25May

Surnommée autrefois « le grenier à blé romain », et reconnue comme étant une terre prospère et exportatrice de céréales aux temps des ottomans; l’Algérie produit de nos jours environs 40 millions de quintaux annuels de céréales.

Surnommée autrefois  « le grenier à blé romain », et reconnue comme étant une terre prospère et exportatrice de céréales aux temps des ottomans; l’Algérie produit  de nos  jours environs 40 millions de quintaux annuels de céréales.

La céréaliculture en Algérie est composée principalement (par ordre décroissant) de blé dur, blé tendre, d’orge mais aussi et en plus faibles taux de productions, d’avoine et de maïs. 

Une graminée africaine

Il existe cependant une graminée méconnue, aux multiples vertus, et qui pousse ça et là dans nos oasis, elle a pour nom local : el bechna. Cultivée en très petites quantités dans les régions  sahariennes de l’Algérie, on la trouve également sous le nom de mil ou millet dans les zones  sahéliennes arides et semi arides de l’Afrique, c’est-à-dire au Nigeria,  Burkina, Niger, Tchad, Sénégal, Mali, ainsi qu’en Mauritanie où se trouvent les plus antiques vestiges de sa domestication et dont les scientifiques font remonter l’existence, à plus de 3000 ans .

Bien que l’Algérie ne figure pas dans les données mondiales des pays producteurs du mil (el bechna), cette petite graminée perlée, céréalière, et fourragère, constitue un apport nutritif important et jouit d’une place de choix dans la vie des oasis sahariennes.

Il s’agit à proprement parler, d’agriculture de subsistance, j’en ai aperçu pour la première fois à Assihar (le célèbre marché de Tamanrasset) ; et pensant qu’elle fut introduite par le Niger ou par le Mali, c’est à mon plus grand étonnement que je l’a retrouve cultivée dans les jnanes (jardin) du Gourara. Plus tard, un ami de Djanet me confirme qu’elle pousse dans sa région,  ainsi qu’au Touat, Tidikelt, Biskra et à l’Ahaggar et d'autres régions oasiennes.

Digeste, diurétique, et sans gluten, el bechna a une  valeur nutritive hautement plus élevée que d’autres céréales telles que : le riz et le blé. De plus, elle est riche en vitamines B, E et en minéraux comme le potassium, le phosphore, le fer et le zinc et le Magnésium. Les données scientifiques récentes consolident le savoir faire empirique des habitants des oasis qui l’a nomment « el jebara », littéralement : celle qui répare les os. En effet,  et de part sa teneur élevé en calcium elle est préconisée dans la guérison  des fractures. Enfin, elle fait toujours partie des denrées nomades, et demeure considérée comme un allié des femmes touaregs et reguibets qui pratiquent le gavage, en la mélangeant aux dattes et au lait de chamelles.

A propos de la  céréaliculture saharienne d’antan, Nadir Marouf dans son ouvrage « Lecture de l’espace oasien » s’exprime comme suit : "Ces greniers n’ont pas pu être conçus pour ravitailler les tribus de passage […] ". En effet, "les  territoires touatien gourarien et tidikiltien ont eu pour autre finalité, de nourrir une population sédentaire » et ajoute en ce sens,  qu’elle fut « rendu disponible par le jeu des échanges séculaires avec les tribus du nord " .  

Á la lumière de ces deux citations, et avec plus de 80% du territoire de l’Algérie; le Sahara et el bechna, sa céréale pérenne et robuste qui se prête à l’aridité de ce climat sec, pourraient aisément être la réponse à l’autosuffisance  céréalière d’une Algérie qui renoue avec ses racines africaines, á l’exemple du du Mali, qui voue un véritable culte à cette céréale bienfaisante, et où des autels sont érigés pour y déverser de la bouillie de mil, comme c’est le cas à  Yendouma au Pays Dogon « le Pays dans un pays* ».

Leila Assas 

 

Bibliographie :

  • BONO M. , 1973. Contribution à la morpho-systématique des Pennisetum annuels  cultivés pour leur grain en Afrique occidentale francophone. L’Agronomie tropicale.
  • PORTERES R., 1950. Vieilles agricultures de l’Afrique intertropicale: centres d’origine et de diversification vari étale primaire et berceaux de l’a agriculture antérieurs au XVIe siècle. L’Agronomie tropicale, 5
  • Gilles Bezançon, Jean-François Renno, K. Anand Kumar , Le mil .  
  • Despois Jean. Le blé en Algérie.. In: Annales de Géographie, t. 60, Persée n°319, 1951.
  • Portères Roland , Les appellations des céréales en Afrique. In: Journal d’agriculture tropicale et de botanique appliquée – Persée  vol. 5, n°11, novembre 1958.
  • Nadir Marouf ,Lecture de l’espace oasien  – Passé et présent des oasis occidentales  (Algerie ), Barzakh, 2013Image 1 : www.racines-sa.com

    Image, Rym Sahraoui©

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25May

Aghems et ksours du Gourara se dressent comme les vestiges d’un grand génie architectural, et témoignent de la grandeur des tribus qui s’y sont succédé. Certains sont souvent auréolés de mythes des plus curieux, tel est le cas de l’Aghem n’Laâzara.

Aghems et ksours du Gourara  se dressent  comme les vestiges d’un grand génie architectural, et témoignent de la grandeur des tribus qui s’y sont succédé. Certains sont souvent auréolés de mythes des plus curieux, tel est le cas de l’Aghem n’Laâzara.


Situées au sud de l’Atlas saharien et érigées souvent sur des monticules, les aghems « fortifications » du Gourara  sont de petites forteresses qui se distinguent par leurs tailles inférieures aux ksour, et qui servaient autrefois  de maisons individuelles, de greniers ou lieux de retraites en cas d’attaques. Les aghem furent le théâtre de scènes épiques : invasions, batailles et grandes expéditions; et leurs peuplements se trouvaient marqués par des conquêtes et des razzias, dont le récit se mêle de nos jours, aux histoires légendaires, formant une mince frontière entre le mythe et la réalité. 

Afin de vous cueillir la légende de l’un d’entre eux, celui  d’Aghem n’Laâzara, je me penche vers les tout petits car de leurs bouches, peuvent jaillir de grandes histoires transmises de génération, en génération.

Aghem  n’ Laâzara se situe dans la région de Tin Ziri, à quatre jours de marche de Timimoun. On y trouve  un aghem éponyme ainsi que quatre autres : Aghem n’ Laazara, Aghem n’Mokrane, Aghem n’Bejji  et Aghem n’Ba Yazzun. 

« Tin Ziri » se traduit littéralement par :« celle de Ziri». La tradition orale gourari, ainsi que les récits historiques de la région rattachent le nom de ce lieu à Ziri, un vaillant combattant amazigh. Le sociologue-chercheur, Rachid Bellil, avance l’hypothèse selon laquelle, il s’agirait de Ziri  U Ziri  U Menad U Ziri Bologhine, le chef d’une tribu berbère des Zirides, gouverneur d’une partie de l’Ifriqiya et du Maghreb central, issu de la confédération Sanhadja.

Cette thèse demeure plausible, quand on sait que le patronyme « Menad », est encore très présent dans la région du Gourara. Par ailleurs, les Menad se réclament descendants d’une lignée de «shorfa» arabe, qui se rattache au prophète Mohamed (QSSSL). Cette tendance cyclique est de rigueur : revendiquer son affiliation à un aïeul versé dans la voie de la théologie, est une tendance récurrente dans la contrée. 

Aghem n’Laâzara en langue zénète signifie «Le fort des célibataires». C’est un lieu de légendes, qui suscite curiosités aghemet moult récits. Ainsi, il se murmure que cet aghem fut bâtit en une seule nuit par un  groupe de « Laâzara » : des célibataires aux mœurs légères, raison pour laquelle ils qui furent chassés du ksar voisin «Tazeguert». Dès lors, un voile obscure se jeta el aghem afin que la nuit y demeure … Les jeunes hommes poursuivirent ainsi leur entreprise, pendant que les chants d’Ahalil rythmaient et berçaient cette nuit mystique et tant d’autres; à l’image des cérémonies de taguerabt*, et où le sacré et le profane cohabitent. 

Il est également dit que cette prouesse fut possible grâce à l’aide de djins juifs. Car, non loin de l’Aghem n’Laâzara, se dresse «Jbel el Yihoud» (le Mont des juifs ), qui atteste de la présence juive dans la région et que les bouches évoquent avec beaucoup de réserve.

Tin Ziri est à l’image du Sahara, elle n’a pas encore livré tous ses secrets.

Leila Assas

*Taguerabt : forme d’ahalil qui se joue dans des lieux clos, réservés aux initiés. Ce qui nous renvoie vers l’izelwen, la forme originelle du ahalil, et dont la pratique remonte une période antérieure à l’avènement de l’islam. 

*Mes remerciements vont à mes élèves, dont les récits fabuleux rythment nos promenades, ainsi qu’une pensée particulière à Nouara qui chaque jour, traverse le Tin Ziri pour venir à l’école.

 

Bibliographie:

  • Rachid Bellil, « Les Oasis du Gourara, Sahara Algérien : Fondation des Ksours ». Paris, Louvain, Ed Peeters, 2000. 
  • Rachid Bellil, « les Zénètes du Gourara, leurs saints et l’ahelil ». Insaniyat.revues.org/7977-2000.
  • Henri Terasse, « La vie d’un royaume berbère au XIe siècle espagnol : l’émirat Ziride de Grenade », Persée 1965.
  • Crédit image : Louise Dib & Riad



                   

 

                       

 

                       


                      

           

                                                                                                                                                                                                                                  
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25May

Langues et patois en Algérie gravitent autour de la darija, un dialecte qui cristallise l’évolution du plurilinguisme de ce pays si éclectique. Du Maghreb au Sahel, la linguasphère démontre que «les frontières politiques des États ne coïncident pas toujours avec les frontières linguistiques».

La darja, est une langue véhiculaire algérienne qui cristallise l’évolution du plurilinguisme de ce pays si éclectique. Du Maghreb au Sahel, la linguasphère démontre que «les frontières politiques des États ne coïncident pas toujours avec les frontières linguistiques». 

Ainsi, Tindouf en est un éloquent exemple; située à l’extrême sud-ouest algérien, et à 1 460 km au sud-ouest de la capitale Alger, cette oasis est « un nerf à vif à l’articulation de l’Algérie, du Maroc, de l’ex-Sahara espagnol et de la Mauritanie», souligne Vergniot Olivier. Elle demeure un axe caravanier marqué par un bain linguistique très riche fortement imprégné des influences de la Mauritanie et du Sahara Occidental, avec qui nous partageons le dialecte des tribus maures arabisées, «El Hassaniya».


El hassaniya, origine et mutation : 

Cette langue est pratiqué en Algérie par la tribu maure des Tajakant arabisée, fondatrice de la ville de Tindouf en 1852; ainsi que par la tribu des Reguibets l’Gouacem qui s’y installent en 1896. Ces deux tribus rivales connues pour leurs passés glorieux évoluent dans un  territoire de nomadisme très vaste, au-delà des frontières des Etats actuels, « un territoire sans maître » parcouru ou habité par des groupes ethniques variés et mobiles, berbères, soudanais, peuls ou bédouins arabes ». Leurs relations étaient régies par un jeu d’alliances, sur un un territoire qui englobe de nos jours l’ex-Sahara espagnol (République Arabe Sahraouie Démocratique) et la Mauritanie ainsi qu’une partie d’Algérie, du Mali et du Maroc.

La tradition orale rattache  l’apparition de ce dialecte à l’arrivée des Banou Hassan au Sahara et en Mauritanie. L’installation de cette tribu arabe nomade, qui prend part à la «Taghriba » (Ruée vers l’ouest) - X e siècle, s’est traduite par des razzias et conquêtes des territoires maures de l’extrême ouest au XIVe siècle. Ce qui a eu pour conséquence  des mutations sociales très radicales; tant qu’ils réussissent à assimiler les tribus maures des Sanhadja et à imposer leur dialecte, il en résulte   « l’amalgame des Hassan et des Sanhaja »et une hiérarchisation de la structure sociale.

La structure phonétique du hassaniya est très proche de  l’arabe  classique, est issue des brassages entre ce dernier ainsi que la langue locale vernaculaire, tel que le zenaga (langue tamazight des maures de l'actuelle Mauritanie, Sahara Occidental et Algerie)et  ne cesse d’assimiler les  patois et langues avec lesquels les locuteurs sont en contact;  , tel que le wolof, le soninké ainsi que tardivement l'espagnol et le francais via le fait colonial. 

A propos des spécificités du hassaniya chez la tribu maure des Reguibets l’Gouacem, le chercheur et journaliste Attilio Gaudio observe les faits suivants  « Les particularités les plus saillantes appartiennent au domaine de la phonétique; c’est en différenciant  particulièrement le son de la lettre  kaf — qui fait [gaf] — et celui de la ta qui le rend emphatique. » Cependant , il est aussi à noter que les langues vivantes sont par essence vouées à l’évolution. 

Voici quelques exemples des apports des autres langues se trouvant dans l’univers des griots maures, une caste de musiciens dont le langage est fortement imprégné du tamazight  znagi  :iggîu (grio)t, tidînît (luth), ardîn (harpe).

Hassaniya constitue un élément fédérateur qui incarne le symbole de l’unicité culturelle de nos jours. Les tribus guerrières, maraboutiques, ou encore vassales d'antan, l’usaient pour communiquer entre eux. Ce parler est devenu « langue du commerce et des échanges » ,

Au Grand  Maghreb, l’arabe classique demeure la langue officielle et l’apanage des érudits et des agents religieux. Cela vient du fait de la légitimité théologique de cette langue, par ailleurs hautement politisée. Langue de la sacralité, elle jouit d’un statut immuable, cependant, elle n’a pu être assimilée à une langue maternelle vernaculaire  usitée dans le quotidien des populations locales. Hassanya  étant la plus proche phonétiquement (que les autres dialectes) de l’arabe classique, elle dispose d’un statut privilégié dans les zones, oú elle est utilisée.

A l’instar de la darja algérienne, l’apport du français dans la hassaniya des maures de Tindouf  ainsi que l’espagnole avec l’arrivée des réfugiés du  Sahara occidental accentue ce phénomène de brassage sociolinguistique. Ce phénomène nous permet d’aborder le fait linguistique comme étant un patrimoine vernaculaire immatériel en mouvance, qui véhicule une Histoire à préserver; ce qui devrai  être au cœur des préoccupations  et la responsabilité des agents culturels. 

Par ailleurs, «l’Atlas des langues en danger dans le monde» de l’Unesco pointe l’index sur treize langues en péril  en Algérie, citons : Le korendjé de Tabelbala, le tagargrant (le amazigh de Ouargla), le tasnusit des Ath Snous (les amazigh de l’Oranie), la zenatiya de l’Ouarsenis, dans l’actuelle wilaya de Tissemsilt. 

La préservation de ces langues renvoie à la question essentielle qui est l’identité vernaculaire et plurielle de l’Algérie.


Leila Assas


Bibliographie :

  •  Vergniot olivierTindouf, un point d’équivoque (1912-1934).
  • In: Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, N°41-42, 1986. pp. 119-135.
  • Attilio Gaudio L’odyssée de l’Homme en marche Voyage anthropologique
  • -Connaissances actuelles et méthodes de recherche , 2004
  • Halaoui, Nazam. 1997. Langue dominante, langue rejetée : le hassanya en Mauritanie. DiversCité Langues. En ligne. Vol. I.
  • TAINE-CHEIKH, Catherine (1978), Bibliographie linguistique sur le hassaniya, dans Barreteau Daniel Inventaire des études linguistiques sur les pays d’Afrique noire d’expression française et sur Madagascar, Paris, CILF, p. 263-278.
  • Michel Guignard  , Les griots maures et leur musique : origine et évolutions contemporaines , Conference on Music in the world of Islam. Assilah,  2007.
  •  https://www.unesco.org/languages-atlas/index.php?hl=fr&page=atlasmap
  • © Jonathan Blair/ National Geographic,November 1967.


 

                            
                                                   
                        

                       


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25May

La commémoration cultuelle de Achoura est célébrée le 10 Muharam de l’hégire, dans l’ensemble des pays musulmans. Elle fut instituée par le prophète Mohammed (QSSSL) dès son arrivée à Médine en l’an 622, en référence aux célébrations du Yom Kippour juif, qui rappellent le Salut de Moise et de son peuple, face à pharaon.

La commémoration cultuelle de Achoura est célébrée le 10 Muharam de l’hégire, dans l’ensemble des pays musulmans. Elle fut instituée par le prophète Mohammed (QSSSL) dès son arrivée à Médine en l’an 622, en référence aux célébrations du Yom Kippour juif,   qui rappellent le Salut de Moise et de son peuple, face au Pharaon. 


En Afrique du nord et de l'ouest, la célébration de Achoura revêt diverses appellations marquées par de nombreux aspects. Ainsi, dans plusieurs régions Saharienne (Ouargla, le Gourara, Adrar et Ghardaia, ainsi qu'au Sahel dans  l’Aïr à (Niger), la fête dédiée à cet événement, se nomme Biyanou. Ce vocable, n’est donc pas commun à  l’ensemble des pays musulmans, mais propre à une aire géographique.

Il nous renvoie pourtant, vers  une interprétation plus englobante, et qui se trouve ancrée  dans l’espace culturelle de l’Afrique du nord.  A ce sujet, Yacine Sidi Salah, archéologue, historien de l’antiquité et de la préhistoire évoque une étymologie amazigh «bu-ni » qui désigne, les trois pierres du foyer, représentées au cours du rituel de célébration de Yennayer (nouvel an amazigh). Biyanou, serait  donc une autre appellation de Yennayer comme c’est le cas pour les  Senhadja de Mosbah du Rif marocain, ainsi que les Ath Ouarain. De fait, « cette fête consacre le changement et la fertilité, alors on refait le foyer creusé à même le sol, on repasse la maison et on change les trois pierres du foyer «inyen» qu’on appelle «bu-ini » (ini étant la pierre du foyer) dans les Aurès, et dans certaines régions du Maroc on dit «biannu et bennayou» qui désigne la nuit du 1er yennayar, » Yacine Sidi Salah parle de « récupération » pour la fête monothéiste de Achoura.  

A Ouargla, Biyanou est personnifié par le culte de « Lalla Babiyanou ». Le jour de Achoura, les enfants  entament la ronde  des foyers, entonnant le chant suivant : « Babiyanou ham waldik abebza » que l’on peut traduire par : « Babiyanou, s’il te plait, je veux goûter » . Les femmes offrent  ainsi, des fèves et des pois chiches bouillies, légèrement épicées, pour  le plus grand plaisir des petits. De leur côté, les Banga Issemjen (personnes de couleur noir et/ou, autrefois esclaves) s’adonnent pour marquer l’événement, à des parades carnavalesques tel que nous l’explique Slimane Boughaba, président  de l’association culturelle ouargli « Zingdah ». Il est à rappeler que le système des castes, est fortement ancré dans l’espace saharien, de ce fait, certaines pratiques ne sont réservées qu’à certaines populations. 

Au Gourara, l’offrande des fèves bouillies est aussi pratiquée. L’expression, « Biyanoufik » incite également les maîtresses de foyers à offrir ces légumes secs aux enfants venus frappés aux portes, ainsi qu’aux voisins et aux gens de passages. Dans certains ksours, comme pour celui de Tazeguert (Lahmar), on cuisine la langue du mouton conservée, et  séchée depuis  l’Aid el Adha. La ziara de Sidi El Cherif  de Ksar Massine qui a lieu à cette occasion prés de Timimoun, est l’évènement principal de ce jour de Achoura, qui à l’instar des ziarates dans la région, se trouve bercé par le rythme du baroud, selka (récital de coran). 

Biyanou est pour nos voisins de l’Aïr ( Niger) la plus importante fête de l’année. Les réjouissances durent du septième jour qui suit l’aïd el Adha, jusqu’au jour dit de Achoura. Cette fête est symbole de pardon et de communion. Elle se déroule sous le signe de la joie. Chants, danses et sons des tambours ponctuent la commémoration. Son nom, Biyanou, véhicule à lui seul, les survivances des pratiques  antéislamiques, intégrées comme beaucoup d’autres, dans le calendrier musulman.   

Leila Assas  


Bibligraphie:   

  • Yacine Sidi Salah, historien de l’antiquité, archéologue et préhistorien au Midi Libre , entretien d’Ourida Ait Ali  – Copyright © 2007 Midilibre.  
  • Mustapha  Khanoussi, Paola Ruggeri, Cinzia Vismara ,L’Africaromana: ai confinidell’impero: contratti, scambi, conflitti- Page 543  – 2004 – 2119  
  • Lalla Babiyanou, Slimane Boughaba, entretien de Leila Assas  
  • Ibrahim Manzo Diallo, Bianou / https://www.ingall-niger.org/index.php/les-fetes/le-bianou 
  • Image : Biyanou Agadez Moha Sheikh  ©


 

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25May

Le désir de voler fut évoqué depuis les temps antiques. La mythologie grecque nous a livré « la Légende d’Icare », un récit épique qui ponctue le désir chez l’Homme de voler et de surpasser ainsi sa condition humaine.

Le désir de voler fut évoqué depuis les temps antiques. La mythologie grecque nous a livré « la Légende d’Icare », un récit épique qui ponctue le désir chez l’Homme de voler et de surpasser ainsi sa condition humaine.

L’Histoire de l’aviation depuis les précurseurs du XVIIe siècle, jusqu’à l’ère du décollage motorisé, a vu naître et mourir des aviateurs hors pairs. Leurs destins, ont souvent frôlé le romanesque, et  les échos de leurs prouesses retentissent jusqu’à nos jours.


« Un papillon dans  le désert »

Le 11 février 1962, une patrouille de la gendarmerie française découvrit une mystérieuse momie gisant à côté de l’épave d’un avion en plein Sahara, dans un lieu situé vers la route nommée l’impériale n° 2 (Oran – Gao) au Tanezrouft; une plaine désertique qui se trouve à l’extrême partie ouest-méridionale du Sahara algérien, limitrophe de la région de l’Adrar d’Ifoghas malien.

Le journal de bord permet l’identification du corps, il s’agit de l’aviateur britannique William Newton Lancaster, alias «Bill», disparu il y’a de cela vingt-neuf ans (1933). L’aventurier zélé releva le défi fou de réaliser un record en vol solo de la traversée de désert à bord de son avion monoplace baptisé « South Cross Minor » en français : petite croix du sud.

Habitué aux prouesses aéronautiques, il effectua son plus spectaculaire vol en 1927, planant entre la région de Croydon en Angleterre et Darwin en Australie; il y sera accompagné de Jessie Maude ‘Chubbie’ Miller, une pionnière aviatrice australienne. Donc c’est en homme confiant qu’il entreprit sa traversée saharienne « Londres- Gao ». Le 12 avril 1933, l’aviateur Lancaster disparaît au Tanezrouft. Son vol fut décrit comme périlleux et risqué. Infructueuses, les recherches de l’armée  française cessent au bout de quelques semaines. 

Huit jours d’agonie, du 13 au 20 avril 1933, sont décrits dans son journal de bord, un récit poignant entre journal intime et genre épistolaire. Ces derniers mots furent « je n’ai pas d’eau … pas de vent … j’attends patiemment. »


La mystérieuse momie 

Vingt-neuf ans après la disparition de son fiancé, Chubbie Miller reçoit comme l’avait souhaité Lancaster son journal intime et autorise sa publication. La vie comme la mort de Bill Lancaster inspira  la littérature et le cinéma : Sylvain Estibal, signe un roman intitulé « Dernier vil de Lancaster », adapté  au cinéma en 2009, (film éponyme) de Karim Dridi.

Il convient de préciser que la momification en tant que processus savant, et « coutume » ésotérique s’inscrivant dans le rituel funéraire fut d’usage  chez de nombreuses civilisations, citons parmi elles : les Égyptiens e Antiques; les Aztèques; les Tibétains et les Incas. Cependant, et en marge de ce procédé mortuaire, des corps  naturellement  momifiés furent retrouvés dans plusieurs sites  à travers le monde. Ce phénomène trouve son explication chez les scientifiques qui réfutent la voie du surnaturel.

Par ailleurs, les corps et matières organiques voués à la décomposition et putréfaction, sont parfois préservés lorsque certains facteurs sont présents comme le froid, le sel , la dessiccation, ou l’extrême chaleur. Les mammouths de  Sibérie, Les hommes de sel de Chehrabad en Iran, et Otzi l’Homme des glaces, sont autant d’exemples que des éléments scientifiques à grandes valeurs.

Enfin, la sécheresse tyrannique dont l’écart thermique varie entre 35°C et 80°C. permet la conservation des corps. En 1974, au Désert de Gobi, des momies gisant là depuis plus 500 ans, furent retrouvées. 

Le Sahara, le ciel et l’Homme forment une triade dangereuse. La momie du Tanezrouft est auréolée de légendes des plus fantasques, des raids touristiques sont organisés sur les traces de Bill Lancaster.

Leila Assas


Bibliographie :

  • Sylvain Estibal ,Le dernier vol de Lancaster  , Actes Sud (2005)Alain BROCHARD , «  Un Papillon dans le  désert » ou la tragique histoire de Willaim Newton Lancaster 
  • -Lieutenant François MOPPERT, Tanezrouft désert de la soif     (Gendarmerie Nationale – Revue d’Études et d’Informations n° 54 – 4ème Trimestre 1962).
  • -Général AUBRY, la triste histoire de Lancaster (Bulletin trimestriel de la Société Nationale des Anciens & des Amis de la Gendarmerie n° 209 de Janvier 1990)
  • Michèle Aquaron, L’Homme des Glaces : Ötzi, témoin et messager du passé (2005), Nouvelles études d’Ötzi la momie des glaces (2008).
  • Dzierzykray-Rogalski, Une momie d’enfant de Basse Epoque découverte à Deir el-Bahari en 1964 – Etudes et Traveaux Nr II / pp.  107-113
  • Des « fossiles humains » Les momies© 2001- 2016 – Québec Science


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25May

A Tindouf, le point le plus extrême de la région de la Saoura, ainsi qu’en Mauritanie, au Sahara Occidental, et dans le sud du Maroc avec qui nous partageons beaucoup de similitudes dans les us et coutumes; les populations nomades et semi sédentaires ont conservé des traditions culinaires basées principalement sur une cuisine carnassière .

De l’alimentation de subsistance à l’art culinaire, le raffinement lié à la cuisine en tant que vecteur culturel n’a cessé de susciter chez l’Homme ingéniosité et savoir-faire. D’ailleurs, n’est-ce pas sur des divans que les romains, issus de milieux aisés, dégustaient (dès le II ème siècle av. J.-C.) de savoureux mets élaborés, mais surtout exotiques grâce aux produits issus des conquêtes. 

C’est avec la découverte du Nouveau Monde (1492) et  l’introduction de nouvelles espèces végétales comestibles, ainsi qu’une variété d’épices, que la cuisine mondiale a connu un grand métissage. Pourtant, certaines sociétés conservent  leurs particularités et leurs arts culinaires aux saveurs tant originelles, qu’ancestrales.


Nomadisme et hospitalité 

Les spécificités de la vie nomade et la transhumance, évoluent en fonction des conjonctures climatiques, géopolitiques et traditions séculaires; conditionnant ainsi, les habitudes culinaires des habitants du Sahara. 

A Tindouf, le point le plus extrême de la région de la Saoura, ainsi qu’en Mauritanie, au Sahara Occidental, et dans le sud du Maroc avec qui nous partageons beaucoup de similitudes dans les us et coutumes; les populations nomades et semi sédentaires ont conservé des traditions culinaires basées principalement sur une cuisine carnassière .

A la veille de la colonisation française, les aires de nomadisme s’étendaient jusqu’à la Sekiat el Hamra (Rio de Oro), situées dans le Sahara Occidental. Les regs et El Hamadas (contrés désertiques rocailleuses), où la végétation y est rares et clairsemée, obligent les nomades à étendre leurs espaces de transhumance, abolissant ainsi la notion de frontières.

Par ailleurs, une enquête menée  par le chercheur italien Attilio Gaudio en 1992,  auprès de la tribu des Reguibets, nous livre ses observations qui se traduisent comme suit : « Les Reguibets n’hésitent jamais à se lancer dans les régions les plus inconnues et sans eau. Ils fouillent le Sahara car “celui qui n’a pas de chameaux devient fou” et “qu’importe la route pourvu qu’il y ait de l’eau à l’arrivée ».

La cuisine des tribus nomades de cette région est caractérisée par l’absence des épices, et s’accompagne de peu de légumes. Le cheptel demeure le bien le plus précieux du nomade. Dans une aire désertique des plus arides de l’Afrique du Nord, la viande et le lait constituent son alimentation principale.Un des  mets les plus appréciés est la bavava ou banafa, ou encore appelé bonava chez nos voisins les mauritaniens. Il s’agit d’ un ragoût d’agneau, mijoté dans de la graisse cameline appelée «el deroua », auquel on ajoute du vinaigre. On retrouve parfois cette même recette, à quelques variantes près, et avec d’autres aliments en plus, tels que  la pomme de terre et le laurier. Servit avec le foie, le méchoui (rôti de viande) et le couscous (âych), il constitue un menu de fête, et de communion; que l’on retrouve également durant le mois du ramadan. 

En outre, une table aussi garnie se doit d’être honorée avec un verre de thé. Introduit en Afrique depuis la fin du  XIXe siècle, ce dernier ponctue les longues soirées musicales; on le boit lentement, corsé et très sucré… Mais le breuvage de prédilection reste le lait. Il incarne l’esprit de l’hospitalité du nomade; il est servit  frais, et légèrement sucré, en guise d’encas. En période de disette, le lait est réservé aux  jeunes filles, qui subissent de longues périodes de gavage en vue d’un éventuel mariage.

L’Algérie possède une richesse culturelle qui se traduit par une grande diversité de son art culinaire. Il convient de souligner que celui de l’extrême Saoura demeure foncièrement basé sur la tradition nomade, et ce même, après la sédentarisation des tribus.

Leila Assas.

 

Bibliographie :


                            

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19May

Le territoire touareg déborde sur plus de cinq pays, dont l’Algérie; reliant ainsi, le nord Afrique au Sahel. Ces territoires sont structurés en confédérations, englobant des tribus et factions qui obéissent à un système de caste hiérarchisé. L’organisation du pouvoir demeure axé sur un modèle lignager, dont L’aménokal est le chef symbolique.

Le territoire touareg déborde sur plus de cinq pays, dont l’Algérie; reliant ainsi, le nord Afrique au Sahel. Ces territoires sont structurés en confédérations, englobant des tribus et factions qui obéissent à un système de caste   hiérarchisé. L’organisation du pouvoir demeure axé  sur un   modèle lignager, dont  L’aménokal est le chef symbolique.  

 

 Oligarchie  tribale et enjeux moderne 

La structure oligarchique touareg demeure en vigueur et ce, malgré les mutations qu’a connues le territoire. A cheval, sur plusieurs pays, ce peuple, dit sans frontières tangibles, s’affranchit du concept de  «Etats Nations» et tend vers un découpage historique de régions  fédérées par des dénominateurs communs comme la langue, l’Histoire ou encore la cosmogonie. Citons l’Adrar Ifoghas (Mali), le Hoggar et le Tassili n’Ajjer (Algérie), le Aïr (Niger),  et Tibesti (Lybie-Tchad).  

A la tête de chaque confédération, se trouve un chef appelé l’aménokal. Il est choisi parmi la caste des imuhar, et selon des règles d’hérédités utérines, c’est-à-dire, le pouvoir est légué selon une lignée matriarcale : le fils ainé de la sœur ainée. Parmi les aménokals de renoms, nous citons : Guemama ag Sidi (1790-1830), Moussa ag Budal (1840-1875 ,Azawagh), Attici ag Amellal (1900-1905 -Ahaggar) , Attaher ag Illi  (1913-1914- Ifoghas).  

Chef de guerre et porte-parole de sa confédération, il est élu par les anciens lors d’une assemblée présidée par le  « amghar » (conseiller), où sont conviés les représentants des castes nobles.  Il est le détenteur du «  t’bal », le tambour du pouvoir. Un symbole royal, qui sera déposé dans sa tente dés son élection. Attilio Gaudio, spécialiste des sociétés sahariennes, décrit la tente de l’amenokal comme étant sobre mais spacieuse. Pourvue d’objets d’ornements et ustensiles utilitaires comme des mortiers, des pillons ainsi que de grandes réserves de céréales et un conséquent cheptel camelin.  

 Dans l’un de ses comptes rendus, le commandant Chapelle, s’exprime comme suit : « L’aménokal est chargé de la direction générale des affaires, des relations extérieures, de la défense, de la conduite de la guerre. Son autorité, sans être systématiquement combattue, est toujours contrebalancée  par les nobles qui se considèrent comme ses égaux.»  Il met ainsi, en exergue la barrière entre pouvoir symbolique et exécutif,  comme il est le cas dans le contexte colonial où son pouvoir se trouve doublement jalonné, à la fois par ses conseillers, et ce comme le veut la tradition et par les autorités française. L’ aménokal de l’Ahagar, Moussa Ag Amestane, si l’on se réfère  au témoignage d’Henri Lhote, est décrit tel un allié  qui  aurait joué un rôle dans la conquête du colonel Laperrine,(1904). Il conserva son titre par l’appui  colonial. 

De nos jours, il cesse d’être souverain à la tête d’un régime séculaire dans une aire régit par des lois républicaines. Feu Hadj Moussa Akhamoukh, aménokal de l’Ahggar (1975-2005 ) a concilié entre ces deux entités de pouvoir en siégeant à l’APN. Son successeur, Ahmed Ag Ibadir revient quant à lui, sur la marginalisation de cette oligarchie ancestrale  au sein de la sphère politique algérienne.  

 Leila Assas  

 

Bibliographie : 

  • HENRI LHOTE, Un aperçu sur le Hoggar – Chargé de mission du Muséum. 
  • Commandant CHAPELLE de l’Infanterie coloniale ( Compte rendu), parru dans la revue Tropique, n° 308 -mars 1949,© FNAOM-ACTDM / CNT 
  • Erik Guignard, d’apres les  notes prises avec Germaine Tillion lors de ses missions scientifiques en pays touareg de 1962 à 1973 
  • https://www.liberte-algerie.com/actualite/les-touareg-en-colere-287727
  • Image : Moussa Ag Amstane, archive coloniaux  

Initialement publié sur Babzman

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19May

La danse comme moyen d’expression et signe ethnologique, véhicule une part de l’histoire du danseur, de son groupe social et de sa patrie. Elle intègre des mécanismes souvent relégués à des prismes anthropologiques ( signes cachés ) qui s’exaltent fugaces, le temps d’une danse.

La danse comme moyen d’expression et signe ethnologique, véhicule une part de l’histoire du danseur, de son  groupe social et de sa patrie. Elle intègre des mécanismes souvent relégués à des prismes anthropologiques ( signes cachés ) qui s’exaltent fugaces, le temps d’une danse.   


Guerre et Paix  

El Berzana est une danse très populaire au triangle Touat-Gourara-Tidikelt (sud ouest algérien), où les brassages culturels furent divers. Elle demeure, à l’instar des autres manifestations artistiques de la région, tels que el Baroud, l’Ahalil et Rakbia, un mode d’expression qui s’accomplit en communion, et remplit une fonction sociale bien définie. 

El Berzana s’exécute en deux lignes opposées. C’est une affaire d’homme. Munis de cannes, ils avancent en exhibant leurs « armes » qu’ils  lèvent et rabattent énergiquement. Elle possède un registre de chants précis, et le ton est tout… sauf léger. Il s’agit à proprement dit, de simuler une bataille. Les hommes croisent les cannes avec vigueur comme pour mimer les gestes des combattants. On célèbre ainsi les guerriers d’antan, qui se sont battus pour une contrée qui a évolué au gré des invasions, des soulèvements, des razzias et des jeux d’alliances. Les rixes s’estompent, les ennemies d’hier sont les alliés d’aujourd’hui. Les archives font légion, et la danse en est témoin. 

Les femmes organisent aussi leurs propres assemblées de Barzana, cela s’accomplit à l’abri des regards masculins. Mêlés aux hommes et aux femmes, les enfants ne sont jamais loin, ainsi, la transmission est toujours maintenue. 

La danse est très prisée lors des manifestations religieuses comme «Al Mawlid Nabaoui » (Nativité du prophète Mohamed (QSSSL) qui correspond à 12 rabie al-awel du calendrier de Hégire; ce jour correspond au Gourara à la ziara de Lalla Hija, épouse d’El Hadj Belkacem, (XVI siècle), un érudit de la tariqa soufi Taybiya qui a vu dans un songe, dit-on,  le prophète (QSSSL), lui intimant l’ordre de rassembler les factions, trop longtemps consumées par les rivalités. Ainsi, le S’boue est né au Gourara, et est célébré le septième jour après la commémoration de la nativité.    

 El Berzana, à l’occasion de la commémoration de Lalla Hija, mime la bataille qu’ont livré les habitants de Timimoun, et de Zaouiyat  Hadj Belkacem, tous deux désireux d’enterrer la sainte chez eux.  

Non conçues que pour distraire, les danses populaires occupent une fonction précise,  demeurent  vivaces dans les régions rurales et sahariennes  et s’imposent comme ciment social. Mariem Guellouz pose la problématique de la nécessité d’approcher la danse par la voie de la sémiologie, la discipline qui étudie  les systèmes de communications. Elle met en exergue dans ce passage « la pertinence d’une approche ethnographique pour une étude sémiologique du corps dansant. La danse comme pratique sociale et artistique est fortement liée aux structures socioculturelles et aux rapports (alliance, hiérarchie) entre les individus d’une même société. L’application des catégories linguistiques et sémiologiques à la danse la définit d’emblée comme un système de communication, une codification  [ ] qui est un signe d’affiliation socioculturelle ».

Leila Assas  

 

Bibligraphie : 

  • GUELLOUZ, Mariem, « Du devenir anthropologue du sémiologue : pour une anthropo-sémiologie du corps dansant »,Cygne noir, no 2, 2014.   
  • KESSEL, Juan van Danseurs dans le désert : une étude de dynamique sociale. La Haye, Mouton, 1980. 222 p. (Religion and society) Salle J – Anthropologie – 
  • Musiques et danses traditionnelles du patrimoine algérien ( Ouvrage collectif )Sous la Direction de Mme la Professeur Maya Saïdani Directeur de recherches  au CNRPAH Edition 2013, P.30-41 
                            

                           

                        

                       


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18May

« Au fils du nomade, Déploie tes pensées vers les voies lactées dont aucun fou n’a osé rêver. Respire le parfum des fleurs qu’aucune abeille n’a courtisées. Écarte-toi des écoles et des dogmes . Les mystères du silence que le vent démêle dans tes oreilles, te suffisent » Hawad*

« Au fils du nomade, Déploie tes pensées vers les voies lactées dont aucun fou n’a osé rêver. Respire le parfum des fleurs qu’aucune abeille n’a courtisées. Écarte-toi des écoles et des dogmes . Les mystères du silence  que le vent démêle dans tes oreilles, te suffisent » Hawad* 

La poésie chez les Kel Tamasheq est considérée comme l’un des  fondements de leurs représentations immatérielles. Elle donne lieu à  un imaginaire onirique très riche, dont l’Essuf est l’un des « Maîtres mots ». Il tient ses origines  d’une vielle superstition, celle du rapport  des êtres, à  la solitude et á la nostalgie. 

 

Nomadisme, superstitions et  poésie. 

Dompteurs de grands espaces, et vaillants nomades depuis les temps reculés, les Kel tamasheq ont tissé un imaginaire autour  du « Ténéré » (désert saharien qui englobe l’ensemble de l’ère du nomadisme des tribus Touaregs). En  Algérie,  cet espace comporte le Tassili, l’Ahaggar et le Tenzrouft.  Le vide qui habite ces contrées lointaines et hostiles confronte le nomade à ses peurs  et angoisses, que seule la poésie  console. 

En référence à tout cela, l’essuf signifie en tamasheq à la fois , « vide » , « solitude » ou encore  « nostalgie » et nous renvoie à un double sens : celui de l’état d’âme,  et à un lieu qui  n’a pas de limitation géographique à proprement parler, mais qui reste évoqué dès que l’on s’éloigne  du campement. L’endroit « [  ]où l’individu trouve refuge et protection, est conçu comme une tente, un toit couvert, une aire close, loin de la solitude (essuf) et de ses vents qui effacent la substance de l’être  » soulignent les anthropologues  et chercheurs Claudot et Hawad.Le nomade se retrouve dans un état contemplatif, tantôt alerte tantôt rêveur. Les expressions « il est dans l’essuf »,  ou « l’essuf est en lui » illustrent cet état de nostalgie et de solitude. 

Selon une vielle superstition,  le Ténéré serait habité par les »  Kel essouf; appellation » que l’on peut traduire par  « les gens du vide ». Ce sont, selon les croyances des tamasheq, des êtres maléfiques et surnaturels qui s’attaquent aux nomades. Ils affligent malheurs, tourments et aphasie. Précisons que la parole éloquente du targui, est un bien très précieux qu’il convient de préserver.  «Ce craintif que les «kel assouf» terrorisent et que les foules angoissent, va poursuivre de ses pas assurés le parcours séculaire tracé naturellement par sa société. [ ] Dont la biographie se confond avec sa production littéraire orale. » Explique la sociolinguiste  Fatima Goual Doghmane. 

Autour de cet imaginaire collectif, une fresque poétique éponyme  composée de poèmes lyriques, de complaintes, fables, adages et faits glorieux a été pérennisée grâce à d’illustres poètes, et à des artistes qui la portèrent à l’universalité; comme l’avait fait feu Athman Baly, Abdallah ag Oumbadougou, Alhabib, Alhassane ag Touhami, Atri n’assuf, Kel Assouf, Imerhan et tant d’autres. La nouvelle scène targuie réexploite ce genre remis au goût du jour, avec des thèmes d’actualité qui gravitent  autour de la question identitaire touareg, et des enjeux géopolitiques. « Une guitare est plus efficace qu’une kalachnikov.» dit Ibrahim ag Alhabib, leader de l’emblématique groupe Tinariwen.

L’Essuf  incarne une philosophie qui s’exprime de façon éloquente et versifiée, tout en côtoyant la modernité. 

Leila Assas  

 

Bibliographie :  

  • Hawad* : Poète et peintre touareg, originaire de Agadez. 
  • « Maitre mot »*, en référence à  Dominique Casajus, spécialiste de la littérature touareg. 
  • Claudot, H., M. Hawad, 1984, Ebawel/ Essuf, les notions d’ « intérieur » et d’ « extérieur » dans la société touarègue, Revue de l’Occident et de la Méditerranée, Volume 38, n° 1, pp. 171-179. 
  • Goual DoghmaneFatima, Etude semio-narrative des contes Touareg productionféminine Marie-France Hirigoyen, Les Nouvelles Solitudes, La Découverte, 2007. 
  • Catherine Vaudour, « Le corps de l’âne : un espace refuge dans l’imaginaire des Kel-Tamasheq », Journal des africanistes, 79-1 | 2009, 87-95. 
  • Illustration :Dessin par Almoustapha TAMBO
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18May

Mesmar Djeha (le clou de Gûha ) est une expression qui tire son origine d’une parabole orientale, une parmi les nombreuses qui narrent le quotidien et les anecdotes burlesques d’un personnage légendaire :Djeha.

Mesmar Djeha  (le clou de Gûha ) est une expression qui tire son origine  d’une parabole orientale, une parmi les nombreuses qui narrent le quotidien et les anecdotes burlesques du légendaire  personnage : Djeha.


Les traits de caractères paradoxaux et antinomiques jettent la confusion  sur l’identité de Djeha, certaines thèses avancent le fait qu’il s’agirait de plusieurs et non d’une seule personnes, assimilées sous un seul patronyme, et représentant toute l’ambivalence de la nature humaine.

La thèse  la plus répondue sur son identité, assimile Djeha à un savant turque du XIII e siècle. Ainsi, Les aventures de Nasr Eddin Hodja, personnage mythique de la culture musulmane, et dont la renommée va des Balkans au Maghreb se confondent avec celles de Djeha, laissant supposer qu’il s’agirait d’une seule et même personne.

La construction narrative des histoires de Djeha, à l’instar des contes populaires, suit un schéma linéaire en trois phases : phase initiale, l’intrigue et le dénouement.

Parmi les plus cocasse et connues de ses anecdotes très prisées en Algérie, nous retrouvons  Mesmar Djeha. Il est dit qu’un jour, Djeha en vendant sa maison, avait émis un vœux : il souhaitait venir de temps à autre, rendre visite à son clou porte bonheur. Les visites devinrent récurrentes et le nouveau propriétaire agacé au plus point  finit par craquer. Il se vit contraint de vendre sa maison mais nul ne voulant l’acheter, il fut obligé de la revendre à Djeha  pour une modique somme. Ainsi, de nos jours « Mesmar Djeha» désigne  une personne  têtue, déterminé, et qui revient incessamment  à la charge.

Djeha ne cesse d'inspirer et vivre dans l'imaginaire collectif universel. Le poète de tradition soufie , Idries Shah, lui consacre deux recueils et  redonne ainsi  une dimension spirituelle et mystique à l’œuvre de Djeha.

Leila Assas

 

Bibliographie:

  • Les Mille et un rires de Dj’ha / Jeanne Delais de Freminville .- Paris  : L’Harmattan , 1986 .- 269 p. : ill., couv. ill. ; 22 cm .- ( La Légende des mondes )
  •  Les Histoires de Guha : bilingue : arabe- français / Samir Mégally .- Paris : Mégally Samir , 1989 .- 98 p. : ill. ; 25 cm
  • 2-903841-11-X
  • Le Livre de l’humour arabe / Jean- Jacques Schmidt .- Arles  : Actes Sud- Sindbad


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18May

L’Andalousie est une région des plus fascinantes, et la période arabo-andalouse constitue l’Age d’Or de la civilisation musulmane, dont la péninsule ibérique fut le foyer culturel (VIIIe au XVe). Aujourd’hui, elle demeure un symbole de raffinement, de rayonnement culturel, et d’essor scientifique.

L’Andalousie est une région des plus fascinantes, et la période arabo-andalouse constitue l’Age d’Or de la civilisation musulmane, dont la péninsule ibérique fut le foyer culturel (VIIIe au XVe). Aujourd’hui, elle demeure un symbole de raffinement, de rayonnement culturel, et d’essor scientifique. 

La musique andalouse est une des plus vivaces représentations de cet art de vivre, qui est intrinsèquement liée au corpus poétique des muwashahat, considéré comme  le précurseur du Fine Amor, et de ses chantres :  les célèbres troubadours du Moyen-Âge occidental.


Origine et étymologie

Le vocable  muwashahat du singulier : muwashah désigne un poème à rimes libres. Il tire son origine de washaha, (verbe), qui veut dire embellir ou orner, et de wishah (substantif), lequel est un mot arabe, désigne une ceinture ou une étole perlée et ornée de pierres, que portaient autrefois les femmes andalouses sur l’épaule, la tête ou encore nouée autour de la taille. Cette allégorie est significative; elle souligne le caractère novateur du muwashah  en matière de prose poétique en opposition, à la qasida, laquelle est une forme poétique monorimique de l’Arabie préislamique.  

Amina Alaoui, interprète et chercheuse versée dans cet art, nous propose la définition suivante « En poésie, la relation entre son refrain et les mutations de rimes suggère l’ornement de cette parure. On dit que le Muwashah en arabe littéraire, naît à Cordoue à la fin du Xe siècle, et fut inventé par un poète de Cabra : Muqaddam Ibn Mu’afa. »


l’Amour courtois, le vin, et les jardins… Thème de prédilection du muwashshah

Il est à noter que  l’histoire littéraire de l’Andalousie médiévale, évolue dans un vaste champ de désinformations et de controverses. En effet, l’absence de datations et d’écrits concis font évoluer la recherche dans un espace didactique basé sur des hypothèses qui se chevauchent parfois, et divergent souvent. Le monde musulman étant hétéroclite, il évolue sous le signe des rixes et antagonismes entre les différentes écoles de pensées.

Ainsi, les premiers poèmes des muwashahat dateraient du Xe  siècle, mais l’origine andalouse de ces corpus fut  contestée par certains spécialistes comme Ibn Khaldoun, avançant la thèse d’une origine machreki (Proche Orient).

Les thèmes abordés gravitent autour de l’imaginaire lyrique andalou, et sont véhiculés à travers  l’amour courtois, le vin, et les jardins : lieux  de ravissement et d’allégresse par excellence. L’idylle d’Ibn Zeydoun et la princesse omeyyade ,Walada  Bint El Mustakfi  (XI siècle) constitue une des sources des plus célèbres en ce sens. De plus, et selon S. Benbabaali et B. Rahal, co-auteur d’un ouvrage sur  la représentation florale  dans la poésie andalouse, la corrélation entre  «L’ivresse humaine et celle de la nature » renvoie une esthétique et une représentation ésotérique de la beauté . Par ailleurs, le poème « Ayuha as-Saqi », « Ö toi, échanson » du poète et érudit, Zohr El Andaloussi,  (1113-1199) est une  éloquente expression de cette philosophie.


Influences et diffusions

Enrichi au fil du temps, évoluant dans une mouvance multiculturelle, l’écriture du muwhashah et sa  mise en musique  est marquée par un métissage linguistique et mélodieux à l’image de l’Andalousie médiévale; une mosaïque où cohabitent berbères, arabes, persans, juifs séfarades, coptes et espagnoles… Mais c’est sans conteste le musicien et théoricien Ziryab, contemporain de Haroun el Rachid (IX siècle) qui opéra une rupture épistémologique et une impulsion nouvelle avec  la codification modale du muwashah, en introduisant les noubas : des suites de pièces musicales. D’origine irakienne, il devint dès son arrivée à Cordoue, un des favoris à la cour des califes omeyyades.

La  diffusion  de cette musique au Maghreb  et au Mashrek  se fait avant la chute de l’Andalousie musulmane,  mais c’est à partir de 1492 avec le départ massif de la diaspora morisque vers les pays d’Afrique du Nord, que ces derniers  deviennent  un foyer d’accueil. On assiste dès lors  à l’émergence de nouvelles formes d’expressions.

De nos jours, les poèmes parvenus à la postérité tel que  Lama bada, Jadak el gheît  et Ayuha el saqi  constituent un héritage commun  aux  Chrétiens espagnols, Séfarades d’Israël et Maghrébins qui œuvrent  à perpétuer cette musique à travers différents courants et écoles. 

Leila Assas


*Mes remerciements vont à Ramy Maalouf, musicien et musicologue, et Fawzi Cherkit, ancien choriste à l’Orchestre National d’Algérie dont les indications et pistes de réflexions constituent le socle de cet article. 

 

Bibligraphie :

  • – Ahmed Abi Ayad « La musique andalouse et son aspect scientifique », Insaniyat / إنسانيات [En ligne], 10 | 2000, mis en ligne le 31 octobre 2012, consulté le 01 mars 2017. URL : https://insaniyat.revues.org/8139  © CRASC
  • – Amina Alaoui , POÉSIE ET MUSIQUE ARABO-ANDALOUSE : UN CHEMIN INITIATIQUE , Actes sud « La pensée de midi »
  • Manuela Marín, « Al-Andalus et les Andalousiens », dans Encyclopédie de la Méditerranée, en-   Alif/Édisud/Toubkal,‎ 2001
  • Romey Alain. Tradition orale de la musique classique andalouse arabe à Alger. In: Cahiers de la Méditerranée, n°48, 1, 1994. Hommage à Alain Sainte-Marie. pp. 37-47; doi : 10.3406/camed.1994.1108
  • Scheherazade Qassim Hassan, « Anthologie musicale de la péninsule arabique. Collection Simon Jargy. », Cahiers d’ethnomusicologie [En ligne], 10 | 1997, mis en ligne le 06 janvier 2012, consulté le 01 octobre2016. URL : https://ethnomusicologie.revues.org/940
  •  Juan Vernet  –  Ce que la culture doit aux Arabes d’Espagne  Sindbad, Actes sud, 2000
  • La vie et l’œuvre du poète-épistolier andalou Ibn Darrâg al-Qasṭalli* 473-497   * Dans Hespéris, 1933, 99-121.
  • Illustration : Ziryab tenant son luth, auteur inconnu 
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18May

Le vocable amazigh s’est imposé ces dernières décennies comme une alternative au mot « berbère . Rappelons que ce dernier est tiré du mot gréco-latin barbarus qui désignait tout ce qui était étranger à leur civilisation. Issu d’une onomatopée représentant une prononciation inintelligible (bar bar),

Le vocable  amazigh s’est imposé ces dernières décennies comme une alternative au mot « berbère . Rappelons que ce dernier est tiré  du mot gréco-latin barbarus qui désignait tout ce qui était étranger à leur civilisation. Issu d’une onomatopée représentant une prononciation inintelligible (bar bar), le mot admet dès l’antiquité, une connotation péjorative, qui s’est affirmée avec le temps et son usage actuel.

 En raison de son caractère exonyme, le mot berbère a été  remplacé par amazigh (par les militants de la cause), pour désigner les habitants d’Afrique du nord.  

Origines et étymologie 

L’hypothèse la plus répandue pour le mot amazigh, provient de son appellation des Mazices : une peuplade antique d’Afrique du nord (Mauritanie césarienne). A cet effet, c’est un terme évoqué dans les récits romains pour désigner cette population non romanisée, au même titre que les Maures et les Gétules.

Par ailleurs, Ibn Khaldoun évoque dans ses écrits Mazigh, un ancêtre royal berbère. Il n’existe pas de traces écrites d’une affiliation entre le monarque Mazigh et la population des mazices. Seul un rapprochement phonétique, dans cette même aire géographique, permet une corrélation.

 De l’ethnonyme au néologisme sémantique  

Avant sa généralisation au XXe siècle en tant qu’appellation, il fut usité en tant que nom commun dans l’aire berbérophone saharienne. D’ailleurs, en znatiya au Gourara, il signifie «m aitre », « seigneur » et « Dieu ». Dans les corpus d’ahalil du Gourara, le terme  « amazighinou » (mon seigneur) est souvent employé pour évoquer les saints patrons. Chez les touaregs, il renvoie vers la notion de noblesse en opposition aux populations esclaves au sein de ces sociétés codifiées. 

Il convient de préciser qu’à l’instar d’une faction de Ghadamès en Lybie, les amazighs sont une des plus importantes tribus berbères avec les Chleuh et les rifains au Maroc. 

Par ailleurs, l’usage de ce vocable se voit actualisé et répandu suite à son intégration dans  le champ intellectuel, par les berbéro- nationalistes  des années  40’ du mouvement PPA-MTLD  pour l’indépendance de l’Algérie. Et l’emblématique hymne berbériste « kker a mmi-s umaziɣ, » (lève-toi fils de amazigh) du  feu Idir  Aït-Amrane est considéré comme une des premières introductions de cette appellation en Kabylie. Salem Chaker  explique la genèse de ce chant en ces termes : « Ces jeunes militants, qui avaient accès à la littérature scientifique  berbérisante abondante à Alger, vont se lancer, pour répondre à ces besoins tout à fait pratiques et immédiats, dans l’aménagement lexical de leur langue et initier une série de néologismes : néologismes par emprunt à d’autres dialectes berbères, principalement le touareg [ ] Mais Amaziɣ/tamaziɣt était totalement inconnu dans l’usage traditionnel de nombreux groupes berbérophones importants : Kabyles, Chaouis, Mozabites…» 

 

Interprétation et idéologie 

Amazigh  signifie dans son sens nouveau, « L’homme libre ». C’est une définition qui serait une réinterprétation moderne de ce vocable. Chaker parle « d’acclimatation » de ce mot, qui véhicule surtout depuis les  années 70, un sentiment d’unicité idéologique et ethnique de la mosaïque berbère de l’Afrique du nord. Amazigh/ imazighen pour le peuple et tamazight  pour la langue, sont désormais des dénominations courantes 

Depuis plusieurs années, l’amazighité a le vent en poupe et défend son territoire au sein de gouvernements officiellement arabisés, et s’impose comme vecteur hautement politisé de revendication  idéologique contre l’hégémonie arabo-islamiste. Cependant, l’aménagement linguistique  de la langue amazigh doit faire face à un problème de  dialectisation  de cette dernière, un problème qui remonte à l’antiquité selon le linguiste Mohand Akli Haddadou. Il en dégage cinq zones de dialectes et souligne  également  l’important vocabulaire commun, à toutes les tribus amazighes.  

Leila Assas  

 

Bibliographie:

  1. M. A. Haddadou, vocabulaire amazigh commun – Thèse de doctorat ,2003  
  2. Salem CHAKER , « Amazigh / Berbère / Tamazight : dans les méandres d’une dénomination » Lacnad, Inalco / Iremam, AMU 
  3. M. A. Haddadou,  Guide de la culture et de la  langue berbères, Alger, entreprise nationale du livre, 1994, 323 P. 
  4. M. Peyron, S. Chaker et T. Oudjedi, « Izli », in 25 | Iseqqemâren – Juba, Aix-en-Provence, Edisud (« Volumes », no 25) , 2003 [En ligne], mis en ligne le 01 juin 2011, consulté le 07 avril 2015. URL : https:// 
  5. encyclopedieberbere.revues.org/1459 
  6. Image : « Tribus Berbères du Haut-Atlas, » André Bertrand, 1977
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