26May

La virginité, et plus précisément celle des femmes est un thème universel, qui aborde chez plusieurs sociétés la question de la chasteté et de l’honneur. Il devient par extension un fait coutumier. Ou encore,«[… ] un état physique, qui charrie avec lui une totalité sociologique et anthropologique encore plus complexe  […].

La virginité, et plus précisément celle des femmes est un thème universel, qui aborde chez plusieurs sociétés la question de la chasteté et de l’honneur. Il devient par extension un fait coutumier. Ou encore,«[… ] un état physique, qui charrie avec lui une totalité sociologique et anthropologique encore plus complexe  […].  

L’honorabilité qui commence avec la virginité, se superpose avec le désir de protection et de développement du patrimoine matériel de la famille. Elle est reconvertie en valeur économique » explique  l’anthropologue  Zine Eddine Zemmour. Il convient de préserver ce «  patrimoine » au moyen  d’une éducation stricte mais aussi de pratiques, d’us  et de coutumes, comme par exemple le rituel nord africain appelé, el R’bat.   

 

Une pratique secrète 

El r’bat  signifie nouer. Il s’agit à proprement parler, d’un  rituel qui vise à sceller l’hymen de la jeune fille, qui sera dès lors appelée el marbouta » (nouée,  ou «  el msakra » (scellé);  au  moment crucial de sa puberté. Cette pratique se réalise  dans l’intimité des foyers, par les parentes et les ainées de la jeune fille. A cet effet, des objets symboliques liés à l’imaginaire féminin, comme le métier à tisser, et le coffre de la mère ou encore un cadena, sont utilisés; seule demeure constante,   l’incantation qui vient  achever le rituel, « Wald en nas khaït wana haït » et que l’on peut  traduire comme suit  : le fils des autres est fil et je suis un mur; comme pour souligner l’impuissance de se dernier à déflorer la jeune pucelle. Une formule qui sera répétée sept fois durant le rituel.   

Ce cérémonial a été observé  dans plusieurs régions comme par exemple en Oranie, où  la fillette fait sept fois  le tour  du métier à tisser au moment de sa confection. Elle est piquée, et reçoit  un coup de balai à chaque tour; puis, elle enjambe la barre de l’objet. On finit le rituel avec  la formule magique qui est répétée sept fois. Dans certaines régions comme le Constantinois, une petite incision est pratiquée sur la cuisse de la marbouta, ou sur le clitoris comme il cas chez les Reguibet de Tindouf. Ce marquage physique appuie la clôture symbolique qui ne sera défaite qu’à l’occasion de la nuit de noce de la fille,  par le biais d’une  formule inverse « wald en nas haït wana khaït » (le fils des autres est mur et je suis un fil), cela vient comme pour vanter la virilité de l’homme, en opposition à la fragilité de son épouse. 

El R'bat exerce en ce sens une sorte de catalyseur psychologique, dont le pouvoir ne peut être contesté. Il agit à manière d’un placebo ou d’un tabou, dont l’emprise ne peut cesser de fonctionner que si  l’on nie son effet. Ce marquage symbolique tend à appuyer une éducation exempte de pratiques charnelles (en dehors du cadre du mariage). 

Cette pratique subsiste encore de nos jours, où  la chasteté de l’épouse est exhibée telle une dote, assurant ainsi l’honneur et les éloges à sa famille, et ce malgré les avancées en matières des droits des femmes pour être maitresses de leurs corps. Cependant, les organismes observateurs des droits de l’Homme et l’individu, dénoncent et émettent des rapports alarmants sur les crimes d’honneur comme en Albanie, où c’est très courant de tuer la sœur ou la fille non vierge. 

Leila Assas  

 

Bibliographie :  

  •  Barkahoum FERHATI, « Les clôtures symboliques des Algériennes : la virginité ou l’honneur social en question », Clio. Femmes, Genre, Histoire, 26 | 2007, 169-180.
  • P.-Ph. DRUET , Virginité, chasteté et états de vie * rue de Bruxelles, 61  Facultés     N.-D. de la Paix
  • Nadia Imloul, “Les mères algériennes et leurs filles”  Dossier Mariages mixtes, n° 1167, juillet 1993
  • Zine-Eddine Zemmour , Jeune fille, famille et virginité Approche anthropologique   de la tradition - CONFLUENCES Méditerranée – N° 41 PRINTEMPS 2002
  • Images: documentaire , le verrou de Leila Chaïbi et  Hélène Poté

 

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26May

A l’ombre de l’acacia, je m’assois et admire ce temple sans murs .Nous sommes à présent à Affillel et cela fait près de trois heures que nous sillonnons le parc de l’Ahaggar qui existe depuis 1987 et change de dénomination par décret exécutif, le 21 février 2011, en prenant l’appellation officielle de Parc Culturel de l’Ahaggar.

A l’ombre de l’acacia, je m’assois et admire ce temple sans murs .Nous sommes à présent à Affillel et cela fait près de trois heures que nous sillonnons le parc de l’Ahaggar qui existe depuis 1987 et change de dénomination par décret exécutif, le 21 février 2011, en prenant l’appellation officielle de Parc Culturel de l’Ahaggar.


Notre destination est perchée à plus de 2700 m au cœur du Sahara, à 80 kilomètres à vol d’oiseau de Tamanrasset. L’Assekrem est un incontournable, pour avoir été le lieu d’ermitage de la figure très controversée Charles de Foucauld, qui s’y installa en 1911. La végétation y est timide ; çà et là, au milieu de la roche, quelques plantes reliques subsistent, l’oseille y trône tel un vestige de la dense forêt d’autrefois et du climat méditerranéen, paradis du guépard, de la gazelle, de la girafe et du bubale.

L’immensité est notre terrain de jeu. Notre groupe est constitué d’une dizaine de personnes. Nous gambadons comme des enfants, courant et gesticulant à travers les sentiers, interrompant notre course folle par gais bavardages tantôt ponctués de solennels soliloques, tantôt suivis de longs ces moments de silences consentis. Sur notre chemin nous ne croisons ni nomades ni sédentaires. Néanmoins, les gravures rupestres attestent de façon indélébile, de la trace des premiers Hommes.

Les voitures garées, le sentier rétréci, nous poursuivons à présent l’ascension à pied. L’altitude, le manque d’air nous engourdissent, mais il faut garder le pas leste car le soleil se couche bientôt, il luit d’une chaude lumière ocre. Le couchant jette sur l’Assekrem une couleur feu, une couleur flamme ! Muets devant l’éphémère éternité, à contempler les dernières lueurs du jour fuyant vers l’autre hémisphère. Les idées défilent s’enchevêtrent, le vent souffle, l’air glacial s’installe et balaye les certitudes les plus grandes.

Et puis, et puis… plus rien. Une sérénité dérangeante, un ciel qui me tombe sur la tête, une lune  fière, opaline et laiteuse, chasse et occulte par sa beauté les autres astres, ternit par sa pleine présence. Seule l’étoile du berger, audacieuse et solitaire, demeure dans les cieux. Nous descendons vers le refuge, un lieu charmant et authentique où la modeste cheminé est l’espace le plus adulé et convoité du salon.

Le dîner fut abordé avec gourmandise et avidité, les mets tant attendus Arrivent ! Le zenbou brûlant et fumant : une soupe traditionnelle à base de blé complet, ail et huile d’olive, suivis d’un couscous touareg à la sauce rouge onctueuse sucrée-salée et viande rouge, et pour clore dignement ce bal des saveurs, les dattes juteuses et charnues nous sont offertes en dessert. Durant ce temps-là, sur des braises ardentes, notre thé infuse, son  arôme épicé titille les narines. Un breuvage dont la saveur va crescendo, la soirée se poursuit, charmante, délicieuse, d’autres groupes de touristes se sont greffés au notre, tous bercés par les notes envoûtantes du Blues targui.

Il est des lieux dont l’immensité accentue la petitesse des personnes que nous sommes. Nous voilà donc devenus insignifiants, confrontés à notre condition de simples êtres vivants.

 Leila Assas

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26May

Riche, éclectique et diversifié, le Festival International d’Abalessa – Tin hinan des Art de l’Ahaggar, pour sa quatrième édition se déroule sous le signe de la joie et la frénésie. Très attendu, le festival a désormais un public fidèle. Sensible, mélomane, enthousiaste et chaleureux, le public de Tamanrasset est exceptionnel, une aura singulière planait. Lyrisme et esthétisme étaient au rendez-vous.

Riche, éclectique et diversifié, le Festival International d’Abalessa – Tin hinan des Art de l’Ahaggar, pour sa quatrième édition ( 2013) se déroule sous le signe de la joie et la frénésie. Très attendu, le festival a désormais un public fidèle. Sensible, mélomane, enthousiaste et chaleureux, le public de Tamanrasset  est exceptionnel, une aura singulière planait. Lyrisme et esthétisme  étaient au rendez-vous.


Les trois scènes du festival,  à Abalessa, à In Salah et à Aguennar (10 km de Tamanrasset), ont connu un engouement étonnant et se déroulent dans une ambiance bon enfant. Avec ses diverses représentations, matérielles et immatérielles, son artisanat, sa richesse, ses  attributs, ses codes sociaux, son oralité, ses arts et son authenticité,le patrimoine culturel saharien est au cœur des  préoccupations des organisateurs, et  l’Imzad, instrument et symbole  du raffinement féminin touareg, est  l’un des fervents et éloquents exemples de la richesse du patrimoine du sud Algérien. Rendre à cet héritage  ses lettres de noblesses, mettre en exergue les connaissances ancestrales et valoriser  le savoir-faire de ses représentants et ses détenteurs, tels sont les jalons majeurs du FIATAA .

Le campement du festival est un espace agréable que je sillonne avec bonheur et délectation. De découvertes en découvertes, les différents espaces offrent un large panel de divertissements, de créations et de délassement. À la tente de Tindouf, je sirote un thé délicieux, à celle du RASD , je suis tentée de roupiller tellement l’espace est douillet, je fais une halte et dans la tente des orfèvres Kel Tamasheq.

Halte à l’exposition itinérante «  De terre et d’argile » du Centre Algérien du Patrimoine Culturel bâti en terre, une véritable invitation à l’évasion . Je  voyage  sur un tapis volant, à la recherche des saisons, je vogue vers des terres lointaines, guidée par la voix de la conteuse Hanifa Hamouche; je découvre les récits et légendes de Mola Mola, l’oiseau de bonne augure du Tassili, avec le conteur M.Mahi. A l’atelier de calligraphie, j’essaye  mais en vain d’arracher á Metmati, la représentation de mon prénom en langue tinfinagh, avant de céder gentillement ma place à une foule agitée et joyeuse.

L’atelier de Djahida Houadef propose des activités dessin qui ravissent une joyeuse bande de mômes dont les rires communicatifs se propagent dans l’air. Maquillage et sculpture de ballons à l’atelier de Sabine Pakora, où je  retrouve l’espace d’un instant, un brin de mon insouciance d’antan. Du mouvement et de  la danse à l’atelier d’initiation à la musique de l'Afrique de l'Ouest,  animé  par Gérard Diby ( Cote d'Ivoire),  Moussa Koita et Soulayme Dembele ( Burkina Faso) qui l’accompagnent  à la percussion. Les rythmes saccadés et exaltants  vont crescendo,je me déchaîne littéralement!

Le fil conducteur de ce festival est  la musique, cette  invention magique capable d’émoustiller les êtres, de fédérer subtilementles masses et de drainer la foule. De nombreux artistes tels que : Jakmi ( Algérie), Aferouag, Nora Gnawa ( Algerie), Etran Finatawa ( Niger), Ouled Haoussa ( Algerie), Toumast ( Niger), Tartit, ( Mali), Abdoulaye Cissé ( Mali), Super Rail band de Bamako ( Mali), Gaâda Diwan Bechar ( Algerie), Kheira arby, ( Mali ), Democratoz ( Algérie)  et la diva de Tamanrasset, Badi Lalla. Tous ont offert au public de Tamanrasset des moments intenses. Et clou du spectacle, une  jam session (improvisation) est  née à l’initiative de Ryad Aberkane, directeur artistique du festival et membre du comité, clôturant le show en beauté.

Assurer la pérennité et la sauvegarde du patrimoine culturel des arts de l’Ahaggar sous son aspect originel  sans altération, permettre à de jeunes artistes issus de la nouvelle scène de rencontrer des artistes internationaux, le FIATTA  relève un défi  de taille à l’image d’une Algérie complexe, riche de ses métissages et fière de son africanité.

 Leila Assas 

Crédit photo : Nadjib Rahmani© - FIAATA 2014


                            

                               
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26May

Savamment rattachés au cycle de la vie, les codes sociaux, conjugués aux divers acteurs de l’aspect du quotidien pointent l’index sur la place des femmes. Elles sont en effet intiment et indubitablement rattachées à l’organisation d’une société quelle qu’elle soit, car elles en sont le socle et l’emblème.

Savamment rattachés au cycle de la vie, les codes sociaux, conjugués aux divers acteurs de l’aspect du quotidien pointent l’index sur  la place des femmes. Elles sont en effet intiment et indubitablement rattachées à l’organisation d’une société quelle qu’elle soit, car elles en sont le socle et l’emblème.

Les ksours et oasis occidentales ont longtemps été le théâtre de plusieurs influences ethniques. Berbères, juifs et arabes se sont succédé et  y ont cohabité. De ce fait,  la lecture de certaines pratiques matriarcales de cette région, complexe et riche de ses brassages, ne peut se traduire qu’à la lumière des réalités historiques, analysées sous un aspect diachronique/synchronique.

Ainsi, le mariage en tant qu’union sacré et correspondant au mode d’organisation de la conjugalité le plus ancien et le plus répandu; et constitue un domaine de choix, dans notre modeste présentation des us et coutumes des femmes des oasis occidentales.


Le contrat  prénuptial :

Soucieuses du confort de leurs filles, lorsque celles-ci atteignent l’âge d’être mariées, les mères de familles commencent, alors de pointus pourparlers  et de grandes négociations, en vue d’une contraction avantageuse pour leurs filles. Lalla Aicha, doyenne de l’un des ksours de Charouine, une femme toute menue au charisme singulier, me raconte avec beaucoup d’humour et d’espièglerie la petite histoire d’une grande ruse. Elle me précise ainsi les contours du rôle de la femme, qui doit s’occuper de l’éducation de ses enfants, veiller sur les biens de son mari, et se charger de l’entretien  du djenane en se chargeant de la culture de la terre et de l’élevage du bétail. Plus qu’un devoir, il s’agit d’un mode de vie et d’un moyen de passer le temps.

Il y a fort longtemps de cela, fins stratèges, ses aïeuls femmes ont trouvé le moyen leur permettant de se dérober à certaines tâches qu’elles estimèrent ingrates. Elles auraient délibérément saccagé leurs djenanes prenant le grand risque de  se faire répudier. Accablés, les pauvres maris, tinrent conseil, et délibèrent. Ils interdisent alors à leurs femmes de cultiver la terre et depuis, cette interdiction perdure dans certains ksours (il convient de préciser que cette règle ne concerne pas l’’ensemble des ksours occidentaux, mais seulement quelques uns). Ainsi, prenant acte de la décision prise en conseil, si la future belle-famille n’adhère pas à cette condition considérée comme sine qua none, les fiançailles sont rompus ou les pourparlers interrompus. Mais dans le cas contraire (en plus de l’acceptation des autres conditions citées par les deux familles), les youyous résonnent, et la fatiha est lue afin de sceller ce contrat prénuptial tacite.

 Dans  l’imaginaire collectif de l’humanité, la malice et la ruse sont des traits de caractère prédominants et indissociables de la figure  féminine .En l’an 560 hégire, le théologien et philosophe, Ibn El Djouzi, consacre aux femmes un ouvrage intitulé :   « Hiyalou anissaê », Ruses des femmes. Bien que  considérées comme  cocasses et triviales, certaines pratiques sont sans doute l’expression d’un bouleversement et d’une évolution des mœurs, contribuant de façon « ingénieuse », à l’amélioration de son mode de vie.


Deuil et veuvage

Le deuil féminin est une pratique observée dans diverses sociétés, et demeure l’expression ultime d’un dévouement éternel de la femme envers son défunt époux. En Inde, la pratique funéraire de la satī chez la caste des kshatriyas  (vie siècle apr. J.-C.) se traduit par un suicide de certaines veuves, qui  se jettent dans le bûcher crématoire de leur époux, offrant ainsi leur enveloppe charnelle aux flammes, dans le but de voir leurs âmes unies à jamais. 

Pour les Musulmans, et en application de la réglementation  de la Charia (ensemble de normes doctrinales, sociales, culturelles, et relationnelles édictées par le coran),  la période du deuil de la veuve, appelé el Adha,  est fixée à quatre mois et dix jours, durant laquelle elle est soumise à de rigoureuses instructions en vue (principalement) de préserver le lignage.

A la fin de son veuvage, la femme des oasis occidentales et particulièrement celle du Gourara pratique un rituel  ancestral, visant à marquer sa réintégration dans la vie sociale de l’oasis.  Le manque de documentation à ce sujet, nous empêche de nous prononcer sur la datation du rituel et de dire s’il est antérieur ou postérieur à l’avènement de l’islam dans la région.


Rituel de réintégration social  " el Adha"

L’ensemble des habitants de l’oasis y participe . Les femmes âgées se chargent de la logistique de la zarda : elles perçoivent des contributions pour préparer le festin, principalement des denrées alimentaires telles que : le sucre, le thé, la semoule…etc.

Durant ce temps-là, la veuve, accompagnée uniquement de jeunes filles, se prépare à quitter l’oasis et cela après la prière de l’asr. Lavée, ornée et de blanc vêtue, puis escortée de ses dauphines, elle se rend au périphérique de l’oasis, qu’elle doit rejoindre  en évitant tout regard indiscret, car nul ne doit la voir en tenue de deuil!

Les fillettes se chargent de surveiller et de chasser toute présence masculine; gare à celui qui lèvera le regard, car l’escorte forte de ses armes : jrid et palmes, est prête à infliger les châtiments corporels que méritent les curieux, car si la règle de discrétion n’est pas respectée, cela risquerait de porter malheur et préjudices aux jeunes dauphines.

Une fois le périmètre sécurisé, le rituel peut commencer.Deux jeunes garçons sont désignés parmi les proches parents de la femme, pour faire el hamala (les porteurs). On leurs confie le soin d’acheminer les vêtements du deuil, constitués d’une sobre toilette et d’un d’un morceau du linceul du défunt, et qui fut porté en guise de foulard par sa veuve durant les quatre mois et dix jours de son veuvage.

De ses habits, on fera un énorme feu, autour duquel danseront des jeunes filles, présageant ainsi une période de renaissance pour la veuve. De nombreuses interprétations gravitent autour de cette pratique : du simple jeu au rituel magique, en passant par la symbolique d’une nouvelle vie qui commence. On peut dire que le rituel marque sans aucun doute la réintégration mais surtout la disponibilité de l’épouse.

Certains racontent que les jeunes filles, les plus audacieuses et désireuses de se marier dans les semaines à venir doivent traverser le feu crépitant en  direction de la destination (homme) souhaitée. Sur leur chemin, elles peuvent croiser celles, qui plus rusées  tenteront de saboter leurs plans en leur indiquant une direction opposée,  et les nargueront en se félicitant de leur malice.

De retour à l’oasis, la cérémonie se clôture autour d’une table garnie de succulents mets attend le cortège.Encore  en cours de nos jours dans quelques oasis occidentales,  les pratiques des femmes des oasis occidentales, témoignent de L’étroite relation qu’entretient la femme avec ses croyances, ses sensibilités,  son espace et son vécu. Les us et les ruses deviennent subséquemment l’expression d’une dialectique qui se transmet exclusivement par mimétisme et voie orale.

Leila Assas

Nota Bene : J'ai été personnellement témoin du rituel de réintégration social entre 2012 et 2019 dans la région de Charouine ( Timimoun)


Bibliographie : 

  •  Urvoy, Marie-thérèse. « La morale conjugale dans l'islam », Revue d'éthique et de théologie morale, vol. 240, no. 3, 2006, pp. 9-34.
  • Weinberger-Thomas Catherine. Cendres d'immortalité. La crémation des veuves en Inde / Ashes of Immortality. The Cremation of Widows in India. In: Archives de sciences sociales des religions, n°67/1, 1989. The twists and turns of religion in India. pp. 9-51.   
  • Image : Françoise Saur ©, Femme du Gourara,  La Filature.        



 

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26May

L’art culinaire, à l’inverse de la cuisine dite rudimentaire, témoigne de la complexité et du raffinement des choix des mets, de leurs composition, et de la spécificité du choix des ustensiles. L’art culinaire est l’un des constituants des plus importants dans les habitudes de vie d’une société, et se manifeste à travers différente composantes. Le déchiffrage de la table et de la cuisine traduit avec éloquence les particularités du terroir. « L’art culinaire confère et entretient une forte identité. »

L’art culinaire, à l’inverse de la cuisine dite rudimentaire, témoigne de la complexité et du raffinement des choix des mets, de leurs composition, et de la spécificité du choix des ustensiles.

L’art culinaire est l’un des constituants des plus importants dans les habitudes de vie d’une société, et se manifeste à travers  différente composantes. Le déchiffrage de la table et de la cuisine traduit avec éloquence les particularités  du terroir. « L’art culinaire confère et entretient une forte identité. »

La terre, l’eau et l’homme 

L’étude des habitudes culinaires et nutritionnelles de la région du Tidikelt, est centrée sur la triade de la terre, de l’eau et de l’Homme. La région semi désertique, est constituée d’un chapelet d’oasis dont Reggane, Aoulef, In saleh et Sali. La région du Tidikelt qui s’étend sur une superficie d’environ 100 000 km², se situe donc au cœur du Sahara, et se trouve délimitée à l’ouest par le Touat; à l’est par le Tassili n’Ajjer; au nord  le par le Tademaït, et au sud par les plaines aux pieds des monts du Mouydir et de l’Ahnet.

Terre aride et peu clémente, c’est l’une des régions les plus chaudes d’Algérie, enregistrant des écarts thermiques très prononcés. Par ailleurs, Tidikelt est scindée en deux mouvances : l’une nomade, pastorale; et l’autre sédentaire, basée sur l’agriculture et dont l’atout majeur, relève de l’existence d’une nappe phréatique et artésienne abondante, qui alimente les ksours et les oasis en eau.

La culture la plus répandue reste celle des dattes, qui servirent également de monnaie d’échange. Elles furent en effet, troquées principalement contre le blé (une denrée convoitée), céréale dont la culture remonte au VIII e millénaire av.J-c. en Mésopotamie, dans la région du Croissant fertile.

Un rapport officiel, des autorités françaises de 1906, énonce les informations suivantes :

(valeur de troc, en dattes)

1 charge de blé contre  4 de dattes

1 charge de fèves contre 4 de dattes

1 charge d’orge contre 3 de dattes


Carrefour des délices

Terre de passage des caravanes et du commerce transsaharien, la région du Tidikelt jouit d’une vaste richesse ethnique, qui se détermine par la présence des communautés Touaregs, Zénètes et Chaamba :  une tribu arabe à tendance nomade réputée pour l’élevage des dromadaires.

Ces influences et échanges se traduisent par l’existence d’un large panel de produits, tels que le thé du Niger et du Tchad, le fromage de  les épices de l’Oranie permettant d’agrémenter leur cuisine.

Les mets du Tidikelt sont donc à la fois simples et bourratifs,  mais se veulent également élaborés et sophistiqués selon les circonstances et occasions, pouvant refléter ainsi, l’appartenance à un rang social.

Par ailleurs, on ne peut séjourner à Tidikelt  sans goûter au plat typique de la région :  Khobz el guella. Il s’agit d’une galette épaisse à base de semoule préparée dans une jarre en terre-cuite, jonchée sur des braises ardentes, appelée « el guella ». Je fus stupéfaite par la dextérité et l’agilité des femmes qui retirent la galette du feu au fond de la jarre ardente .Une fois refroidie et émiettée ,on y ajoute une sauce onctueuse à base de fèves, piments, tomates fraîches et séchées, de dattes et de viande de chamelon marinée. Ce met délicieux est servi dans un grand plat commun et non en parts individuelles, et on le mange avec les mains lors des fêtes ,des assemblés, et des repas en famille.

Il  existe une autre variante de cette recette, appelée « khobz el mella ». La galette est cuite sous le sable, à l’étouffée, et on y retrouve les mêmes ingrédients. Ce plat est très appréciée chez les nomades et les caravaniers.

De la cuisine rudimentaire à un véritable art culinaire, l’étude de l’art de la cuisine Tidikelt dévoile ce lien subtil qu’entretient l’homme avec son environnement. Une cuisine à la fois sophistiquée et fonctionnelle, qui se pratique de différentes manières tout en s’ajustant aux besoins du milieu; dans un espace où les éléments se combinent de  sorte à développer un art de la table aussi savoureux que singulier.

 Leila Assas 


Bibliographie :

  • N. Marouf, Lecture de l’espace Oasien,Paris, Sindbad, 1980
  • Camps G. Les civilisations préhistoriques de l’Afrique du nord et du Sahara, Doin, Paris, 1974.
  • Image G. Camps.
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26May

Terzou, signifie littéralement « Elle a vu » en berbère taznatit. Le mot fait également référence à l’œil, et tire son origine du vocable« izri » qui signifie la vue, ou encore en botanique chez les berbères marocains, la fleur d’iris. Tezrou représente enfin, et de façon plus imagée, l’une des manifestations populaires les plus irréelles de l’Oasis de Rouge.

Terzou, signifie littéralement « Elle a vu » en  berbère  taznatit. Le mot  fait également référence à l’œil, et tire son origine du vocable« izri » qui signifie la vue, ou encore en botanique chez les berbères marocains, la fleur d’iris. Tezrou représente enfin, et de façon plus imagée, l’une des manifestations populaires les plus irréelles de l’Oasis de Rouge.


Origines et controverses : 

Tezrou, représentait jadis la manifestation de la célébration d’une légende locale. L’on raconte  qu’une jeune  mariée, belle comme le jour, et aux charmes indescriptibles, aurait été témoin de quelque chose de terrible (tezrou : elle a vu), et fut dès lors, possédée par un esprit malin. Elle ne sorti plus que le soir à l’heure du couchant et errait dans les ruelles de Timimoun, en poussant des cris stridents d’effrois et de détresse. Solidaires et attristés par son malheur, ses congénères tentent de la délivrer en pratiquant des rituels animistes. Il n’existe aucune précision ou notification sur l’authenticité du fait historique ou sur l’identité de la jeune femme en question.

Légende, Affabulation mystique, ou fait avéré, l’histoire de la jeune mariée en détresse, donne lieu à une commémoration haute en couleur, durant laquelle deux groupes de Timimoun arrivent des deux extrémités de la ville; le premier du mausolée de Sidi Othman (un des saints patrons de la ville du VI siècle de l’hégire), et le second du mausolée de son fils Sidi Ahmed Ou Othman ( Fils de Othaman).Les deux groupes forment une rencontre convergente vers un point central, et célèbrent des rites et des scènes de représentations qui évoquent la tragédie de la mariée .

Sanctifié jusqu’à la première moitié des années soixante, Tezrou est évoqué par  les doyens de l’oasis  comme étant un carnaval gai ponctué de musique, de danse et de gesticulations démesurées. La population locale dotée d’instruments de percussions mais également de boites de conserves, de cuillères... contribue au vacarme, danse et chante. Tezrou se manifeste  à divers  niveaux et  touche  différentes  couches de la société et cela à différentes échelles principalement  sociale  et économique.

Cette manifestation bien qu’elle ne soit pas à caractère religieux, et se situe même  à son antipode de par ses représentations animistes, coïncidait et s’enchevêtrait  avec Achoura,  une fête religieuse  d’origine hébraïque, pratiquée par les ascètes juifs et fêtée également par les musulmans, sunnites et chiites le dix muharram  du calendrier lunaire. A l’instar des sunnites, les habitants de la région du Gourara jeûnent le huitième et neuvième de ce mois, la rupture du jeûne est marqué par el selka  c’est-à-dire : la récitation des soixante hizbs du Coran suivie de chants et louanges au prophète Mohamed dont el burda est l’un des plus célèbre et au dixième jour, on pratique Tezrou.


Le carnaval Tezrou, de la légende à la réalité

Tezrou, une manifestation qui contribue à l’éducation sociale et à l’essor économique.L’adage local dit : « l’homme seul ne peut enrichir ses pairs, or, les pairs peuvent enrichir un seul homme »; le carnaval de Tezrou provoquait un engouement certain, en témoigne la forte demande  pour les instruments de musique et de percussion, ce qui constitue une véritable aubaine  pour les artisans et fabricants d’instruments. Les stars du festival sont sans conteste, l’Aguelal, un tambourin en peau de bête et à son grave, et son homologue le tabgual : tambourin à son aiguë. Les artisans se trouvent ainsi parés et leurs revenus assurés pour l’année, en attendant le carnaval prochain.

Les rixes et querelles vécues pendant l’année précédent l’événement, sont exposées et mises en scène durant le festival. J’avais précisé dans la première partie, que le nom du carnaval, Tezrou, dont le mot signifiait « elle a vu » était lié à une histoire légendaire symbolisant le « témoin qui s’est tu »; les mises en scènes du festival font donc vivre  le message véhiculé par la légende, et donnent prétexte à une agitation organisée, servant à extérioriser les non-dits.

Ainsi, au cours du festival, un cortège à la tête duquel se placent les hommes âgés, est mis en place pour veiller, drainer et contenir la foule, viennent ensuite les jeunes garçons, et en derniers  les femmes et les enfants. Pamphlétaires et satiriques, les slogans acclamés par la foule, font presque office de plaidoirie. « Les acteurs » sont aux grès des représentations,  alternativement victime et bourreau… Puis, à la fin de la journée les esprits s’apaisent et la vie suit son cours, lente et nonchalante.


La fin d’un mythe

La juxtaposition du sacré et du profane, est une pratique courante dans l’espace oasien, elle témoigne d’un islam de tolérance et de l’élan soufi  qui ne nie pas les composantes éparses de la mémoire collective. Cependant, il est vrai que les pratiques animistes, sont assimilées à des habitudes païennes, et de ce fait, se heurtent à la critique acerbe des agents religieux les plus orthodoxes.

M. Akacem Bachir ancien instituteur, ex directeur de l'OANT-Timimoun ( Office Algerien National du Tourisme), actuellement guide au Gourara ; était âgé 14 ans en 1962, et se souvient avec nostalgie de ce carnaval magique, dont le maintien dans une Algérie post-coloniale était devenu difficile, et sujet à controverses.

Ça serait probablement M. Temam Djelloul , mouhafed du FLN de Timimoun dans les années soixante, qui mit fin officiellement à ce qui fut le carnaval  le plus trivial deTimimoun.

 Leila Assas 


Mes remerciements vont à  M.Bachir Akacem pour son témoignage  et la pertinence de son analyse.

 Image : Philippe Freund© 2017


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26May

Les Touaregs sont nommés « Kel Tamasheq » (le peuple qui parle le tamasheq). C’est un peuple aux frontières flous, gardien de la culture lybico-berbère. Ils font face depuis des décennies à la sécheresse, au changement politique et social, mais aussi à l'exode et vivent dans 5 états différents, à savoir : les états du Sahel : le Mali , le Niger , la Lybie, Burkina Faso et dans le sud de l’Algérie.

Les Touaregs sont nommés « Kel Tamasheq » (le peuple qui parle le tamasheq). C’est un peuple aux frontières flous,  gardien de la culture lybico-berbère. Ils  font  face depuis des décennies à la sécheresse, au changement  politique et social, mais aussi à l'exode et vivent dans 5 états différents, à savoir : les états du Sahel : le Mali , le Niger , la Lybie, Burkina Faso et  dans le sud de l’Algérie.


Contexte historique 

Né dans  années 70, dans un contexte trouble, situé dans une région  enclavée et au quotidien réputé rude, les jeunes musiciens touaregs « Enfants de la Rébellion  » du Mali et au Niger  créent le mouvement « Ishumar », dont le mot est emprunté au français (chômeur). Ce vocable argotique, devenu avec le temps une sorte de sobriquet,  désigne le jeune touareg de culture nomade, contraint à la sédentarisation et à l’exil.

A l’origine de ce genre musical, le groupe emblématique  touareg, au nom redondant et à la renommée internationale «Tinariwen ». C’est dans un camp d’entrainement militaire en Libye que ce groupe est créé, et se compose des membres suivants : Ibrahim Ag Alhabib, Alhousseini Ag   Abdoulahi,Alhassane Ah Touhami, Said Ag Ayad, Eyadou Ag Leche, Abdalah Ag Lamida, Wounou  wallet Sidati, Kesa wallet  Hamid.

La musique « Essuf » dont le nom  désigne la solitude, narre le quotidien des Enfants de l’exil, traduite par une fusion de chants traditionnels et du rock blues, donnant ainsi naissance au Blues targui.


Un genre musical à part entière

L’Ishumar s’inspire de l’Essuf, en reprenant ses rythmes, mais devient très vite un genre musical à part entière, en intégrant des mélodies nouvelles, accompagnées de textes ancrés dans l’actualité politique et des événements de la répression malienne et nigérienne.

De la poésie des anciens mêlée au sonorités nouvelles, des textes éloquents exprimant le désarroi  mais aussi la détermination , cette musique de résistance a joué un rôle primordial, lors des rébellions aux Niger et  Mali des années  80, 90; car suite aux Accords de paix, les revendications  des touaregs  et leur fougue à défendre leurs identités restent vives. Des cassettes circulent clandestinement  par les membres de Tinariwen,  qui eux même ont combattu lors des rebellions.

La musique Ishumar se « démocratise », et les Tinariwen ne sont plus les seuls protagonistes du mouvement musical, car plusieurs groupes les ont rejoint .

« Le Chant  des fauves » est une collection du label Reaktion , un label dédié à la musique du Sahara et qui regroupe  Tinariwen, Terakaft , Toumast, Hasso Hakotey, Mohamed Ag Itlal, Hamid Ikawel, Koudede, Tamikrest, Bambino,  mais également  Etran Finatawa .

J’ai eu la chance de rencontrer ce dernier groupe (Etran Finatawa) lors du festival international des arts de l’Ahagar de Tin Hinan à Tamanrasset.  C’est un groupe éclectique, qui mêle sonorités touareg et peuls , repoussant ainsi les préjugés sur     « l’hermétisme » de la culture touareg; le groupe est  constitué de musiciens du kel tamasheq et peuls woodabées.

De la musique comme composante d’une identité, comme instigatrice  d’idéaux, de la musique qui fustige,  née d’un  quotidien et qui tente de le modifier, c’est ainsi que se définit le mouvement musical d’Ishumar.

 Leila Assas

 

Bibliographie :

  • Musique, poésie et politique chez les Touaregs ,  de Nadia Belalimat  , paru à  la revue  d’anthropologie Terrain .
  • La guitare des ishumar. Émergence, circulations et évolutions , Nadia Belalimat   ,paru à a revue  Volume (revue dédiée à la musique populaire)
  • Illustration :  © 2008 Reaktion under exclusive license by Tapsit
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26May

L’environnement de la Pentapole de la vallée du M’zab détermine d’une part l’approche architecturale et les moyens investis en ce sens et délimite, d’autre part, la fonction qu’on peut leurs attribuer.

L’environnement de la Pentapole de la vallée du M’zab  détermine d’une part  l’approche architecturale et les moyens investis en ce sens et  délimite, d’autre part, la fonction qu’on peut leurs attribuer.

Nous constatons une éloquente  corrélation  entre le bâtit  ainsi que les traits de la société. La relation qu’entretient  la  société mozabite avec  son habitat se traduit sur différents aspects. Ainsi, nous ne pouvons approcher le fait architectural  sans aborder  l’histoire des mozabites.


Les bâtisseurs de la Pentapole, contexte historique  

L’histoire de cette région est rattachée depuis plus de mille ans au culte de l’Ibadisme, une école de pensée et un courant théologique des plus antiques de l’Islam, fondée durant les premières décennies qui ont suivis la mort du prophète Mohamed par Abdullah ibn-Ibad at-Tamimi. De nos jours  les ibadites constituent une minorité clairsemée, c’est-a-dire la moins dense dans l’Islam. Les  musulmans ibadites sont environ (1 %) et  se trouvent   dans la vallée du M’zab en Algérie, mais également dans le Sultanat d’Oman, dans l’île tunisienne de Djerba et dans le djebel Nefousa en Libye.

Les ibadites créent le premier état musulman au Maghreb : l’état  Rustumide. Ils furent ensuite combattus et chassés par les Fatimides au Xe siècle, les obligeant à l’exode, au repli, et à se réfugier à Ouargla temporairement. Ils se dirigèrent alors vers  la vallée du M’zab, où ils se mêlent à la population locale essentiellement berbérophone et bâtissent  la pentapole du M’zab qui se compose de cinq cités : Ghardaïa (devenu le chef-lieu de la wilaya), El atteuf, Beni Isguen, Mélika, Bounoura.

L’établissement des ibadites dans Le Mzab n’est  pas fortuit, situé  au nord-est saharien,  à 600 KM de la capitale, plateau rocheux, dont l’usure, suite à la force éolienne et fluviale, forme des reliefs assez intéressants, en adéquation avec les exigences militaires  des ibadites lors de leur implantation dans la région.

L’espace  hermétique  de la population ibadite a préservé la zone, et l’ibadisme continue de conformer la vie sociale de la région et cela à différents  niveaux : des échanges économiques aux célébrations des cultes. Le Majlis, le conseil fédéral régit les cités de la Vallée.

Nous verrons dans une seconde partie, comment le foyer mozabite, mitoyen de la mosquée  dont le minaret servait de point de sentinelle  autrefois, s’intègre dans la cité homogène. L’atavisme historique régit encore aujourd‘hui  diverses manifestations  socio-culturelles des mozabites. Dans une société où   l’on se réfère au consensus : « l’Ittifaqat » la structure sociale reste indissociable de l’approche architecturale.

L’architecture mozabite semble éradiquer tout symbole ou structure ostentatoire dans la construction de son habitat. La sobriété et la pureté des lignes sont les mots  d’ordre de cette élévation harmonieuse et rigoureuse, dont résulte une cohésion esthétique et surtout urbanistique certaine.

L’édifice public, les lieux de cultes et les  foyers sont semblables : minimalistes, empreints d’humilité et de parcimonie, reflétant parfaitement la pensée de la société mozabite.


L’habitat mozabite, entre structure sociale et approche architecturale

Au M’zab , les formes concilient toutes les forces, qu’elles soient d’ordre sociales et/ou techniques. L’équilibre de la société  elle-même s’y exprime, de sorte à ce que l’unité, l’égalité et les concepts de la foi inhérents à la bonne marche de la société, y soient représentés. Ainsi, toutes les maisons ont la même hauteur;  et il en est de même pour  la mosquée car « la forme dite structurale » exprime aussi la vérité dans les moyens.

Les citées de la Vallée sont caractérisées par un mur d’enclos, et constituent par conséquent des unités autotéliques construites par une main-d’oeuvre, autrefois communautaire. Les maisons sont spacieuses et se divisent en deux niveaux, elles communiquent entre elles, par un escalier étroit. Tout est donc minutieusement étudié pour que l’habitat soit à la fois un lieu intimiste et une structure qui évolue dans un ensemble cohérent : L’orientation  des terrasses, Iqomar (les galeries), Les passages protégés, le besoin de lumière etc.

Ainsi, l’habitat Mozabite est  « un bâti qui préserve l’organisation des rapports sociaux » : rapports   entre les sexes, rapport entre le monde profane et le culte religieux, par l’emplacement et la hauteur de la mosquées semblable à celle des maisons.


Une construction sobre et harmonieuse

L’architecture  mozabite est organique, les matériaux utilisés sont  la brique naturelle à base d’argile, la chaux (ce qui donne l’aspect blanc immaculé), la pierre, le plâtre   ainsi que le tronc et la nervure de palmier.

La modestie  au sein de «  l’ achira »et «La djemaa » implique une simplicité selon des règles préétablies et égalitaires. De fait, la précarité et la  misère sont deux fléaux éradiqués au sein de la société mozabite, les agents religieux régissent les divers aspects de la vie quotidienne, ainsi toute les maisons ont la même configuration : Tizfrit (la  salle de prière), Sqifa (le vestibule), emess enej (le patio) .Le génie du M’zab se traduit aussi dans les forages des puits  et la construction des seguias.

L’objet remplit à la fois un  rôle fonctionnel et esthétique, cette dernière caractéristique est dite « accidentelle », car elle n’est pas recherchée. Il en résulte ainsi, une régularité des formes, qui demeure quasi-propre à la région.En outre, les les signes et les objets magiques ont été selon les croyances locales, souvent assimilés au fait ornemental.

Pérenniser un model architectural vieux de neuf siècles, témoigne de la volonté  d’une population soucieuse de garder intacte son Histoire qui se manifeste par une doxa (ensemble d’opinions) fondée sur un ordre moral, religieux et des structures sociales codifiées. Classée patrimoine mondial, La vallée du M’zab, est l’expression vivante d’une architecture ancrée dans la société et l’environnement .

Leila  Assas


Bibliographie :

  • A. Ravéreau, Le M’Zab, une leçon d’architecture,  2003
  •  M. Roche, Le M’Zab, cité millénaire du Sahara,  2003
  • F.oussedik , Mouvements de population et mutations sociales: réflexions sur la gestion des entrées et des sorties dans les Cités du M’zab.
  • A. Coyne, Le Mzab , 1879
  • Illustration : photographie, Y-A Bertrand, ville de Ghardaïa dans la vallée du M’Zab, Algérie
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26May

« Ouargla, antique de plusieurs siecles, il semblerait même que l’oasis ait été visitée par l’homme préhistorique entre 250 000 et 200 000 av J.C . De fait, les traditions orales et des pratiques quotidienne seraient des marques d’influence dues à la présences de plusieurs civilisations : garamante, romaine, phénicienne, carthaginoise, hafsid et kharidjite.»* Ce n’est qu’à la lumière de ces faits historiques que nous pouvons cerner l’esprit et la démarche de l’association El-Adjyal Zingdah – Al Takafia, soucieuse de préserver le passé glorieux de l’oasis, ponctue Slimane Boughaba.

« Ouargla, antique de plusieurs siecles, il semblerait même que l’oasis ait été visitée par l’homme préhistorique entre 250 000 et 200 000 av J.C . De fait, les traditions orales et des pratiques quotidienne seraient des marques d’influence dues à la présences de plusieurs civilisations : garamante, romaine, phénicienne, carthaginoise, hafsid et kharidjite.»*

Ce n’est qu’à  la lumière de ces faits historiques que nous pouvons cerner l’esprit et la démarche de l’association El-Adjyal Zingdah – Al Takafia, soucieuse de préserver le passé  glorieux de l’oasis, ponctue Slimane Boughaba. Au commencement il y avait la musique,  une formation musicale née dans les années quatre-vingts.

Farouches défenseurs du patrimoine local, les membres du groupe créent l’association « El Adjyal » en vue de former des musiciens parmi les plus talentueux de l’oasis. La formation musicale prend part dans divers manifestations citons «Alger, capitale de la culture arabe en 2007» ou encore «Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011».


Le nom du groupe « Zingdah » est assez original et surtout plaisant, quelle est la signification et la symbolique de ce nom ?

Zingdah en  tegaregrent, un dialecte berbère chlouh, propre  à la région, signifie l’arc  en ciel. C’est une allusion aux couleurs du « tabachit », la ceinture qui orne l’habit traditionnel portée par les femmes de la région. « Nous puisons nos inspirations dans le répertoire musical de la région, nombreuses chansons ont été reprises, tels que El Hamlouliw , Lala Mansoura, Maryama et la berceuse Baba Ouahid. C’est ainsi que nous perpétuons la tradition du  patrimoine banga (diwane).

Quelle est la philosophie de Zingdah ? 

Zingdah a pour but d’inculquer aux plus jeunes l’amour de la musique. Par ailleurs, nous tentons de les inciter à interpréter leur chansons en  tergaregrant,  notre langue maternelle, et à développer l’expression musicale en assurant  la relève et la bonne continuité de la transmission du patrimoine immatériel, tout en  diffusant les nuances de rythmes et de mélodies à un large public. Nous nous efforçons également de découvrir de nouveaux talents, tout en essayant d’éveiller l’intérêt du public local .

À propos du festival Rencontre musicale de Ourgla que vous avez initié en 2013, quels sont les projets à court, à et à long termes prévus ? Pensez-vous que les grandes lignes ont été respectées ?

Né en avril 2013 à Ouargla, à l’initiative de l’association Adjial zingdah al takafia , le festival a pour projet de regrouper des artistes de différentes régions, pour participer à la création d’un mouvement musical dans le sud, et de révéler le passé de  l’oasis de Ouargla ,riche par son patrimoine et son histoire.

La collaboration d’organismes de l’état durant  la 2eme édition a donné de l’ampleur à cette action; elle s’est traduite par l’octroi d’une aide financière et matérielle, ainsi que le déploiement de beaucoup d’efforts pour la réussite de l’événement. Nous avons également bénéficié du sponsoring tel que celui de la compagnie aérienne public Air Algérie, ainsi que celui d’autres marques locales.

Le succès de l’action, véhiculé par des échos médiatiques positifs ont  attiré l’attention des nombreuses boites de communication, et de la presse, radios nationales  et internationales. Le festival a un potentiel certain, et peut devenir rapidement une référence  et se hisser au rand de grand festival international dans le désert.

Les grandes lignes du projet sont en voie d’achèvement, la plus grande étant de rendre confiance aux jeunes en leurs talents et de continuer de « chiner » les petits génies en herbe à travers les programmes d’animations musicales professionnelles, pour ensuite les suivre et les entourer, dans le cadre d’ateliers et master class.

Le groupe amateur GHABA STORY découvert en 2013, assisté durant  une année par Zingdah, s’est produit pour l’édition 2014 avec des artistes professionnels.

 L’Atelier Musicale des Oasis a  formé  quatre jeunes musiciens un batteur, un accompagnateur ainsi que deux jeunes filles  une  bassiste et une guitariste. En ce sens, cette édition s’inscrit dans un processus de transmission de  savoirs et de savoir-faire que nous entreprenons de pérenniser ».

Leila Assas


Propos recueillis  en 2014, lors de la deuxième édition de La Renontctre musicale de Ourgla

*citation Slimane Boughaba.

Illustration : Photographie du groupe Zingdah, par Oussama Bourdine

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26May

En Algérie, le diwan est une confrérie populaire; dont les pratiques se trouvent rattachées à la mémoire collective liée à la dramatique traite des esclaves; et dont l’histoire est relatée à travers (principalement) les récits des Haoussa, et Bambra dans leurs périples à travers le Sahel du XVI au XIX siècle .la huitième édition du festival culturel national de la musique Diwane, qui s’est déroulée du 23 au 29 du mois précédent ( mai 2014 ) a mis l’accent sur la dimension socioculturelle du diwan.

En Algérie, le diwan est une confrérie populaire; dont les pratiques se trouvent rattachées à la mémoire collective liée à la dramatique traite des esclaves; et dont l’histoire est relatée à travers (principalement) les récits des  Haoussa, et Bambra dans leurs périples à travers le Sahel du  XVI au XIX siècle .la huitième édition du festival culturel national de la musique Diwane, qui s’est déroulée du 23 au 29 du mois précédent ( mai 2014 ) a mis l’accent sur  la dimension socioculturelle du diwan.

L’aspect  ésotérique du diwan,  dont les rencontres sont marquées par une transmission essentiellement orale; est hautement codifié. D’ailleurs, la définition du mot diwan reste encore un peu floue, et la plus répandue le désigne comme étant un  "lieu d’écoute de la musique, de la poésie et d’échanges littéraires"  , au même titre que dans les salons de tradition perses, ou encore musulmans .

Un festival musical, au service de la sauvegarde d’un patrimoine:

Le festival de la musique Diwan s’est ouvert sur un spectacle de rue, auquel ont participé différentes troupes, avec au programme : karkabou, baroud et danses. Petits, grands, amateurs ou initiés; tous étaient au rendez-vous. En plus de la scène principale, qui se trouvait à Bechar, pas moins de quatre autres installations : Taghit, Béni Abbas Kenadsa et Igli  ont été mises en place, afin de  propager la diffusion de ce festival, très prisé dans la région de la Saoura .

Le volet musical fut axé sur un concours, qui a regroupé quatorze groupes de diwan, et dont la compétition fut soumise à de rigoureux critères de sélections, à savoir :  la qualité de l’audition, le jeu du gumbri et du maalem, les performances du Coyo bango (le soliste du groupe), les costumes des participants ainsi que la qualité des chorégraphies exécutées  sur scène.

Les trois lauréats de cette édition sont : Sidi Belal de Mascara : Jil Said  d’Oran et Noudjoum diwan de sidi bel  abbes. Leurs succès leurs assurent une participation au Festival International du Diwan  qui se tiendra du 8 au 14 août 2014.

Par ailleurs, des artistes de divers horizons ont investi la scène principale du festival, citons : La formation Ahalil Féminin de Charouine, Gnawa El Waha, Caméléon, Nora Gnawa (un groupe qui fait fusionner la musique Diwane avec des sonorités et des rythmes tel que le rai, le reggae et le jazz), le groupe Clé 13, Diwane El Dey, Hassna El Bécharia, Es Sed  et Freeklane .

Présenté sous le thème «Diwan… patrimoine et culture»,  le festival culturel national de la musique Diwane tente de réconcilier les foules, avec cet art dénigré durant des décennies, car longtemps assimilé à de la simple représentation folklorique.

La mise en scène de musique diwan est soumise à des rituels précis. Sa réhabilitation en tant que patrimoine, a permis de l’exposer sur la grande scène, et donc de lever un léger voile sur  l’énigmatique pratique du diwane.

 Cette La huitième édition du Festival culturel national de la musique Diwane ( 2014) a, en plus du volet musical, initié un cycle de conférences-débats sur le thème du Diwane.

Ces colloques furent animés par des chercheurs de diverses disciplines (musicologue et ethnomusicologues), et ont permis d’aborder plusieurs thèmes; ainsi celui de « la dimension humaine de la musique diwane » fut traité par Majid Bougarba et Abdelwahed  Fedel s’est chargé quant à lui, de nous transmettre son savoir à travers le sujet du « Goumbri, contexte et apprentissage » et enfin Halim Aroua, s’est exprimé sur « El Lila au centre du rite diwane ». De plus, une série d’ateliers furent mis en place, dans le but d’apporter des éléments de réflexion, et d’éclaircir certaines zones d’ombres sur les rites autour du Diwane, et  qui restent encore auréolés de mystères.

La mise en espace du diwane  :

Nous verrons travers les témoignages croisés, de deux membres de jury : Abdelwahed Fedel, musicologue et Maalem Mejbar Ben Medjbari,  la mise en espace de cet art, qui se situe quelque part entre le rite et la scène, entre l’espace sacré et le profane.

Aborder le diwane en tant qu’expression musicale, à travers le jeu d’un instrument tel que le goumbri « ne se limite pas au seul apprentissage de ce dernier », souligne Abdelwahed Fedel, qui  ajoute en ce sens «c’est un instrument , avec un répertoire, des notes et des  rythmes, tel est le cas de toutes les musiques algériennes. Elles sont basées sur une  méthode d’apprentissage traditionnelle qui se transmet de  bouche à oreille, et nous pourrions reprendre ces même mécanismes, pour développer le jeu du goumbri hors du diwane traditionnel, car il faudra préciser qu’il existe des musiciens qui veulent apprendre à jouer de cet instrument en dehors du rite, il serait donc dommage les en priver »!

En effet, nous avons pu observer  sur la scène musicale du festival, du côté des initiés (maalem) versés dans les rites du diwan, des joueurs du goumbri autodidactes qui ne font pas parti de « cette sphère ». L’intérêt croissant et l’engouement qu’a connu « ce genre musical »auprès  des jeunes ne laisse pas  les initiés du diwane de marbre, et à ce propos Mejbar Ben Madjberi, précise que « le  but de ce festival est de révéler cette musique, et de mettre la lumière sur cette pratique : « un maalem qui joue le goumbri, et qui a appris les bradjs* , en tant que musicien est un maalem musicalement accompli, mais ce n’est pas pour autant que le coté spirituel suit ».

Il existe donc deux voies : l’une musicale, et l’autre spirituelle; tel est le cas du  maalem de m’hala « le chemin », versé dans rites du diwane. D’ailleurs, Mejbar Ben Madjberi critique « la reprise des rituels en tant qu’exhibition et mise en  scène dans le cadre du festival, car pour lui la scène prend en charge des éléments concis et techniques et ne peut donc intégrer la valeur spirituelle ». Il affirme ainsi, que cette valeur ne peut être observée que lors de la waada dont on ne doit pas négliger le rôle, et qui devrait être en relation directe avec le festival  dont elle serait l’homologue spirituel. 

Abdelwahed Fedel partage avec nous son avis, et ajoute que « La scène et le diwane sont deux mondes différents ». Au diwane, les adeptes veillent à une structure, c’est le rituel  qui prime; et sur scène c’est la musique, jouée pour le public qui règne en maîtresse des lieux.

L’émergence du diwane ainsi que sa diffusion à un large public ouvre la voie sur des pistes de recherche «en terme d’apprentissage et de sauvegarde du patrimoine » Cette évolution met l’accent sur des mutations et des représentations diverses, situées entre le répertoire musical et le rituel hermétique.

La voie musicale et la voie spirituelle sont  deux dimensions distinctes qui cohabitent  afin de pérenniser cet art et cette pratique socioculturelle, et à ce propos le public du festival a été agréablement surpris de découvrir un master class  avec le talentueux maalem Abdelmalek âgé  de  12 ans.

Leila Assas


Crédit photo  : Maalem el hbib, Tamara Turner©


* Membres du jury : 

  • Azzedine Benyakoub
  •  Maalem Mejbar Ben Medjbari
  • Maalem Houari Boussmaha
  • Fedel Abdelwahed  (musicologue )
  • Mokhtar Doulache (musicologue )
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26May

« L’expérience fait voir aussi que toujours un fou se moque de l’autre, et que tous les deux se divertissent réciproquement : souvent même, c’est le plus fou qui rit de meilleur cœur du moins fou ». Erasme

« L’expérience fait voir aussi que toujours un fou se moque de l’autre, et que tous les deux se divertissent réciproquement : souvent même, c’est le plus fou qui rit de meilleur cœur du moins fou ». Erasme 


La figure du fou : el mehboul/ hbilou,  ou encore celle de l’idiot du village, est intrinsèquement liée à l’environnement et, à la conceptualisation des figures sociales, et souvent à la place accordée aux contes et légendes locales, parmi lesquels citons les histoires  mythiques de Djhoha mi-fou mi- sage, et dont les récits divertissent et enseignent .

Je vais vous conter ce soir l’histoire d’Ouda, de son vrai nom Massouda, une marginale vivant dans un lieu, où le despotisme du nombre  sévit  la plaçant sans équivoque aux antipodes de la norme. La première fois que je la rencontre, elle apparaît à moi au comble du risible,  telle une figure mystique d’un conte pour enfant.

Pourquoi est –elle ainsi? Comment en est-elle arrivée là?

Elle se balade nuit et jour, va et vient à sa guise, ne se gêne pas pour ôter son voile pour rire, crier, vociférer. Le quotidien d’Ouda, est ponctué  de longues siestes et de magnifiques mélopées.

Ce matin, elle affichait une mine boudeuse, j’essaye de l’aborder, elle reste de marbre, très versatile et capricieuse à un point déroutant et voilà qu’elle pouffe de rire et se met à me raconter une anecdote.

Ouda attire la sympathie de gens du Ksar, rarement les moqueries, jamais  les outrages, « elle est rigolote », m’affirme l’un , et l’autre ajoute  « j’ai grandi, fondé une famille, et Ouda reste un être immuable » une légende du quartier.

Il est assez fréquent de la voir « traîner » non loin de l’école primaire, « l’unique institution » du ksar, surtout à l’heure de déjeuner, au moment de servir les repas, les employés qui assurent le service à la cantine l’incluent systématiquement. Ainsi notre école compte 78 élèves et une Ouda ! Ne dit-on pas que le charme des enfants provient de la folie « qui leur épargne la raison, et même coup le soucis? ».

Sa dernière frasque excentrique, est une tentative d’évasion  spectaculaire, digne des grands « Evadés ». Elle aurait  creusé un passage, à l’aide d’une cuillère, une tâche assez réalisable puisque qu’elle habite une maison en terre et d'argile. Évidement, nous avions tous trouvé cette naïve entreprise amusante, à l’exception de son pauvre mari.

Ouda  est plus que tolérée dans le ksar, elle est adorée, et demeure cette légende vivante, véhiculée expressément par les adultes pour  faire peur aux vilains enfants. Il existe ainsi un consensus tacite entre  elle est  autrui, un consensus entre le nous, et elle, et qui pourrait se réaliser dans un autre contexte sociale… De tous les êtres qu’il m’ait été donné de croiser, Ouda me semble, de loin, la plus libre …

Leila Assas

 

Bibliographie : 

  • Nadir Maarouf : La mise en espace de la folie .
  • Citation : Eloge de la folie - Erasme


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26May

Le patrimoine culinaire algérien met l’accent sur les particularités régionales de notre vaste pays, c’est une cuisine multiple, aux diverses influences; une cuisine traditionnelle séculaire qui a évolué au cours du temps, tout en conservant intactes, des plats ancestraux des plus savoureux .

Le patrimoine culinaire algérien met l’accent sur les particularités régionales de notre vaste pays, c’est une cuisine multiple, aux diverses influences; une cuisine traditionnelle séculaire qui a évolué au cours du temps, tout en conservant intactes, des plats ancestraux des plus savoureux . Ainsi, le très prisé mets nommé Iwzane, issu de la région d’Ouargla, est un plat qui redonne à l’orge ses lettres de noblesse. 


L’orge est l’une des céréales les plus riches en fibres, elle dispose de diverses propriétés et se trouve être indubitablement l’ami de notre santé. Dans la région d’Ouragla, elle est appelée « Tchida », et  les hommes la consomment pour accroître leurs robustesses.

En outre, la Tchicha constitue l’ingrédient primordial  pour réaliser  l’Iwzane. Similaire à la préparation du couscous, la semoule d’orge est cuite à plusieurs reprises à la vapeur, puis on y ajoute le poivre noire et le sel. Le bouillon rouge révélé est fortement épicé, il contient du cumin, de la tomate, du  laurier, un bouquet garni; et on le prépare généralement accompagné d’abats et de viande de mouton ou de chameau.

Par ailleurs, Iwzane se déguste traditionnellement  dans une  gas’aa en terre cuite. Le plat, avant d’être servi, est orné d’olives noires et vertes, d’œufs durs, et de piment fort. L’iwzane est un plat communautaire, riche et équilibré. Il est servi lors de cérémonies commémoratives, de fêtes, ou encore d’enterrements.

A  la fois constante et variable, la cuisine algérienne est essentiellement basée sur des ingrédients simples tels que le blé et l’orge et les légumes de saison, elle est cuisine de festin, elle est fête en elle-même.

 Leila Assas


  • Photographie : Oussama Bourdine 
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