Je n’ai jamais vu une gazelle marcher parce que les éperons le commandent
Il n’est pas dans l’humeur des chevaux racés de courber le cou
Et non plus le fier palmier donner ses dattes sucrées trop tôt
Et si on s’impatiente contre son gré seul un fruit amer en ressort
Ô toi, qui es loup dans les bois et qui remplis la nuit de ses hurlements »

Extrait de « Fine ghadi biya khouya » (Où m’emmènes-tu mon frère ?)

Officiellement apolitique, l’engagement et l’esprit contestataire du groupe transparaissent toujours, de manière subtile et imagée. Rarement de manière frontale, mais plutôt à travers des fables pamphlétaires… Maroc monarchique exige. Cependant, en 1972, sous le règne du roi Hassan II, le groupe est embarqué par la police en plein concert pour avoir chanté « Sabhane Allah sifna oula chtoua », (ô mon Dieu, notre été est devenu hiver), avec obligation d’expliquer sur PV le sens du texte : 

« Mon dieu pourquoi notre été est devenu hiver ?
(Parce) que notre printemps est devenu automne
(Parce) que la justice n’est pas rendue
(Parce) que nos dirigeants sont absolutistes et corrompus « 

Mais leur engagement dépasse la cadre marocain : d’abord parce qu’il fait écho au malaise de la jeunesse des pays voisins, tout aussi verrouillés, mais aussi parce qu’il s’étend à des questions internationales, comme dans la chanson « Sabra wa Chatila », parue en 1983, qui revient sur le massacre, un an plus tôt, des civils palestiniens dans les camps de réfugiés du même nom au Liban. 

« Dans ce monde le meurtrier est à l’honneur et l’injustice triomphe
Le passé regorge d’exemples
Dans ce monde les malheurs abondent tels des vagues
Les larmes des enfants passent
Leur âme est rendue à Dieu
Elle a vécu et s’éteint dans l’ombre
Dans ce monde l’abus est flagrant
Le scrupule est absent, l’orphelin est dupé
Et il y a tant à dire… » 

Ces « Rolling Stones de l’Afrique », comme aime les surnommer Martin Scorsese, n’eurent pas – on s’en doute- les faveurs des autorités, et seront longtemps bannis des ondes et scènes officielles. Ils ne seront « réhabilités » qu’en 2007 par le roi Mohamed VI. De nos jours, la production musicale et les apparitions sur scènes des Nass el Ghiwane se font rares, mais le groupe (renouvelé au fil du temps) continue d’inspirer la jeune scène nord-africaine et demeurent la plus singulière des institutions marocaines.

Leila Assas 

 
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03Aug

La Libye jouit d’une grande diversité culturelle, de ce fait, ces musiques traditionnelles sont l’expressions de cette grande richesse. Segmentées en fonction des épicentres citadins, des spécificités ethniques (amazigh, arabe, toubou) ou encore des influences antiques, ces musiques traduisent la complexité des substrats séculaires du pays.

La Libye jouit d’une grande diversité culturelle, de ce fait, ces musiques traditionnelles sont l’expressions de cette grande richesse. Segmentées en fonction des épicentres citadins, des spécificités ethniques (amazigh, arabe, toubou) ou encore des influences antiques, ces musiques traduisent la complexité des substrats séculaires du pays.

Cet article a pour ambition de lever le voile sur un pays qui a demeuré si longtemps hermétique

Merksawi (région oasienne du Mourzouq)

Le répertoire Merksawi prend racine dans l’oasis de Mourzouq au sud-ouest de la Libye. Véritable carrefour ethnique et culturel, l’oasis abrite des populations diverses comme les toubou, les arabes, les amazigh touaregs et Ahali (descendants d’anciens esclaves subsahariens) Ainsi, le Merksawi cristallise toutes ces cultures et se veut sa synthèse et son amalgame. Calqué sur une métrique arabe, le Merksawi débute avec un mawal (prélude) et se poursuit en combinant plusieurs instruments de musiques comme la ghaita et zemara (instruments à vent), mais aussi la derbouka, taghanimt et le bendir (percussions). Cette musique populaire est très appréciée lors des mariages et célébrations populaires. Le Merksawi quitte son oasis pour migrer vers Benghazi où il devient très populaire.

Répertoire Keleli (des toubou)

Le répertoire Keleli est centré sur l’instrument de prédilection (du même nom), emblème des toubou, ce peuple agro-pastorale appartenant à la famille nilo-saharienne qui sont surnommés « ceux qui jouent du keleli », c’est dire l’importance de ce luth Toubou au sein de la cosmogonie de cette communauté dont la musique est vécue comme un vecteur identitaire. Même si le jeu du keleli est nettement distinct de ses homologues maures et touaregs, son imaginaire reste néanmoins ancré dans l’espace saharien. Originellement instrumentale et obéissant à des conditions sociales rigoureuses, cette musique a muté pour aboutir à un style nouveau mêlant plusieurs registres musicaux toubou où l’on y chante l’amour, l’absence, les rixes et les Gestes des conquérants et seigneurs.   

Maalouf de Tripoli  

Le Maalouf est un sous genre de la musique andalouse, survivance et héritage multiséculaire morisque de la péninsule Ibérique musulmane et dont la tradition a perduré après la chute de l’Andalousie (XVe siècle) et avec l’arrivée des réfugiés morisques dans les centres citadins de l’Afrique du Nord et la ville de Tripoli demeure l’un de ces foyers. Ce sous genre andalou est attestée également en Tunisie et dans le Constantinois (l’est algérien) mais il existe très peu de données comparatives sur les points divergents et convergents de ces trois pays. Considérée comme la musique la plus savante de la Libye, le Maalouf est resté longtemps limité au registre religieux. Il faut attendre 1964 pour assister á la formation du premier ensemble grâce à l’initiative de l’académicien, musicien et musicologue Hassan Uraibi redonnant ainsi à ce genre musical ses lettres de noblesses et son caractère savant.

Ghenawi Rha  

Littéralement, « les chants de la meule », en référence à l’usage de la meule comme musique de fond, autrefois, seul instrument qui accompagne la voix de la soliste. Ce genre musical populaire est lié à Al Bayda, une des plus importantes et antiques villes de la région du Cyrénaïque. Nombreuses chanteuses se sont distinguées dans ce registre dont l’artiste Mariam Elssafi. La jeune artiste propulsa le genre á l’échelle national tout en préservant le répertoire et introduisant des instruments de musique tel que le luth ou encore le violon.  

Zokra (musique bédouine)

Cet art est lié principalement aux populations bédouines du sud du pays et demeure une des musiques traditionnelles les plus identitaires de la Libye. La Zokra est une cornemuse, appelée dans certaines régions ghaita, terme qui renvoie, également en Afrique du nord à une sorte de hautbois analogue à la zurna en Turquie. Nous retrouvons également ce genre dans l’Oasis du Ghat, au sud-ouest de la Libye où il est pratiqué par les populations touarègues lors des mariages et célébrations communautaires. Fait singulier, étant donné qu’il ne s’agit pas d’un instrument associé aux touareg. Il existe très peu de travaux sur ce genre à l’exception des enquêtes de l’ethnomusicologue et spécialiste des musiques sahariennes qui récolta plusieurs chants populaires du sud libyens entre les années 70’ et 90’.  

Srewa ( région du Fezzan)

Le Srewa ou Sreva est un répertoire oasien, ce sont des chants qui accompagnent le labeur des femmes oasiennes touaregs constituent un des fondements majeurs de l’imaginaire collectif des oasis du sud libyen. Les chants et répertoires liés à l'activité agro-pastorale est une pratique que nous retrouvons dans plusieurs pays et populations saharo-saheliennes. Chaque région conserve son imaginaire, ses codes et rythmes autotélique tout en obeissant à la même logique et dialectique : rendre le travail de la terre plus plaisant. Le Srewa, joué au tazmart (flûte à 4 trous), est souvent accompagné de danses collectives. On y distingue le sous genre Tamalak-oeit, un répertoire dont les protagonistes sont les enfants. En 1999, les travaux de collecte du musicien libyen Mebarki Rhamy Mohamed ont donné naissance au disque Chants des Oasis (12 STEP RECORDS).  



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03Aug

Enregistrée dans le cadre de la collaboration entre l’agence de production Tartine et les spécialistes du son alternatif Pure Capture, la chanson inédite de l’artiste franco-algérienne Djazia Satour « Zintkala », réalisée dans la forêt de Brocéliande, est une excellente entrée en matière pour nous faire plonger dans l’univers de l’artiste.

Enregistrée dans le cadre de la collaboration entre l’agence de production Tartine et les spécialistes du son alternatif Pure Capture, la chanson inédite de l’artiste franco-algérienne Djazia Satour « Zintkala », réalisée dans la forêt de Brocéliande, est une excellente entrée en matière pour nous faire plonger dans l’univers de l’artiste. Dans cet entretien, Djazia revient sur son parcours et cette expérience riche en émotion.


Bonjour Djazia, vous chantez depuis plus d’une décennie, un petit mot sur toi pour nos lecteurs.

Je suis née en Algérie, bercée et nourrie, très jeune, par plusieurs univers musicaux qui vont de la pop, au châabi algérien, de la variété française aux classiques de la chanson arabe. Des artistes comme le syrien Sabah Fakhri ou encore Renaud et Elvis Presley ont marqué mon enfance. Quand je suis arrivée en France à l’âge de dix ans, j’ai très vite eu l’envie de chanter. Ma passion pour la musique s’est convertie en besoin vital et essentiel comme un moyen de s’ancrer dans une continuité affective et de préservation d’une identité. Après mes débuts en tant que choriste dans la formation Gnawa Diffusion, j’ai vécu ma première expérience réellement personnelle au sein du groupe trip-hop électro MIG, en tant que compositrice et interprète, avant d’entamer ma carrière solo. (Rires- peut-on qualifier une carrière musicale de solo ?). C’était il y a dix ans au cours desquels j’ai sorti trois albums dont le dernier Aswat en 2018, un disque que je vis comme un retour aux sources avec un hommage que j’ai voulu rendre aux instruments emblématiques du chaabi algérien comme la mandole, le banjo, le tar et bendir (instruments à percussion).


Aswat semble un album très intimiste, tu confirmes ?

C’était aussi pour moi l’occasion d’aborder, en adoptant entièrement un chant en arabe, des thèmes plus graves tels que ceux de la dépossession, de l’exil et de l’errance, inspirés par le vécu des réfugiés, des migrants, de ces jeunes « harragas » du Maghreb qui rejoignent l’Europe en affrontant la mer au péril de leur vie. Je dédie également dans cet album, deux chansons aux Palestiniens qui vivent un exil sur leur propre terre, soumis à la violence extrême de l’État d’Israël.


Une bien triste histoire se cache dernière ta chanson inédite, « Zintkala », peux-tu nous en parler ?

Zintlaka est une chanson écrite en hommage aux peuples autochtones victime du génocide colonial, notamment sur le continent américain. J’y prends comme figure emblématique Zintkala Nuni (Lost Bird), rescapée à l’âge de 4 mois du massacre de Wounded Knee commis par le 7e régiment de cavalerie américain,  le 29 décembre 1890, dans lequel 400 Sioux Lakota, hommes, femmes et enfants, sont morts sous la mitraille. Seule survivante, retrouvée dans les bras de sa mère morte, elle est recueillie par un soldat américain comme un trophée. Déracinée, livrée à une société blanche qui la persécute et la marginalise, elle a mené une vie brève passée dans la souffrance et la maladie. Mais un siècle après avoir été séparée des siens, ses restes ont été inhumés à leurs côtés sur les lieux mêmes du massacre. C’est cette séparation et ce retour qui sont bouleversants. Au-delà de la mort, un espoir s’est réalisé.


Pourquoi avoir choisi un personnage, un lieu et un peuple éloignés géographiquement et culturellement de ta réalité ?

Le drame de la dépossession et de la violence coloniale est le même sous toutes les latitudes et dans toutes les périodes de l’Histoire. J’ai grandi avec le souvenir qu’on m’a transmis du colonialisme français en Algérie et de la lutte de libération. Ce genre de domination s’accompagne toujours d’une volonté d’anéantissement des peuples autochtones. Les Amérindiens l’ont subie d’une manière brutale qui n’a pas d’équivalent. Ils ont été les premières victimes de la volonté occidentale d’asservir le monde. Mais ils ont été les premiers à donner l’exemple de la résistance à la dévastation du monde, dont les effets catastrophiques rejaillissent aujourd’hui sur l’humanité toute entière. Traités comme des sauvages par la modernité occidentale, ils apparaissent aujourd’hui comme la civilisation authentique qui a été sacrifiée à la barbarie. Leur histoire tragique acquiert ainsi une portée universelle et Zintkala Nuni en est, par sa fragilité et son humanité même, l’une des héroïnes les plus emblématiques.


Peux-tu nous parler de cette expérience avec Pure Capture ?

La vidéo de la chanson « Zintkala » a été tournée à l’initiative de Tartine Production et Pure Capture en partenariat avec Radio Nova et Music In Africa*. Tartine et Pure Capture m'avaient proposé la forêt de Brocéliande comme cadre de tournage. La proposition me paraissait cohérente, intéressante, l’esprit dans lequel la chanson a été composée pouvait s’accommoder de ce lieu où le mythe rejoint l’histoire et le sublime. Cela a été l’occasion de présenter la chanson telle qu’elle venait d’être composée et n’avait pas encore été éditée et nous a permis de lui donner une première forme. J’ai beaucoup aimé le concept de live musique. Étant familière avec l’acoustique, l’idée de prendre quelque chose sur l’instant m’a séduite. La chanson sera prochainement enregistrée, elle aura sans doute une autre forme musicale.


Initialement publié sur https://www.musicinafrica.net/fr/user/154059/article-contributions

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02Aug

Le documentaire La rockeuse du désert dresse le portrait de Hasna el Becharia, l’emblématique doyenne des gnawa femmes en Algérie. A travers ce biopic musical, Sara Nacer, la cinéaste algéro-canadienne, nous livre un récit intime aux résonances venues du désert algérien.

Le documentaire La rockeuse du désert dresse le portrait de Hasna el Becharia, l’emblématique doyenne des gnawa femmes en Algérie. À travers ce biopic musical, Sara Nacer, la cinéaste algéro-canadienne, nous livre un récit intime aux résonances venues du désert algérien.

Primé au festival Vues d’Afrique, édition 2022, le documentaire est le fruit d’une décennie de travail immersif dans l’univers de Hasna el Becharia, première adepte femme gnawi (genre musicale nord-africain à caractère ésotérique et confrérique des communautés d’origines subsahariennes) à avoir fait évoluer le gerne extramuros et á avoir manipulé le gumbri, un instrument réservé qu’aux hommes initiés. Hasna, par cette transgression, repousse les diktats exercés sur elle en tant que femme de la communauté gnawi.

« Ce fut un véritable coup de cœur, elle a une aura incroyable et surtout, une incroyable présence sur scène, j'ai vraiment eu la chance de bien la connaître au fil du temps notamment en la produisant au Canada en 2013 et 2014. D'ailleurs, le tournage du film a commencé lors de cette tournée canadienne. » nous confie Sara Nacer

Le documentaire aborde des sujets comme le patriarcat, la résilience ou encore le féminisme. Ce dernier est l'un des thèmes centraux du documentaire qui met l’accent sur la difficulté d’être une artiste dans des sociétés rétrogrades et conservatrices. Il s’agit en ce sens d’un féminisme forgé au gré de l’expérience de l’artiste, exempt d’intellectualisation comme le souligne la réalisatrice et ajoute, en ce sens « Cela [nous] rappelle un peu le caractère et l'essence matriarcale de notre africanité. » En effet, Hasna ouvre le bal et montre la voie pour de nombreuses femmes. Si de nos jours, nombreuses sont les artistes femmes issues du milieu fermé du gnawa qui se produisent sur scène, ce n’était guère chose répandue il y a quelques décennies.

« Mon père m’interdisait de toucher son gumbri, il m’était totalement interdit de m’en approcher. J’en ai donc fabriqué un, toute seule, avec tous ses éléments. [ ] mon père était à l’étage. Il ne pouvait pas m’entendre. J’avais peur qu’il m’attrape et il me tue » révèle Hasna el Bacharia devant la caméra de Sara Nacer.

Maniant avec virtuosité aussi bien le gumbri que la guitare électrique, Hasna animait les fêtes de mariages dans son oasis natale. En 1999, elle est invitée à se produire au Cabaret Sauvage, dans le cadre du festival Femmes d’Algérie. Débute dès lors sa carrière professionnelle. La consécration tombe avec l’album Djazaïr Johara (l’Algérie cette Perle) sorti en 2002. Le public algérien découvre une diva au caractère bien trempé et au verbe acerbe. Le documentaire énonce plus de vingt ans d’archives de l’artiste, de son enfance à son installation en France. Après avoir pérégriné dans plusieurs festivals, Sara Nacer espère et aspire à montrer son documentaire au public algérien en présence de Hasna. Le documentaire ne sera pas disponible sur les plateformes de distribution avant au moins une année précise sa réalisatrice. 

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02Aug

Jeudi 11 aout dernier, la ministre de la Culture et des Arts, Soraya Mouloudji a annoncé l'installation de la Commission Nationale chargée de l'élaboration du projet de loi relatif au statut de l'artiste en Algérie, et ce dans le cadre de sa démarche de soutien et promotion des arts et rayonnement culturel.

Jeudi 11 aout dernier, la ministre de la Culture et des Arts, Soraya Mouloudji a annoncé l'installation de la Commission Nationale chargée de l'élaboration du projet de loi relatif au statut de l'artiste en Algérie, et ce dans le cadre de sa démarche de soutien et promotion des arts et rayonnement culturel.


Présidée par le directeur du Conseil National des Arts et des Lettres (CNAL) au ministère, M. Missoum Laroussi, la commission sera composée de sept membres issus de divers secteurs, institutions et départements ministériels dont M. Abdelkader Bendaamache, directeur de l'Agence algérienne du rayonnement culturel (AARC). Le plan d’action de la Commission Nationale s’articulera en deux phases axées sur une période de consultations et une seconde phase de présentation des conclusions des travaux en vue de la mise en place du projet relatif au statut de l’artiste. Cette démarche intervient dans un contexte marqué par plusieurs réformes, à savoir la mise en place de procédures relatives au financement et l’appui du secteur de la culture mais aussi la suppression du Fond National pour le Développement des Arts et des Lettres (FDAL) qui, rappelons-le, a financé, entre 2015 et 2019, dans la catégorie musique 52 133 projets. Ainsi, force de constater que l’Algérie entend doter les artistes d’un statut concis et éligible pour la mise en place d’un contexte favorable à la création, mais aussi l’épanouissement socioprofessionnel. Dans une déclaration, M. Laaroussi une estimation de 13.418 cartes d’artistes délivrées depuis la création du Conseil national des arts et des lettres (CNAL). Il est à préciser que la validité de la carte est de cinq années renouvelables et qu’elle concerne 180 métiers des arts.

"L'opération d'octroi de la carte d'artiste (électronique) est en cours", et que cette carte "offre de nombreux avantages comme l'assurance, la retraite, l'investissement culturel et la création des établissements artistiques en bénéficiant du soutien et de l'accompagnement de l'Agence nationale d'appui et de développement de l'entrepreneuriat (ANADE)» précise la déclaration de M. Laaroussi.  

Il est primordial de (re) penser les politiques culturelles en Afrique, en plaçant l’artiste au cœur de cet écosystème. « La culture comme levier de développement durable et de renforcement de la cohésion au sein des sociétés » figure parmi les thématiques abordées par La Convention de l’UNESCO de 2005. La corrélation de culture et développement durable est plus qu'une option, une nécessité. 

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02Aug

Basaou chords est la nouvelle collaboration multi artistes qui met à l'honneur Bassaoud Zoubir, un artiste de Timimoun, de la région oasienne excentrée de la capitale algérienne. Actif depuis plus de trente ans, Bassaoud est resté cet artiste local qui anime des soirées pour touristes. La collaboration pose, ainsi, les jalons d’une nouvelle perspective de carrière pour lui.

Basaou chords est la nouvelle collaboration multi artistes qui met à l'honneur Bassaoud Zoubir, un artiste de Timimoun, de la région oasienne excentrée de la capitale algérienne. Actif depuis plus de trente ans, Bassaoud est resté cet artiste local qui anime des soirées pour touristes. La collaboration pose, ainsi, les jalons d’une nouvelle perspective de carrière pour lui.

L’aventure a commencé quand une bande de copains, munis de matériel audiovisuel, programme une virée dans le désert algérien. De fil en aiguille, une feuille de route a été tracée. Après trois semaines de résidence, le projet Basaou est né réunissant plusieurs artistes professionnels : Nazim Bakour à la guitare électrique, Rafik Kettani (percussions) et Adnan Benaouicha à la basse. Ils accompagnent Bassaoud et ses deux choristes Lahacen & Houcine Kradou aka Les Frères Kradous.

« Bassaoud et ses musiciens ont, pour la première fois, fait connaissance avec le monde de l’enregistrement studio pour se rapprocher du cadre de la production professionnelle et ses différentes étapes. » explique le musicien Adnan Benaouicha.

Auto-produit, le projet, dont plusieurs live sessions ont été tournées à Timimoun (sud-ouest algérien), met à l’honneur la culture zénète, une culture berbère ancrée dans son africanité et révélée à l’universalité grâce aux travaux du chercheur Mouloud Mammeri sur la musique du Ahalil, une musique polyphonique traditionnelle classée patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco en 2005. L’Ahalil ainsi que l’ensemble des corpus d’Izlwen (chants) de la région demeurent peu médiatisés et leurs détenteurs invisibilisés.

« Aussi longtemps que je me souvienne, j'ai joué de la musique. J'avais 10 ans quand j'ai touché à mon premier instrument de musique. C'est à partir des années 90' que j'ai commencé à me produire face à un publique. Basaou chords est pour moi, une consécration. Je peux enfin envisager une carrière dans la musique. Cela reste difficile, je n'ai pas encore obtenu ma carte d'artiste mais je m'accroche. » confie Bassaoud. 

Il est difficile de vivre de son art lorsqu’on est musicien en Algérie, encore plus difficile de se professionnaliser quand on habite à 1200 km de la capitale. L’accès à l’information, au réseautage, l’obtention de la carte d’artiste et la production dans un environnement numérique constituent un véritable handicap. Dans des zones touristiques sahariennes, où la musique se pratique encore de manière traditionnelle lors des fêtes, célébrations et communions, seuls les spots et lodges dédiés aux touristes permettent aux musiciens de se produire contre un modeste cachet. Le premier album du collectif qui s’intitule Tazwert (Introduction) est en cours de préparation.

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02Aug

60 minutes, 7 danseurs et une chanteuse live, tel est le pari fou que s’est lancé la compagnie de danse Kif-Kif Bledi avec le spectacle Amazigh Vortex qui fusionne danses amazighes nord-africaines, danses clubbing et d’inspiration hip hop.

60 minutes, 7 danseurs et une chanteuse live, tel est le pari fou que s’est lancé la compagnie de danse Kif-Kif Bledi avec le spectacle Amazigh Vortex qui fusionne danses amazighes nord-africaines, danses clubbing et d’inspiration hip hop.


« 2972, est-ce la fin du monde ? La diaspora amazighe est éclatée aux quatre coins du globe. Pour tenter de sauver la planète, des résistants réunissent leurs forces et pouvoirs en se basant sur leur héritage amazigh ». Inspiré de la mythologie nord- africaine, le spectacle futuriste Amazigh Vortex oscille entre métachronisme, ellipse, parallélisme et réalités contemporaines. Il aborde des sujets contemporains comme l’immigration, la double culture de la diaspora africaine au sein de la société française ou encore les séquelles liées à la colonisation. Le Vortex symbolise les traumas tant sur le niveau individuel que collectif.

« Ayant baigné dans mon enfance dans l'univers des Comics, j'ai écrit ce spectacle en utilisant les mêmes codes que les grosses productions de films sur les super-héros car je considère que les personnages nord-africains sont quasi inexistants dans ce type de productions, ou cantonnés à des "méchants". » explique Raïssa Leï et ajoute en ce sens « La culture amazighe est pleine de personnages mythologiques comme Anzar, Dieu de la pluie, dont le personnage Kalizar est inspiré. Nos super-pouvoirs sont liés aux héritages directs : Maura puise son pouvoir des végétaux et de son abdomen, Remla du sable, Afellan de ses cheveux bouclés, Ifri de pouvoirs télépathiques mêlés aux réseaux informatiques, Raïssa de ses épaules en tant qu'héritière de tribu guerrière et Elysha maîtrise l'art du bâton du Tahtib. »

 Basée à Paris, la compagnie Kif-Kif Bledi est spécialisée dans les danses alternatives d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Créée en 2017 par la talentueuse marocaine Leïla aka Raïssa Leï, la fondatrice, chorégraphe et directrice artistique de la troupe qui œuvre depuis des années à décoloniser les danses traditionnelles qui ont trop longtemps souffert d’appropriation culturelle et d’orientalisme. La compagnie propose des prestations diverses, à l'international : représentations en théâtres, festivals, animations privées, stages, workshops à la carte d'initiation de plusieurs danses comme le Chaabi, Ahwah, Reggada (Maroc), Allaoui, danse Kabule (Algérie), Fezzani, El Nakh( Tunisie), Dabke libanais ou encore le Roman Havasi turc, ainsi que des conférences et talks pour la promotion des cultures arabo-amazigh et levantines. Pour le spectacle Amazigh Vortex, Raïssa Leï s’entoure d’une talentueuse équipe technique et artistique de la diaspora nord-africaine comme Cheb Runner (Maroc) aux platines puisant dans des sonorités traditionnelles telles que le ribab, le guembri, des rythmes de musiques raï et chaouies, du mezoued tunisien, avec des sons électro et house et Manel Layla (Algérie) qui pose sa voix suave pour un voyage cosmique et contrasté. Les créations visuelles sont signées Syncretical et Illustradil (Maroc), les costumes sont du créateur Zino (Algérie). Amazigh Vortex, en plus de son aspect ludique et divertissant, se veut résolument politique et social en mettant l’accent sur l’invisibilité des cultures africaines du champ artistique et audiovisuel français.


Initialement publié sur https://www.musicinafrica.net/fr

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02Aug

Mariem Hassan est sans conteste la plus emblématique des voies sahraouies qui porta haut les revendications du Sahara Occidental á l’universalité. Aujourd’hui, nous commémorons la 7e année de sa mort suite á une longue maladie qui l’emporta le 22 aout 2015. Music In Africa lui rend hommage en chansons.

Mariem Hassan est sans conteste la plus emblématique des voies sahraouies qui porta haut les revendications du Sahara Occidental à l’universalité. Aujourd’hui, nous commémorons la 7e année de sa mort suite à une longue maladie qui l’emporta le 22 aout 2015. Music In Africa lui rend hommage en chansons.

« El Chouhada » (Les Martyres)

Après plusieurs collaborations, l’album Deseos, que l’on peut traduire par désirs ou souhaits - (sorti en 2005 ), marque le début de la carrière solo de Mariem Hassan. En cette année charnière pour le peuple sahraouis. L’artiste réaffirme son engagement pour l’indépendance de son pays.« El Chouhada » (les Martyres) est un hommage à ses trois frères tombés au champ de bataille. 

« Latamchu ani » (Ne partez pas)

Publié chez Nubenegra Records, « Latamchu ani » apparait dans l’album Deseos et traduit son désir de vivre après que le diagnostic de son cancer du sein. Accompagnée de son fidèle ami Baba Salama à la guitare électrique, elle nous livre avec ce titre un bues brut éthéré, vaporeux et empreint de spleen comme savent si bien le faire les gens du désert.

« Kalat leili » (J’ai dit Ö Amour !)

En honneur à une longue tradition lyrique de la culture hassani qui s'est construite sur des rythmes africains associés à une métrique arabe classique évoquant des thèmes traditionnels comme les louanges panégyriques, la geste tribale ou encore l’amour courtois.  « Kalat leili » est composé sous forme de joute verbales entre deux amants. On y chante l’amour, le désir et l’absence du bien aimé.

« El Ambar » (l’Ambre) 

Extrait de Medej- Contes antiques Sahraouis (Nubenegra Records 2004), un album multi interprètes qui réunit cinq talentueuses voix du Sahara Occidental. Mariem y accompagne son compatriote Nayim Allal au tbal (instrument à percussion) et au chant dans le titre « El Ambar » qui se veut une ode à l’amour qui met à l'honneur l’ambre, cette résine odorante à laquelle on prête des propriétés aphrodisiaques, qui à l’instar du henné ou encore la cérémonie du thé, constitue l'un des éléments de l’art de vivre sahraoui.

« Shouka » (l’Épine)

Sorti en 2010, Shouka est le troisième album de Mariem Hassan. Alliant plusieurs rythmes saharouis, l’album a été salué par la critique. On y retrouve tous les ingrédients qui ont fait son succès : la puissance de sa voix et son réinterprétation personnelle des genres traditionnelles comme El hawl ou encore el Azawan. Le titre éponyme se veut une réponse à l’homme politique espagnol Felipe González, en reprenant des bribes du discours qu’il a donné en 1976 dans les camps de réfugiés sahraouis en Algérie. Retrouvez la musique de Mariem Hassan sur plusieurs plateformes d'écoute.


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