02Aug

Sahariennes, un projet musical imaginé dans le cadre du dispositif « Africa 2020 » sous la direction artistique du musicien Piers Faccini et coproduit par l’Opéra de Lyon & Dérapage Prod, réunit quatre voix féminines issues de quatre pays africains qui ont un point en commun : le Sahara, cet espace qui véhiculent mille et une imagerie á l’aune d’un exotisme occidental désuet mais tenace.

Sahariennes, un projet musical imaginé dans le cadre du dispositif « Africa 2020 » sous la direction artistique du musicien Piers Faccini et coproduit par l’Opéra de Lyon & Dérapage Prod, réunit quatre voix féminines issues de quatre pays africains qui ont un point en commun : le Sahara, cet espace qui véhiculent mille et une imageries à l’aune d’un exotisme occidental désuet mais tenace.

Noura Mint Seymali (Mauritanie), Dighyad Mohammed Salem (Sahara Occidental), Souad Asla (Algérie) et Malika Zarra (Maroc) chantent leur Sahara, au-delà des enjeux géopolitiques, en exaltant le matriarcat africain : une tradition mainte fois millénaires. Sahariennes interroge en ce sens, la place de la femme de cet espace si souvent disputé et fantasmé. Accompagnées par des artistes talentueux comme Jeiche Ould Chighaly (Mauritanie),

Mohamed Abdennour « Pti Moh » (Algérie), Anne-Laure Bourget (France) et Mohammed Menni (Algérie), c’est en diapason que le Ardin se mêle au Tidnit, au Gumbri, au Mandole, à la Darbouka ou encore le Karkabou qui s’associent aux instruments modernes comme la guitare et le cajun. 

« Prendre part à ce projet m’a beaucoup enrichie mais curieusement, ce n’était pas pour moi un terrain inconnu ou un dépaysement mais une continuité musicale et rythmique qui abolit les frontières politiques. Il est évident que les musiques que nous pratiquons émanent de la même matrice » nous confie Souad Asla, l’une des voix de Sahariennes.

La sélection musicale du spectacle est issue des répertoires respectifs des quatre artistes et de reprises de standards régionaux. C’est avec une profonde émotion que nos quatre artistes transcendent la barrière entre tradition et modernité pour célébrer la richesse de la culture saharienne. Dans une région où le génie humain s’est exprimé depuis des temps immémoriaux, le matriarcat a toujours incarné le garant de la pérennité des legs et héritages. Après une Première à L'opéra de Lyon en Mai 2021, Sahariennes sillonne depuis l’Europe mais aucune représentation n’a eu lieu dans les pays respectifs des musiciennes. 



Initialement publié sur https://www.musicinafrica.net/fr

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02Aug

La musique algérienne, très éclectique est intimement liée au terroir de chaque région ou groupes ethniques, de ce fait, elle est á la fois autotélique dans son exécution mais aussi analogue dans son fonctionnement social, oscillant entre le savant et le populaire, le sacré et le profane.

La musique algérienne, très éclectique est intimement liée au terroir de chaque région ou groupes éthniques, de ce fait, elle est à la fois autotélique dans son exécution mais aussi analogue dans son fonctionnement social, oscillant entre le savant et le populaire, le sacré et le profane.

Les répertoires musicaux et les danses traditionnelles témoignent de la richesse et la diversité culturelles du pays.


L’Andalou, musique citadine repartie sur les grandes villes Tlemcen, Alger, Blida et Constantine

La musique andalouse algérienne est l’héritière de l’Espagne musulmane dont les plus grandes écoles furent Cordoue, Séville et Grenade. Les brassages culturels entre l’Afrique du Nord et l’Andalousie sont nombreux et cela bien avant la chute de l’Andalousie et l’exode massif des Morisques et Juifs Sépharades, après la Reconquista catholique en 1492, qui s’établissent dans des villes telles que Tlemcen en Algérie, Fez au Maroc créant des foyers socio-culturels pour se diffuser par la suite dans plusieurs villes citadines nord africaines.[1]Cette musique savante, symbole de raffinement, s’est d’abord transmise oralement de génération en génération, reposant sur le système modal de la nouba composée d’une succession de muwachahat dont les thèmes récurrents sont l’amour, l’ivresse et la contemplation de la nature. Il existe, de nos jours, trois grandes écoles en Algérie : le Ghartani (Tlemcen), Çanaa (Alger) et Maalouf (Constantine) ainsi que de nombreux sous-genres caractérisés par l’emploi de la langue usuelle soutenue (la darja), comme el Hawzi, el Malhoun, el aroubi et les orchestres andalous contemporains sont composés d’instruments à corde tel qu’el oud, el qanun et la kouitra ainsi que la derbouka, el tar (percussions) et le ney (flute d’origine persane). Parmi les poèmes de l’Andalou les plus connus, citons, Tadallaltou fi el boulden du grand maitre soufi andalou Sidi Boumedien.  


Al-ferda, musique typique de la région de la Saoura, principalement l’oasis de Knadssa

Al ferda est un genre poétique musicale communautaire à caractère religieux propre à l’oasis de Kenadssa à Bechar (sud-ouest). Il émerge dans les zaouïa[2] de tradition mystique soufie. El ferda signifie littéralement la paire de chaussures en référence à celle utilisée par le percussionniste pour amplifier le son du tambour, une des pièces maitresses de ce genre musical.  Traditionnellement, l’orchestre se réunit en demi-cercle, le soliste soutenu par son chorus, exécute un prélude, puis une liturgie et enfin des louanges au Prophète de l’islam Mohamed. Dans les années 90' un groupe au nom éponyme et son charismatique leader Larbi Bastam fait sortir cette musique intra-muros pour la diffuser et la moderniser en introduisant de nouveaux instruments tels qu’el oud, le banjo et le violon. Parmi les textes les plus connus nous citons « Ana sewelt nefssi », « Cheick Benbouziane » et « Ya krim el kourama ».


Ahellil, région berbérophone oasienne du Gourara

L’Ahalil est le répertoire le plus connu des izlwen (poèmes amazigh chantés) du Gourara. Classé patrimoine mondial de l’humanité́ de l’Unesco en 2005 grâce aux travaux de l’anthropologue berbériste Mouloud Mammeri et son guide Mouley Timmi. Ce genre musical, datant de la période antéislamique, a été enrichi et nourri au fil du temps par divers apports ethnico-théologiques : la culture orale zénète berbère[3], la tradition judaïque et ensuite musulmane ibadite puis sunnite.[4]L’Ahelil se joue debout, en extérieur lors des fêtes, mariages et célébrations cultuelles, il chante la gloire des saints patrons et figures historiques de la région. En d’autres termes, il est la mémoire vivante de l’intelligentsia ksourienne du Gourara. En demi-cercle, épaule contre épaule, le chœur est dirigé par un abashniw ou tabashniwt au féminin (soliste), accompagné d’un joueur de tamja (instrument à vent) et aqellal (percussion). L’ensemble musical entonne des chants et des louanges. Autrefois mixte, cette pratique tend à disparaître. Dans sa forme intimiste appelée tagraaabt, il se joue assis, l’adgha (une pierre plate frappée par deux petites) et le bengri (instrument à corde analogue du gumbri gnaoui ou encore du ngouni ) remplacent la tamja et l’aqqellal. Tard le soir, au moment de l’Itran (étoiles), les thèmes lyriques priment sur le religieux, c’est le moment où les azara (jeunes célibataires) sont exclues de l’assemblée. 


El Bedoui el Wahrani, dans la région de l’Oranie nord-ouest

Le Bedoui el Wahrani est un genre musical rural caractéristique de l’Oranie (région ouest de l’Algérie). Joué lors des waadat (fêtes agraires et célébrations cultuelles), il est issu de la classe paysanne, dont la vie fut autrefois ponctuée de périodes de transhumance (achaba) et des phases sédentarisation dans les douars (villages). Reposant sur les corpus poétiques du melhoun (poésie populaire maghrébine qui émerge à partir du XVI siècle), il incarne la rencontre du système métrique arabe et la mélodie rurale berbère avec el guesba (flute berbère) et el guellal (derbouka) dont les racines seraient une des résultantes des mutations socio-culturelles suite à la ruée des tribus hilaliennes vers l’Afrique du nord au milieu du XXI siècle.[5]Parmi les bardes les plus chantés en bédoui el wahrani, nous citons Mostefa ben Brahim dont les textes ont traversé des générations, repris par des chantres tels que Cheick Snoussi et Cheick Hamada au début du siècle dernier et plus tard Blaoui el Houari, Ahmed Saber et Ahmed Wahbi qui interpréta magistralement « Zendha ychali, Yamna el aádra », «  Seraj ya fares el ltam » et « Ya Ben Sidi ou Ya Khouya », des textes lyriques et épiques qui inspirent encore de nos jour.


Ashwiq, musique de la Kabylie

L’Achwiq est une musique traditionnelle de la Kabylie (nord Algérie), chantée à capella, et exclusivement féminine. Cette musique, à l’instar de l’ensemble des traditions orales de l’Algérie est métaphorique et hautement allégorique, on y chante l’amour, le deuil, et la nostalgie des temps révolus. Sous forme de joute verbale, elle se veut une longue complainte mélodieuse qui relate l’imaginaire collectif et le quotidien de la femme kabyle : ses joies, ses peines, ses inquiétudes et ses amours. Beaucoup de chanteuses se sont illustrées dans cet art comme Lalla Yamina, Na Cherifa, ainsi que Na Nouara, la mère du chanteur engagé, feu Maatoub Lounes dont elle fut une des sources inspirations. L’Ashwiq, cet art très ancien a encore le vent en poupe, Thanina, la digne fille de son père, Idir le monument de la chanson kabyle, qui nous a quitté en 2020, en est une louable héritière.


Danse rahaba, de la région berbérophone des Aurès
El Rahaba est un chant et une danse collective traditionnelle emblématique des Aurès, berceau des tribus amazigh Chaouias dont les foyers sont Khenchela, Oum el Bouaghi, Arris et Batna. Rahaba signifie littéralement bienvenue en langue arabe, cette danse communautaire est pratiquée lors des célébrations et fêtes traditionnelles. Mixte autrefois, elle est quasi exclusivement masculine de nos jours et se joue en deux rangs serrés dont le chant et les pas des danseurs donnent le tempo, accompagnés de bendir (tambour) et gasba (flute). Le répertoire oscille entre le solennel, l’amoureux et l’épique marquée par l’usage du fusil, glorifiant ainsi le passé guerrier de la région. Les textes servent aussi de biographie des plus illustres du terroir telle que la guerrière berbère Fatma Tazoughert, Lalla Icha Zekka Ziqun dite la Muette et tant d’autres. Parmi les poètes les plus emblématiques du genre, il y en a un qui, sans conteste, reste le maitre, il s’agit de Aissa el Djarmouni, il est le premier chanteur africain à se produire à l’Olympia de Paris en 1937. 


Imzad, Ahaggar et N’ajjer (sud-est)- tribus berbères Touaregs

L’imzad est l’ultime expression du raffinement de la femme touareg, tribu reparti entre l’Algérie, le Niger, le Mali et la Lybie, dont les foyers en Algérie se situent dans l’Ahaggar, la région du Ajjer et le Tidikelt (extrême sud-est). Réservé à la gente féminine, le degré de maitrise du jeu de l’imzad est signe de distinction et d’élégance, ainsi des doyennes telles que Khaoulen de Kel Enaden de l’Ahaggar jouissent d’un statut privilégié parmi les siens. Cette musique thérapeutique, hautement codifiée[7], est régie par des codes sociaux rigoureusement respectés. L’imzad tire son nom de l’instrument à corde qui l’accompagne, une mono vièle, fabriquée à partir d’une demi-calebasse recouverte d’une peau. Inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2013 au nom de l’Algérie, le Mali et le Niger, les savoir-faire liées à ce registre poétique sont transmis oralement de génération en génération.



Ref :
[1] https://www.insaniyat.crasc.dz/pdfs/n_9_abi-ayad-fr.pdf(link is external)
[2] la zaouïa est l’espace sacré de tradition musulmane soufie, lieu de culte et de méditation.
[3] les Zénètes berbère appartiennent á la grande tribu des berbères- amazigh, peuple africain autochtone de l’Afrique du Nord
[4] Rachid Bellil, « Les Zénètes du Gourara, leurs saints et l'ahellil », Insaniyat / إنسانيات, 11 | 2000, 99-108.https://journals.openedition.org/insaniyat/7977(link is external)
[5] https://www.socialgerie.net/spip.php?article708(link is external)
[6] Kel Enaden, une caste touareg autrefois forgeron
[7] « Imzad, une musique millénaire de l’Algérie » par Dida Badi, Association Les Amis du Tassili, Editions ENAG, Alger, 2008.


(Photo) : Divas du tagarabt © Karim Moussaoui

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02Aug

Depuis le 22 février, l’Algérie se révolte. Le mouvement populaire embrase et fédère les Algériens. Au début de ces manifestations pacifiques, à l’instar des Soudanais qui chantent à l’unisson le classique « Ana Ifriqui, ana soudani » (je suis africain, je suis soudanais) d’Ibrahim Al Kashif, les rues algériennes prennent des airs de grandes fêtes, les artistes

Depuis le 22 février, l’Algérie se révolte. Le mouvement populaire embrase et fédère les Algériens. Au début de ces manifestations pacifiques, à l’instar des Soudanais qui chantent à l’unisson le classique « Ana Ifriqui, ana soudani » (je suis africain, je suis soudanais) d’Ibrahim Al Kashif, les rues algériennes prennent des airs de grandes fêtes, les artistes investissent l’espace public, mais aussi les écrans et les réseaux sociaux aux côtés de leurs concitoyens, contribuant ainsi à dessiner les contours d’une révolte « Silmya » (pacifique) où la joie prime, et l’optimisme persiste. Une “révolution du sourire où la musique joue un rôle de premier plan.

Au commencement étaient les Ultras 

Dès le début des marches, les vendredis, un chant se distingue, un air que fredonnent petits et grands, toutes catégories sociales confondues. “La Casa del Mouradia”, en référence au palais d’El Mouradia, le siège de la Présidence. La chanson, clin d’œil à la série espagnole à succès « La Casa de Papel » évoque le vol des biens de l’État par les oligarques. Devenu le chant emblématique du mouvement, il était l’apanage des Ouled el Bahdja, les ultras de l’USMA, l’Union sportive de la médina d’Alger, l’un des clubs de foot de la capitale. Écrite en 2018, confinée dans les stades, la chanson témoigne des problèmes vécus par les jeunes supporters souvent issus d’une classe moyenne déchue. Le football étant un exutoire, le stade devient un espace de liberté. On y chante son mal de vivre, ses problèmes, ses espoirs et des aspirations qui se trouvent le plus souvent orientées vers l’exode. Une fuite en avant dont les “héros” portent un nom auréolé de tristesse : « harraga », littéralement « ceux qui brûlent ». Triste oxymore pour désigner tout potentiel migrant qui risque de mourir non pas dans les flammes, mais noyé entre les deux rives de la Méditerranée. En attendant des jours prospères en Europe, les ultras de Ouled el Bahdja agitent les stades. À partir du 22 février, ce seront les rues d’un pays entré en ébullition. Le ton est sans équivoque, le texte sans nuances. On fustige Abdelazziz Bouteflika :

« Au premier, ils nous ont eus avec la décennie noire ; au deuxième, c’est devenu plus clair, c’est la Casa del Mouradia ; au troisième, le pays s’est amaigri à cause des intérêts personnels ; au quatrième, la marionnette est morte (Bouteflika), mais l’affaire continue ; le cinquième va suivre, c’est déjà acté. » On se souvient que les ultras d’Égypte, avec leurs chants, avaient joué un rôle analogue lors de la Révolution égyptienne.

Dans les rues, tous les sons de la révolution 

Les premiers mois de mobilisation sont marqués par une foisonnante créativité musicale. Tous les vendredis, des chants émergent et sillonnent le pays. Corrosive, triviale, lyrique, la musique diievient un vecteur de contestation. Tambour battant, les musiciens professionnels ou amateurs galvanisent les marches. Chants nationaux et rythmes traditionnels locaux se succèdent, réactualisés et réinterprétés pour servir le contexte révolutionnaire actuel. De la âama au Touat, du diwan de Bechar aux rythmes pentatoniques du karkabou (« castagnettes » métalliques des gnawas) en passant par l’accwiq des femmes de Kabylie, tous les sons sont mis au service de la révolution. Le chaabi algérois modernisé aussi, comme celui de Mohamed Kechacha qui chante dans les rues d’Alger des textes engagés.

« Lyoum chaab – Libérez l’Algérie » (aujourd’hui le peuple va libérer l’Algérie), est la chanson d’un collectif d’artistes algériens, né après le 22 février, pour dénoncer la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat. Le clip met en scène une pléiade d’artistes, brandissant des pancartes hostiles au régime en place. Il s’agit des mêmes slogans scandés dans les marches les vendredis : « système dégage », « non au cinquième mandat », « l’Algérie libre et démocratique » …etc.

La chanteuse Amel Zen, l’une des initiatrices, voix et coauteur du titre « Libérez l’Algérie », descend dans la rue chaque vendredi, en tant que citoyenne, mais aussi en tant qu’artiste. Ayant pleinement conscience que la notoriété d’un artiste doit s’inscrire dans une dynamique sociale, elle rend avec “Horra” (Libre)un hommage à la femme algérienne révolutionnaire. Un devoir de mémoire afin que horra (libre) demeurent l’Algérie et la femme algérienne explique-t-elle, mettant en exergue le rôle joué par les femmes depuis la nuit des temps. Ici, une pensée pour Mariam Makeba s’impose, l’icône panafricaine qui avait chanté à Alger « ana horra fel El Djazayer » (je suis libre en Algérie).

Au milieu de cette déferlante, on trouve aussi Raja Kateb et son père Saïd, militant de gauche et démocrate de longue date, qui offrent une ode à la révolution du Sourire et saluent le courage du peuple au-delà des appartenances ethnico-culturelles ou encore celles liées au genre. La chanson prône les principes démocratiques et se positionne sans équivoque contre le système en place.

Libérer la culture

Dans cette « Révolution du Sourire », le rôle de la jeunesse est prépondérant et nombre d’artistes, aux côtés de leurs concitoyens, s’efforcent de créer des initiatives alternatives pour se défaire des mécanismes de l’autocensure qui sévissent en Algérie. Il faut dire que, depuis des décennies, l’art et la culture sont instrumentalisés par l’État, une manière de mieux les contrôler et de museler toute voix dissidente.

En 2014, plusieurs artistes participaient au clip « Notre serment pour l’Algérie » soutenant la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un quatrième mandat, créant une polémique que la mobilisation du 22 février n’a fait que raviver. Dans un pays où les festivals sont régis par des commissions sous tutelle du ministère de la Culture, le débat sur la politique culturelle est relancé. L’équation est la suivante : si les artistes veulent vivre de leur art, c’est avec la bénédiction et l’argent de l’état, ce qui implique … qu’on ne le critique pas. Dans cette période de contestation, certains considèrent plus que jamais que chanter dans ces festivals s’apparente à trahir la révolution. Le cas du chanteur Soolking est à ce titre édifiant. Devenu une icône pour les jeunes, il incarne une succès story bien algérienne. Après une traversée du désert (un autre oxymore), cet ancien harrag installé en France connaît un succès fulgurant. Il enregistrait même en mars dernier, avec les fameux ultras de l’Usma le titre “Liberté”. Mais le premier concert que l’artiste donne en Algérie, le 23 août dernier, à la veille du 27eme vendredi qui boucle six mois de mobilisation, est organisé par une institution culturelle étatique. De quoi susciter de vives polémiques et diviser l’opinion publique.

Amine Chibane, un des artistes initiateurs du collectif qui avait signé “Libérez l’Algérie”, insiste sur l’engagement de l’artiste et redéfinit les termes du contrat qui lie ce dernier à son public. Selon lui, « le boycott des institutions culturelles étatiques est un acte fort qui doit livrer un message pertinent. La responsabilité de l’artiste se situe dans des prises de positions claires et sans équivoque pour pallier à toute tentative de récupération contre-révolutionnaire ». Amine Chibane est aussi l’auteur de « Système dégage », une chanson qui dénonce la non-transparence des rouages politiques actuels et les détenus d’opinion.

 ”Musiciens, chanteurs et paroliers, explique Salima Abada, ont ressenti le besoin d’incarner une position ferme dès le début de la Révolution du Sourire et de se positionner sur l’instrumentalisation des musiciens durant cette période, comme c’est arrivé dans le cas Soolking.” Cette artiste multidisciplinaire vit les évènements actuels comme un réveil : un réveil citoyen avant d’être artistique. Puisque les Algériens se lèvent pour “libérer l’Algérie”, c’est aussi l’occasion de libérer la musique et de la débarrasser des prismes et carcans dont elle était prisonnière. En Algérie, la révolution passera par celle de la culture.
Celle qui est en cours est sans conteste un pas vers le changement, puisqu’elle rejette l’inertie de l’art et des artistes. Les icônes d’antan comme Matoub Lounes et le groupe Debza, qui furent des agitateurs et des éveilleurs de conscience, ont inspiré des générations de jeunes Algériens. Les graines qu’ils ont semées, qui sait, sont peut-être sur le point d’éclore.

Leila Assas



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29Jul

Le Cabaret Sauvage, site culturel emblématique de Paris, la capitale française, est orné de paillettes en ce mois de juillet, pour la célébration de ses 25 ans d'existence. Une longue série de concerts y est prévue à cet effet.

Le Cabaret Sauvage, site culturel emblématique de Paris, la capitale française, est orné de paillettes en ce mois de juillet, pour la célébration de ses 25 ans d'existence. Une longue série de concerts y est prévue à cet effet.


Créé par l’algérien Meziane Azaïche en 1997, le Cabaret Sauvage est un lieu mythique et atypique en plein cœur du Parc de la Villette, à Paris (France). Sans doute, le plus célèbre des chapiteaux de la capitale française. Le Cabaret accueille depuis 25 ans des artistes d’univers différents et « mélange les genres et les gens » mais demeure sans conteste un point focal pour les musiciens de la diaspora algérienne installés en Europe comme feu Rimitti, Idir, Hasna Becharia, Gnawa Diffusion, Cheickh Sidi Bémol, Karim Ziad, Tighri Uzar, Souad Asla et tant d’autres. L’Afrique subsaharienne est également souvent mise à l’honneur. En 2003, 100 musiciens prennent part à Jam Sahel, un concert marathon à l’occasion de la journée mondiale de la lutte contre la désertification, parmi les plus connus, on pourrait citer Cheick Tidiane Seck (Mali), Manu Dibango (Cameroun), Tony Allen (Nigeria), Rokia Traoré (Mali) ou encore Idrissa Diop ( Sénégal). Le Jam Sahel se poursuit deux éditions au Cabaret Sauvage avant de migrer plus tard au Jardin du Luxembourg (2007-2008), puis au parc de Choisy en 2009. À l’occasion de ses 25 ans, le Cabaret Sauvage dévoile une programmation métissée, éclectique et colorée et consacre plusieurs dates aux artistes africains comme Nadir Moussaoui aka Kasbah, Fulu Miziki, Praktika, DJ Cucurucho, DJ Ketchup afro et Gorilan, ou encore une pléiade de reggae men pour le Paname Reggae Festival du 27 au 31 juillet 2022. Découvrez ici(link is external), le programme complet de l'événement et réservez dès à présent votre place.


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27Jul

L’Algérie a célèbré ce 5 juillet, ses 60 ans d’indépendance. L’occasion pour Music in Africa de vous faire découvrir une sélection de 9 chants patriotiques qui ont façonné l’imaginaire collectif algérien. Des chants en arabe classique (langue officielle de l’état), en darja ou encore en tamazight.

L’Algérie a célèbré ce 5 juillet, ses 60 ans d’indépendance. L’occasion pour Music in Africa de vous faire découvrir une sélection de 9 chants patriotiques qui ont façonné l’imaginaire collectif algérien. Des chants en arabe classique (langue officielle de l’état), en darja ou encore en tamazight. Bonne fête à nos lecteurs algériens et « One, two, three, viva l’Algérie ! »


« Kassaman » (Nous jurons)

Sans doute le plus emblématique et symbolique des chants patriotiques algériens jamais écrits. Adopté officiellement comme l’hymne national du pays en 1963. Beaucoup de légendes urbaines gravitent autour de ce texte et l’on dit que l’auteur l’avait écrit avec son sang durant son incarcération dans les geôles de l’Algérie française. En réalité, il s’agit d’une commande du Front de Libération National qui date de 1955, adressée au militant nationaliste et poète Mufdi Zakaria. La composition musicale est confiée à plusieurs protagonistes et c’est la version du compositeur égyptien Mohamed Fawzi qui a été retenue. De cet auteur mort en exil, les jeunes Algériens ne connaissent que peu de choses, hormis cet hymne qu’un écolier entonne en moyenne 2160 fois durant sa scolarité.


Oued Chouly (Le fleuve Chouly)

Le chant populaire « Oued Chouly » déclamé en darja (langue véhiculaire du pays) rend hommage à Raïs Benallel, un héros national tombé au champ de bataille d’Oued Chouly en décembre 1956 à Tlemcen (l’ouest de l’Algérie). C’est grâce à la mama du raï, la Cheikha Rimitti que ce chant régional traverse bien des lieux et des générations. Il sera réédité en 2008, en France par le groupe français aux origines éclectiques Watcha clan.  autoplay:0]


« Min Jibalina » (De nos montagnes)

« Min jibalina » est un poème en arabe classique écrit en 1931 par le poète Mohamed El Aïd Al khalifa. Ce texte de l’avant-garde nationaliste devient l’hymne des Scouts Musulmans Algériens qui composèrent sa musique en 1942, contribuant ainsi à forger la fibre patriotique des jeunes militants. Au lendemain des Massacres du 8 mai 1945, il devient sans conteste le plus important du répertoire nationaliste de l’époque. Durant la guerre 54-62, il fera partie de la sélection du vinyle Fighting Songs of the Algerian Rebels, édité par Westminster labels, New York 1958. 


« Ekker a mmis umazigh » (Debout fils d’amazigh)

Ce chant patriotique et identitaire a été écrit en kabyle (dialecte tamazigh) en 1945 par le militant nationaliste Mohand Idir Aït Amrane, alors qu’il n’était que jeune lycéen.« [le chant] qui allait désormais accompagner pour nous le fulgurant « Min Djibalina » en arabe, son frère jumeau complémentaire et inséparable » témoigne Sadek Hadjerès, ami de longue date et frère de combat de Aït Amrane, qui assista à la genèse du chant. De sa prolifique production littéraire et académique post indépendance, « Ekker a mmis umazigh » est le plus puissant texte jamais écrit par Aït Amrane.


« Al hamdoulilah mabqach istimar di bladna »( (Louange à Dieu, le colonialisme n’existe plus dans notre pays)

Un texte majeur du chaabi algérien (registre musical populaire), écrit et interprété la première fois par Hadj M’hamed El Anka, le 3 juillet 1962, le soir de la reconnaissance officielle de l’indépendance de l’Algérie. El Anka, le « Cardinal » comme aime le surnommer ses adeptes, a su galvaniser la foule à la célèbre placette du 2e ex-rue Marengo. Le soir du 5 juillet, date officielle de l’indépendance de l’Algérie, le chant est diffusé à la radio à 00h05. La messe est dite « Longue Vie à l’Algérie libre et à sa jeunesse / Longue vie à l’Algérie libre, à ses hommes et à ses femmes ».


« S’hab el baroud » ( (Les Compagnons de la poudre)

« S’hab el baroud » est un poème contestataire subversif écrit en 1931 par Houari Hennani, un barde de l’Oranie (ouest algérien). Ce texte arrive dans un contexte où la France célèbre son centenaire en Algérie avec son ostentatoire exposition coloniale, marquant ainsi les esprits et se voulant triomphante des insurrections et révoltes. Le poème tomba comme une piqure de rappel. Si le texte originel fut altéré au fil des reprises par les raïmen*, il n’en demeure pas moins poignant et émouvant.


« Hayou chamal  Ifriqi » ( Saluez le Nord Afrique)

Le chant « Hayou chamal  Ifriqi » fait référence au parti politique socialiste Etoile Nord-Africaine dissout en 1937, qui se reforme sous l’appellation Parti du Peuple Algérien (PPA). Écrit en 1945 suite aux Massacres du 8 mai de la même année, le chant est un appel à la jeunesse à se fédérer autour du parti et son charismatique leader Messali el Hadj, père du nationalisme algérien et premier à avoir revendiqué l’indépendance du pays. 


« Min adjlika ya  watani » (Pour toi ô mon pays)

« Min adjlika ya  watani » (Pour toi ô mon pays) est une opérette nationaliste post-indépendance écrite en 1982 par Omar Bernaoui, un homme de lettres et figure du panarabisme. La musique est composée par le chef d’orchestre Chérif Kortbi. Le texte fait apologie de l’Armée de Libération Nationale (ALN) et de son parti. 


« Yal menfi » (Le Banni)

« Yal menfi » d'Akli Yahyaten est une chanson qui a été composée en 1959 en prison ; il serait inspiré d’un ancien chant kabyle qui fait référence aux déportés en Nouvelle-Calédonie suite à la Révolte de Mokrani (1871). C’est la complainte d’un exilé qui s’adresse à sa mère : « Dites à ma mère de ne pas pleurer ». Le chant est devenu célèbre grâce à la reprise de rockeur algérien Rachid Taha.

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27Jul

L’agence française de production & booking Tartine Production a mis en ligne, entre septembre et décembre de l’an dernier, une série de six vidéos en format live session acoustique.

L’agence française de production & booking Tartine Production a mis en ligne, entre septembre et décembre de l’an dernier, une série de six vidéos en format live session acoustique. La captation et la réalisation ont été confiées à Pure Capture, un studio itinérant de production musicale qui prône le credo « Music is Everywhere » et propose une musique organique, des compositions sans samples et filmées dans des endroits insolites en one shots (en une seule prise). Music In Africa vous propose un listicle regroupant les six vidéos.


« Choubi » - Mazalda

C’est dans le parc naturel du Golfe du Morbihan, en Bretagne que les Mazalda se sont prêtés au jeu de Pure Capture. Accompagnés de leurs saz électrique, batterie et synthétiseurs analogiques, ils nous livrent Choubi, un titre puissant et psychédélique qui paraîtra sur leur prochain album. La musique de Mazalda mêle à souhait le raï algérien, l’afrobeats, le rock psychédélique ou encore une pincée d’ethno jazz abolissant les frontières et entraves entre l’Afrique, l’Orient et l’Occident. Avec Choubi, ils nous font embarquer pour le Moyen Orient, en Anatolie mais aussi dans les Balkans, l’aire est vaste et les sensibilités multiples.

« Waydelel » - Bab L’Bluz

Figurant sur le premier album Nayda (Real World Records, 2020), de Bab L’Bluz, « Waydelel » est une reprise de la Diva mauritanienne Dimi Mint Abba (1958-2011). Le titre s’ouvre sur un spleen hassani et se poursuit avec du Gnawa, le tout enrobé d’un rock explosif. L’Aouicha, l’instrument de prédilection de Yousra Mansour (Vocal lead) donne le la, soutenu par le Guembri, la bass, la batterie et la flute. Les lauréats de Songlines 2020 (catégorie fusion), savent tirer avantage de leurs backgrounds respectifs pour nous faire voyager dans un univers protéiforme à la croisée des chemins.


« Toto » - Pamela Badjogo

Ne vous laissez pas leurrer par son surnom de « Princesse Bantoue », Pamela Badjogo est une warrior gabonaise et une militante herculéenne du « féminisme joyeux ». La lauréate du Prix des Musiques d’Ici 2022 au groove nu-soul bantue, comme elle aime le qualifier, nous propose une nouvelle réinterprétation de « Toto », un des titres de son deuxième album Kaba (Raphia association label 2022). La captation Pure Capture nous offre une nouvelle lecture qui contraste avec le clip originel sorti en 2020. Ce manifesto contre le racisme sous toutes ses formes est, à la fois, suave et poignant.


« Zintkala » - Djazia Satour

En marge de sa tournée européenne pour la promotion de son dernier album intitulé Aswât (Des Voix), l’artiste franco-algérienne Djazia Satour s’offre une pause dans la forêt de Brocéliande, un lieu auréolé de mythes et de légendes, pour nous faire découvrir sa chanson inédite « Zintkala », et nous narre ce drame de la « dépossession et de la violence coloniale ». C’est le récit de Zintkala Nuni (Lost Bird), un bien triste personnage (réel) de la bien triste histoire des autochtones américains.  D’une singularité marquée, la musique de Djazia est une ode en soi et « Zintkala » s’inscrit dans la même dialectique de ses opus précédents qui nous font voyager et s’interroger. Munie de son bendir, et accompagnée de Remi D’Aversa à la percussion, Benoit Richou à la guitare et Quentin Andréoulis au banjo, elle nous fait plonger dans son univers où prime une vision onirique des choses de la vie.


« Dance me » - Labess

« Dance me » sonne comme une douce élégie inspirée du classique des années 80’ « Dance me to the end of love » du crooner Leonard Cohen. La reprise de Labess introduit des paroles en darja algérien et propose une nouvelle orchestration en faisant vibrer en symbiose la guitare, le banjo, l’accordéon et le cajon. C’est autour de Nadjim Bouizzoul (lead vocal) que le groupe Labess se cristallise. Nourri de ses racines algériennes, l’artiste pérégrine et s’ouvre au monde. D'Alger, au Québec puis Paris, il mature sa musique et la peaufine. Sa rencontre avec ses musiciens pose les jalons d’une aventure aux airs divers. Châabi algérois, flamenco ou encore de la rumba gitane pour le plus grand plaisir des fans du groupe.


« Sovaz » - Maya Kamaty 

Nous nous posons pour notre dernière escale sur l’Île de Groix pour (re) découvrir la plus badass des Réunionnaise de la Métropole, Maya Kamaty. En solo avec ses pads, elle nous propose un set « sauvage » du titre phare de son album éponyme. « Sovaz », qui signifie sauvage en créole, est né du besoin de libérer la parole, se rebeller et dire les choses tel quel - ce rap créole claque et cogne et fait sortir l’artiste de sa zone de confort. La musique de Maya est un savant mélange d’électro, de pop urbaine et de la musique maloya de l’île de la Réunion. « Toutes mes identités se fondent dans le créole et les thèmes que j'abordes peuvent parler à tous », précise-t-elle.

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27Jul

Le Chaabi est un genre musical algérien né au XX siècle á la Casbah d’Alger, l’emblématique médina historique de la capitale. Inscrite au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco depuis 1992, elle est caractérisée par sa structure urbaine établie autrefois sur une stratification sociale complexe (appartenances ethnico-religieuses et corps de métier)

Le Chaabi est un genre musical algérien né au XX siècle à la Casbah d’Alger, l’emblématique médina historique de la capitale. Inscrite au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco depuis 1992, elle est caractérisée par sa structure urbaine établie autrefois sur une stratification sociale complexe (appartenances éthnico-religieuses et corps de métier) évoluant sous le joug de la colonisation française. De ce brassage savamment codifié, un genre musical émerge : le chaabi qui signifie littéralement « le Populaire ».


La transgression du Cardinal

Le Chaabi a eu plusieurs bardes tel que Hadj Mrizek, Hssisen, Lili Boniche, Luc Cherki, Amar Ezzahi, Abdelkader Chaou ou encore Dehman El Harrachi mais El Hadj M'hamed El Anka demeure sans conteste sa figure la plus emblématique car il en est l’initiateur. Il était à peine âgé de vingt ans quand il hérita de l’orchestre et de l’aura de son maître Cheikh Nador, l’icône du Medh (sous genre de l’Andalou), décédé en 1926. Affranchi des diktats, El Anka puise dans le répertoire Andalou mais opère une réforme du genre en modifiant l’orchestration et introduisant de nouveaux instruments tels que la derbouka (instrument de percussion membraphone), et plus tard, la guitare, le banjo, el ney (flute en roseau), qanun, le violon et le piano et fit faire par le maître luthier Jean Bellido une mandoline sur mesure en rallongeant le manche, aplatissant la caisse et la dotant de 4 cordes doublées. Ainsi, la mandole algérienne est née et demeure son instrument de prédilection. Ces reformes opérées par El Hadj M'hamed El Anka lui valurent le sobriquet de Harras (le Casseur) mais c’est son surnom le Cardinal qu’on retiendra pour la postérité en référence à l’oiseau au plumage rouge écarlate et ramage exceptionnel ou selon une autre version, il est affublé de ce surnom suite à une cocasse anecdote qui ce serait déroulée en France :  un passant l’avait confondu avec un cardinal du clergé en raison de sa chéchia* rouge et l’avait salué en conséquence. En 1928, El Anka signe chez Columbia Records et rejoint la Radio PTT Alger. Ces deux moyens de diffusion contribuent à sa notoriété et la diffusion du genre. Plus tard en 1955, il intègre le Conservatoire municipal d’Alger en tant qu’enseignant du Chaabi. Avec une production artistique très prolifique, environ 360 qassida « poèmes » interprétés et 130 disques enregistrés, il demeure sans conteste « Cheikh el chouyouckh » (le Maître des maîtres). C’est grâce à son audace et sa transgression que le genre émerge á l’aune d’un contexte socioculturel en plein mutation. « Son interprétation quittait le pluriel anonyme pour la singularité du grand art. [] Sa musique éveillait des énergies jeunes et neuves. Elle participait à sa manière au fondement de notre personnalité nationale. » c’est ainsi que le gratifia son ami le poète, musicologue et ex-secrétaire général du Parti communiste algérien, Bachir Hadj Ali.


Contexte d’émergence

Considéré comme genre subalterne lors de sa genèse, le Chaabi s’est épanoui dans un premier lieu dans les salons privés et cafés maures de la Casbah avant de gagner en notoriété. Ces lieux hauts en couleurs où se mêle une population cosmopolite exclusivement masculine, ainsi, artistes et mélomanes se rencontrent laissant libre court à l’improvisation et réactualisant des corpus de la musique Andalouse et de la poésie lyrique du Melhoun (poésie maghrébine déclamé en darja* soutenue) modernisant de ce fait l’orchestration. Ainsi, ce genre musical serait, á proprement parler, une réinterprétation libre des musiques nord africaines dites classiques. De ce fait, le Chaabi rend compte de la réalité sociolinguistique et cosmogonique de la capitale d’Alger, qui est à l’image de l’Algérie foncièrement cosmopolite et multiculturelle. À l’instar de la musique Andalouse, le genre obéit à un système modal dont il empreinte les nouba (suites) et intègre des modes tels que le Sihli d’origine berbère qui serait une réminiscence et une réinterprétation du Nahawand persan. Ce n’est qu’on 1946, que ce genre se précise et se fait baptisé ainsi par l’essayiste et ex-directeur de l’Institut National de Musique d’Alger, feu Boudali Safir. C’est á partir de cette date que le genre quitte ses espaces traditionnels et connait la vraie scène professionnelle ainsi que le grand public. Durant les années 1970, le Chaabi connait un souffle nouveau grâce au musicien, auteur-compositeur Mahboub Bati qui fit évoluer le genre en introduisant la chansonnette et compose pour la nouvelle scène des titres désormais cultes : « El Bareh » (Hier), « Rah el ghali » (Il est parti mon précieux), « Sali trach qalbi » (Sonde mon cœur). Initialement chanté en langues maternelles maghrébines, le Chaabi est interprété en darja mais aussi en kabyle, dialecte tamazight de la région de la Kabylie. La figure la plus connue du Chaabi kabyle est sans conteste le doyen Cheikh el Hasnaoui. Installé à Paris en 1937, il incarna la voix de l’exil à travers ses chansons désormais culte : « Ya Noudjoum Ellil » (Etoiles de la nuit), « A lkas n lkas » (De verre en verre) et tant d’autres ont traversé plusieurs générations. Hasnaoui inspira des artistes kabyles tels que Sliman Azem, Lounes Matoub et Lounis Ait Menguellet.


La relève est assurée

Durant les années 1990, une nouvelle pléiade émerge. Kamel Messaoudi, qui incarne avec Meskoud, Reda Doumaz et Hamidou les voix emblématiques de cette période. Ils insufflèrent un style nouveau baptisé postérieurement le Néo-chaabi, qui tire sa singularité de l’usage de corpus plus contemporains et plus en phase avec les problématiques de la jeunesse. La musique de Kamel Messaoudi se veut une complainte d’une génération désabusée. Avec des titres intemporels comme « Echemaâ » (la Bougie) et « Ah Ya Dzaïr » (Ah Algérie), L’artiste introverti, enclin au spleen, devient un des symboles  de la génération des années 90’. Autre figure majeure de cette période est Réda Doumaz qui se distingue en introduisant le saxophone et conjugue le Chaabi au Jazz, à la musique classique occidentale et une kyrielle d’autres sonorités exotiques. Prolifique et en perpétuel recherche musicale depuis plusieurs décennies, il est un véritable électron libre dans le monde du Chaabi. Son album Yachari Dala (La Roue tourne), sorti en 2011, est un véritable « OVNI musical » et une véritable consécration de son génie. La démarche artistique de Réda Doumaz rappelle à un plus haut point l’essence même du Chaabi qui est à son sens : « Le fruit d’un amalgame heureux »  mais surtout un palimpseste qui conjugue divers « filiations depuis : l’héritage musical gréco-persan ; l’École classique arabe des ‘Udistes (Ma’bad/Ibrahim et Ishaq Al Mawcili/Al Kindi du VII-VIIIe siècle) ; l’École andalouse de Zyriab au VIIIe siècle ; l’École maghrébine ancienne de Ibn Bajja au VIIe siècle qui se déversa chez nous en Gharnati, Sanaa, Malouf, Hawzi et ‘Arobi » explique-t-il. C’est avec brio qu’il tente de dévoiler les secrets et contextes d’émergence du genre dans son émission- télé « les Arcanes du Chaabi », diffusée sur la télévisons algérienne. Si de nos jours, les puristes du genre tendent à le figer sur le plan sémantique et modal, il est important de souligner que ce patrimoine musical reflète, de par sa genèse, ses formes modales et ses textes, la diversité culturelle de l’Algérie. Devenu musique identitaire et populaire, le Chaabi a laissé une impression durable et pérenne au sein des cercles artistiques algériens contemporains. En 1997, il se diffuse à l’international grâce au succès planétaire du rockeur algérien Rachid Taha qui interprète « Ya rayah » de Dahman el Harachi. « Le choix de reprendre la chanson « Ya rayah », s’est naturellement imposé. Rachid s’intéressait particulièrement à ce que la diaspora algérienne en France écoutait et Dahman el Harachi est sans conteste l’une de ses voix les plus marquantes. Rachid Taha a su saisir et transmettre la force et la puissance de ce morceau dont il laissa l’orchestration originelle et renforce la rythmique savamment dosée, la reprise est désormais culte » confie le musicien Hakim Hamadouche à Music in Africa.


Ressources :1-  Nabila Oulebsir, Les usages du patrimoine : monuments, musées et politique coloniale en Algérie, 1830-1930, Paris, Les éditions de la MSH, 2004,
2- El Anka et la tradition "chaâbi" (1979) SAADALLAH, Rabah. El-Hadj M'Hamed El-Anka, Maître et rénovateur de la musique "chaâbi" Alger, La Maison de Livres, 1981
3- "El Anka et la tradition "chaabi"". In Annuaire de l'Afrique du Nord, XVII, 1978. Extrait. C.N.R.S.
4- Jaoudet Guessouma, Reda Doumaz, un génie du chaâbi algérois
       http://forumdesdemocrates.over-blog.com/2014/11/un-artiste-reda-doumaz.html(link is external)
5-    https://www.crasc.dz/index.php/fr/programme-2016/646-conf%C3%A9rence-du-...(link is external)
6-    https://www.youtube.com/watch?v=qBZzGUpXfd0&list=PLkO47wh82E7eXCEmT96YYI...(link is external)
7- Hakim Hamadouche, entretien accordé á Music in Africa , 09 septembre 2021
8- Reda Doumaz, entretien accordé á Music in Africa, 26 septembre 2021

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26Jul

Le 15 mai 2006 à Paris s’éteignait la Mama du Raï, Cheikha Rimitti. Malgré les années, la sulfureuse diva, figure tutélaire du raï, est toujours boudée par les officiels de son pays et, hélas, beaucoup d’intellectuels algériens.

Le 15 mai 2006 à Paris s’éteignait la Mama du Raï, Cheikha Rimitti. Malgré les années, la sulfureuse diva, figure tutélaire du raï, est toujours boudée par les officiels de son pays et, hélas, beaucoup d’intellectuels algériens.

Née Saâdia Bedief en 1923, à Tessala, région agropastorale de l’Ouest algérien, Rimitti grandit orpheline et connaît les affres de la pauvreté et des années de nomadisme en compagnie des musiciens de la confrérie populaire soufie el Hmadachia. Ballottée de village en village avec ses acolytes, elle fait la connaissance dans les années 40 du virtuose flûtiste Cheick Ouled Ennems et débute dès lors sa carrière de chanteuse. Se produisant principalement dans les cafés et cabarets, antres de la culture « underground » algérienne, elle vociférait « Rimitti, Rimitti ! ». Une déformation phonétique de « Remettez ! Remettez ! (un verre) » en s’adressant allègrement aux serveurs des bars. Ainsi, son sobriquet était né, et sa carrière lancée. En 1954, elle sort Charrak gatta, (Coupe lacère), un disque produit par Pathé. La chanson éponyme évoque subtilement le culte de la virginité. Outrageusement charnelle, sa musique défit la censure et célèbre l’amour, les étreintes interdites et le suave goût de l’ivresse. Des thèmes parfois à peine murmurés, mais qui détonnent dans une société qui prône un conservatisme puritain. Dans « Hak swalhek hak » (Prends mon nombril) elle va jusqu’à raconter ses ébats.

Prends mon nombril
Prends ton dû
Prends mon nombril
Prends ! Mon amour
Sur mon nombril, tu t’abreuveras de whisky
Prends ! Embrasse ! Prends ton dû
[  ] Prends, enivre-toi !  « Hak swalhek hak »
 
Quand le raï faisait échos à la Révolution algérienne

Durant la Guerre d’Algérie, sa voix se fait résistance en reprenant les chants populaires comme « Oued Chouly » en hommage à la bataille éponyme de 1956, où tomba le combattant Rais Benallal ou encore « Naouri ya ghaba w dargui el moudjahidine » (Luis, forêt ! et cache les Maquisards) et « Ya Ouled el Djazair » (Ô, enfants de l’Algérie). Elle reprend aussi le poème contestataire « S’hab el Baroud » (Les compagnons de la Poudre) de Houari Hanani. Ce texte subversif, écrit en 1931, est une ode aux résistants de la première heure et une réponse à l’ostentatoire commémoration du Centenaire de la colonisation française en Algérie. Au fil des reprises, hélas, le texte originel fut altéré par les raïmen contemporains.

Les compagnons de la poudre
Les compagnons de la poudre et de la carabine
Ils portent la poudre
Et ont allumé la mèche« S’hab el Baroud »


Les chants révolutionnaires produits avant et durant la guerre d’Algérie font partie intégrante de l’acte de résistance anticolonialiste. Mais réactualisés dans le contexte post-indépendance, certains chants patriotiques prennent alors des airs de propagande en véhiculant la vision totalitaire du FLN — Front de Libération National — devenu parti unique au lendemain de l’Indépendance, et qui ,pour mieux asseoir son monopole, exclut les diverses composantes d’une Algérie plurielle (dont l’amazighité, identité culturelle berbère). Des textes emblématiques comme « Hamat al majd » (Les cimes de la gloire), « Anchidou ya chabab » (Chantez), « Chaabou al Djazaïr Mouslimoun » (Le peuple algérien est musulman) ou encore  « Ya Chahid El Watan » (Ô, martyr de la patrie) incarnent l’expression d’une identité de façade inhérente aux valeurs du puritanisme Panarabe. À l’aune de cette dynamique dominatrice, Rimitti, qui a chanté la révolution se trouve, à l’instar de beaucoup d’artistes du terroir, exclue et occultée du champ médiatique algérien et son engagement pour la révolution négligé, voire dénigré. A-t-elle subi les affres de sa condition de femme libre ? Ou est-ce sa ruralité qui a valu le mépris de la bourgeoise citadine ? Ladysou Al’Uzza et Madame H, les deux protagonistes toulousaines d’origine algérienne, qui ont décidé de mettre à l’honneur la chanteuse dans leur Nina Rimitti Project, expliquent « Rimitti est honnie, encore de nos jours, par les Algériens y compris ceux de la diaspora du milieu bourgeois. Elle est pour nous un modèle de femme libre et farouchement révolutionnaire. Elle est notre matrimoine. Faire coexister deux icônes telles que Nina Simone et Rimitti et les fédérer autour d’un projet musical est un vibrant hommage que nous rendons aux femmes rebelles qui prêchent la religion de l’amour ». Et de conclure : « la sulfureuse image de Rimitti prime, dans l’imaginaire des étriqués et puritains et fait oublier à plus d’un, son génie musical, la structure de ses chansons et la force de sa voix. »

 

En 1964, Rimitti brille par son absence lors du Colloque national sur la musique algérienne qui s’est tenu à Alger. Elle cristallise le déni que l’État voue aux anticonformistes. Il est vrai qu’avec ses tatouages éthniques amazighs, son franc-parler et sa musique qui suinte le foutre et le foin, elle contraste avec la pensée unique officielle. À sa sortie des geôles du pouvoir en 1965, un autre oublié de l’Histoire, le poète Bachir Hadj Ali rendit visite à son amie Rimitti et augura à la Diva et son raï un prospère avenir. Opposant au régime et secrétaire communiste au sein du PCA (Parti Communiste Algérien) l’auteur de la thèse « Qu’est-ce qu’une musique nationale ? », officielle, avait vu juste. En 1978, Rimitti s’installe en France et sa musique transcende les barrières culturelles et rayonne. En 1994, c’est l’année de tous les succès, l’album Sidi Mansour invite une pléiade de rock stars : Flea, le bassiste de Red Hot Chili Peppers, Robert Fripp et East Bay Ray de Dead Kennedys. Rimitti est propulsée sur la scène internationale. Ses nombreux albums : de Ghir al Baroud (1996), à N’ta Goudami (2005) en passant par L’étoile du Raï (2001) sont très bien accueillis par le public occidental. Sa chanson « Nghni kima nbghi » (Je chante comme je veux), résume sa philosophie.

Laissez-moi chanter comme je veux
Le ghiwen et le guellal sont nés le même jour
Laissez-moi chanter
J’ai appris le jeu de la gasba jeune
Laissez-moi chanter comme je l’entends
Laissez-moi chanter comme je l’entends« Nghni kima nbghi »

Rimitti a vécu affranchie. Libre des diktats. Libre de chanter. Libre d’aimer. Elle est la digne héritière des Cheikhates, figures féminines controversées de la culture populaire algérienne, vaillantes poétesses qui professaient la religion de l’amour, n’en déplaise au patriarcat. 


Initialement publié sur Pan African Music

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26Jul

L’artiste belgo-nigérien Aboubacar Anana Harouna (aka Anana Kel Assouf), lauréat des Octaves de la Musique en 2017 et 2020 et leader du groupe Kel Assouf raconte à PAM son Niger natal, sa musique et son engagement. Interview.

L’artiste belgo-nigérien Aboubacar Anana Harouna (aka Anana Kel Assouf), lauréat des Octaves de la Musique en 2017 et 2020 et leader du groupe Kel Assouf raconte à PAM son Niger natal, sa musique et son engagement. Interview.

Après des années de nomadisme dans l’Aïr, vaste aire historique où vivent les Touaregs du Niger, le jeune Anana s’installe à l’âge de neuf ans avec sa famille à Agadez. Enfant du Ténéré, il est, très jeune, bercé par la musique Ishumar, style musical contestataire dont les mythiques Tinariwen furent les premiers (guitar) héros. Une musique née dans les camps d’entraînement en Libye qui deviendra la bande de la rébellion touarègue du début des années 90, circulant (parfois sous le manteau) sur des cassettes qui voyagent entre le Mali, le Niger et l’Algérie… ils deviennent la figure emblématique et les porte-parole de la Tumast* (peuple, nation en tamasheq) touareg. En 1993, Anana est contraint à l’exode et rejoint les camps d’entraînement en Libye où il manie à son tour la kalachnikov et la guitare, à l’instar de plusieurs groupes comme Tumast, puis s’installe dans l’Ahaggar (sud-est de l’Algérie), autre région historique touarègue, où il côtoie les Tinariwen et Badi Lalla, la diva de l’Ahaggar, doyenne algérienne du tendé* (mortier converti, à l’aide d’une peau, en percussion. Le mot désigne par extension un genre de musique joué pendant les fêtes, NDLR). C’est en Algérie, à Bordj Baji Mokhtar, région limitrophe du Mali, qu’il donne son premier concert. Après plusieurs séjours en Europe, il s’installe en Belgique en 2006, et débute dès lors sa carrière internationale avec son groupe, Kel Assouf. Le Niger et la culture des Kel Tamasheq (le nom que se donnent eux-mêmes les Touaregs) demeurent au cœur de leur musique, et de leurs préoccupations. Surtout en ces temps troublés. 


Vous êtes installé en Belgique depuis quelques années, quels liens entretenez-vous avec les proches restés au Niger ? 

Je vis en Belgique depuis 15 ans, mais je n’ai jamais oublié d’où je viens. « Je suis né avec du sable dans les yeux », disait Mano Dayak, le grand leader des Kel tamasheq, fils de l’Aïr comme moi. Je viens d’Agadez, une des villes emblématiques du désert, une très belle région qui se trouve aujourd’hui malheureusement coupée du monde depuis 2010 et désormais classée « Zone rouge » par le Quai d’Orsay comme le reste du Niger depuis les sinistres évènements du mois d’août dernier (six Français et deux Nigériens avaient été tués par des terroristes à Kouré, NDLR). Nous espérons un retour à la vie normale, et nous œuvrons en ce sens : j’ai adressé une Lettre ouverte au président Emmanuel Macron afin de reconsidérer cette décision. Le tourisme, étant un vecteur clés pour l’épanouissement économique de la région, il est important de pacifier la région au lieu de la bannir, cela ne fera qu’accentuer l’insécurité et le taux de chômage, ce qui aura des effets néfastes sur la région.

 

Votre troisième album Black Tenere est aussi engagé que les deux premiers. Qu’est-ce qui fait sa spéficicité ? 

Black Tenere est un album qui évoque l’Histoire de la région, qui se trouve être pétrie de luttes depuis l’époque coloniale. Il relate les exploits de nos ancêtres qui ont résisté face au colonialisme, mais se veut aussi contemporain par rapport à la situation géopolitique actuelle au Sahel. Black Tenere est un hommage à la Tumast, le peuple tamasheq qui souffre de plus en plus de la misère suite à son isolement géographique et socioéconomique. Sorti en 2019, l’album se veut la continuité des deux premiers, un état des lieux acerbe défiant la censure. 


Quel message véhicule votre musique ? 

Ma musique promeut la paix, l’amour et revendique une justice sociale pour les sans voix du Sahel, ceux qui sont loin des médias, ceux qui vivent un quotidien difficile dans le désert aride, confrontés au manque d’eau, à la sécheresse et aux manques soins médicaux. Ma musique est un hymne à la vie et à la résilience.


Initialement publié sur Pan African Music

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26Jul

Alger nooormal est la bande sonore qui accompagne un livre éponyme désormais devenu culte. Tous deux racontent – des années 60 aux années 2000, la capitale algérienne dans tous ses états, donnant la parole aux chants de ses habitants. Les gens normaux. Pardon, nooormal !

Alger nooormal est la bande sonore qui accompagne un livre éponyme désormais devenu culte. Tous deux racontent – des années 60 aux années 2000, la capitale algérienne dans tous ses états, donnant la parole aux chants de ses habitants. Les gens normaux. Pardon, nooormal !

Mohamed Ali Allalou et Aziz Smati, deux icônes de la pop culture algérienne sont les deux fils rouges d’Alger nooormal. Ces deux Enfants terribles de la radio algérienne, comme aiment les surnommer leurs homologues, respectivement animateur et producteurs d’émissions cultes comme Contact et Bled Music, incarnent la complexité d’être algérois, car Alger, voyez-vous, est une balade onirique et kafkaïenne qui happe ses habitants et ses visiteurs. Dans leur quête de déceler le beau, l’authentique et le pittoresque dans une ville en mutation, ils nous font découvrir la mosaïque polyphonique qui traverse la ville et sa mémoire ponctuée de chansons, de passages radiophoniques, de discours politiques et de vers de poésie que le journaliste Aziz Yemloul qualifie de « support hybride où toutes les lectures sont possibles, y compris les plus triviales et les plus poignantes ».

Alger nooormal, montage vidéo Aziz Smati 

Au fil de cette compilation qui accompagne le livre éponyme, né de la collaboration du photographe français Jean Pierre Vallorani et de la plume de Mustapha Benfodil, journaliste auteur algérien, nous découvrons les histoires sonores d’Alger. À commencer par celle d’« Ana Touiyri mesrer – mon oiseau est joli », un classique du hawzi algérois chanté par Fadila El Dziriya, la diva des années cinquante qui ouvre le bal d’Alger nooormal. Elle incarne le raffinement et le « Fine Amor » sauce algéroise « Mon oiseau est supérieur aux autres, je suis éprise de lui, il est beau et joli, ô que je suis fière de lui. » Cette douce mélopée qui emprunte l’imagerie désuète du patio et de l’odalisque folklorique de la Casbah (vieille médina d’Alger) est transcendée dans le disque par des chants de propagande révolutionnaires et le discours du feu président Houari Boumediene qui cristallise l’apogée du chauvinisme algérien et de l’arabo-baathisme, une idéologie totalitaire panarabe post-indépendance qui nie les particularités intrinsèques d’une Algérie africaine. Tout au long du voyage musical, les chantres du châabi sont à l’honneur. Ce genre musical, très prisé à la capitale, apanage des puristes tels que El Hadj El Anka, Abdelkader Chaouu, Mustapha Toumi, Ammar Zahi, Kamel Messaoudi ou encore Abdelmadjid Meskoud qui, en chantant « Edzayer ya assima — Alger la Capitale », exprime cette douce complainte des nostalgiques algérois : « Alger, la capitale, tu vaux cher à mes yeux, ton amour en moi demeure jusqu’à la fin des temps – ton aura a été gâchée par les arrivistes. Où est cette Alger mystique ? pays de Sidi Taâlibi (saint patron d’Alger), pays de Barberousse et de Sidi M’hamed (deuxième saint patron de la ville) — Dites-moi où sont les fils de la Joyeuse, dites-moi où sont les enfants d’Alger ?  »

El Gusto feat Abdelmadjid Meskoud – Ya Dzayer ya El Assima (nouvelle version)

Cette Alger pittoresque cède la place à d’autres réalités plus acerbes et contemporaines. Celles de la génération post-octobre 88, une date charnière dans l’histoire contemporaine algérienne qui a vu naître des groupes comme de Bnet Lebled, Hamma Boys, Gnawa Diffusion et Intik. En octobre 1988, Mohamed Allalou avait quitté la radio algérienne après avoir été censuré. « Bonjour ! Aujourd’hui, c’est mon anniversaire et je démissionne de la radio ! » annonce-t-il allègrement. S’ensuivent des années d’exil pour Allalou et son acolyte Smati qui est victime d’un attentat qui le laisse paraplégique. Tous deux quittent l’Algérie en 1994, suite à la vague meurtrière des assassinats de journalistes et d’intellectuels algériens. L’Algérie connaît alors sa pire période post-indépendance et cela transparaît au fil de sa bande sonore. Les vers du poète de la Révolution algérienne Mufdi Zakaria (mort en 1977 en exil suite à ses désaccords avec le pouvoir) sont mixés à la chanson des MBS (Micro Brise le Silence), groupe de musique contestataire algérois, un flash info de la radio annonce l’assassinat du professeur Boucebci, psychiatre de renom. C’est le chaos ! Et la jeune scène musicale des années 90 interroge, accuse le pouvoir en place, corrosive et virulente. Elle devient la vox populi, celle des jeunes et des laissés pour compte. Alger nooormal exhume aussi des passages radiophoniques éclectiques pour traduire toute la sensibilité de ses créateurs comme celle de l’architecte Jean-Jacques Deluz et du poète et acteur Himoud Brahimi, et donne aussi la parole à des personnages politiquement incorrects comme la triviale Monique, une vielle prostituée de la Casbah. Alger vue par ses habitants, sans chichi sans artifices : nooormal quoi ! Nooormal, malgré les années du plomb et celles de braise, nooormal envers et contre tout : le colonialisme, le terrorisme et le capitalisme sauvage. Nooormal est un leitmotiv, un credo, une philosophie, un spleen optimiste et une résilience qui n’existent que chez les Algérois.


Initialement publié sur https://pan-african-music.com/


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26Jul

Vingt-cinq années après son assassinat à Oran, le chanteur algérien et icône du « rai love » suscite de nos jours encore de vives émotions, une immuable adoration et beaucoup de respect. Symbole de résistance, il reste vivant dans le cœur des Algériens.

Vingt-cinq années après son assassinat à Oran, le chanteur algérien et icône du « raï love » suscite de nos jours encore de vives émotions, une immuable adoration et beaucoup de respect. Symbole de résistance, il reste vivant dans le cœur des Algériens.


 De la Guinguette au stade du 5 juillet 

Natif de Gambetta, le quartier populaire mythique d’Oran, ville de l’Ouest algérien, Hasni grandit au sein d’une famille modeste et conservatrice. Après un bref passage au club l’ASMO de sa ville, il abandonne ses projets de devenir footballeur professionnel suite une blessure, et bien qu’il ne se prédestinait pas à une carrière musicale, c’est au gré d’une fortuite rencontre que débute son aventure.

Lors du mariage de son frère, il interprète le classique oranais « El Mersem », et se fait repérer par Kada Naoui, le propriétaire du cabaret la Guinguette à Oran. Ce lieu pittoresque et trivial, riche en couleur et en sonorités, est fréquenté par de nombreux promoteurs de spectacles. 

Une seconde rencontre le propulse ensuite hors des murs des cabarets, celle de Mohamed Saint-Crépin qui produira son premier album en 1986. Hasni signe trois duos avec la sulfureuse star oranaise Cheba Zahouania : « Derna l’amour fi Beraka meranika » (On a fait l’amour dans une baraque délabrée), une chanson très suggestive qui relate une torride étreinte dans une baraque abandonnée, « Bouya ya Bouya » (Père ö mon père) et « Zerga Galbi Bghak » (Je t’aime ma brune), mais c’est sans conteste sa chanson de « Tal ghyabek ya ghzali » (Ton absence perdure, ö ma gazelle) qui contribuera à sa renommée.

L’imagerie autour de l’œuvre de Hasni est ancrée dans un imaginaire de Spleen à l’oranaise : el ghorba (l’exil), le visa, l’amour meurtri, le dilemme amoureux, l’adultère et le sexe. Un sujet sensible que le chanteur a exploité sans tabou ni fioritures. C’est bien là le génie de Hasni, une hypersensibilité assumée et des textes accessibles. De là, un genre nouveau est né « le raï love » ou le raï sentimental. Hasni réussit un pari fou, celui de pénétrer les foyers et de titiller les puritains. Le raï se démocratise.
 


Reportage Beur FM 1994


Le succès au rendez-vous, Hasni enchaîne les hits et produit 150 albums en huit ans ! Un recordman jamais détrôné à ce jour. Son dernier concert en 1993 lors de la célébration de la fête de l’Indépendance et de la Jeunesse, le 5 juillet au stade éponyme à Alger, a réuni plus de 150 000 spectateurs. Alger étant sous couvre-feu, le concert se poursuit jusqu’à l’aube sous haute surveillance. Programmé en dernier, le passage de Hasni a déchaîné les passions. Il chante l’amour sous couvre-feu et clôt son spectacle avec « Mazal kayen l’espoir » (il y’a encore de l’espoir), le message est clair.

Un symbole étant né, celui d’un messager de paix et de liberté durant ces Années Noires où chanter l’amour, l’écrire et le clamer est passible de mort. Car durant cette période (1991-2002), l’Algérie a connu une terrible vague de violences sans précédent depuis l’indépendance. Les artistes, écrivains et acteurs socioculturels ont été parmi les premières cibles des organisations terroristes de  l’Armée islamique du salut (AIS). Beaucoup furent contraints à l’exil. L’assassinat de Hasni le 29 septembre 1994 prend les airs d’un baiser de Juda : proche de ses fans, il se laisse approcher… et meurt d’une balle dans le cou, l’autre dans la tête.
 





 La postérité 

Il est des pertes incommensurables pour l’Algérie qui a tant perdu durant la Décennie noire. Celle de Cheb Hasni a plongé la joyeuse ville d’Oran, à l’instar du reste du pays, dans un sinistre climat du deuil. Premier chanteur assassiné durant cette période, il est désormais affublé d’un nouveau surnom, El Marhoum (celui qui a reçu la miséricorde divine) : une périphrase habituellement usitée pour désigner un défunt qui est devenue, pour lui, un nom propre.

L’on raconte que des mois durant, sa voix — à travers ses cassettes — résonnait encore, en écho, dans toutes les villes. Les jeunes erraient en voiture sans but, son à fond, défiant les islamistes. Hasni devient un acte de résistance en soi, un symbole de lutte contre l’intégrisme. De son vivant et longtemps après sa mort, il aura bousculé les codes. Lors de son enterrement, les femmes prennent part au cortège funèbre et l’accompagnent au cimetière, un acte proscrit dans la loi canonique musulmane.

« Il a été le plus grand chanteur de la jeunesse avec Matoub. Les deux ont galvanisé les foules, pour moi ils restent les seuls, uniques », explique Fella Khelif, de l’agence culturelle Ifrikya Roots. Étrange corrélation, car l’un est apolitique et l’autre ne l’est pas. On dira sur Hasni que c’est un artiste intrinsèquement oranais « avec ses gestes, sa mal-vie et son apolitisme ». Sa résistance à l’intégrisme est une sorte de punk attitude, couleur rose dragée.

Hasni est célébré par ses fans à travers le monde. À Paris, en 2017, le #HasniDay, est initié par le franco-marocain Mohamed Sqalli qui a réuni des artistes maghrébins : parmi eux Sofiane Saïdi, Kenzi Bourras, Sarah Benabdallah et Mohamed Lamouri ainsi que DJ Glitter ou encore Melek Zertal et le designer Nassim Riad Azarzar. Il obtient la même année la médaille du mérite national à titre posthume par décret présidentiel algérien. 

« Mon premier souvenir de Cheb Hasni était lors de la marche au Front de mer d’Oran à l’annonce de sa mort », confie Faiza Lellou, qui avec l’association Wah-Wah Prod travaille à perpétuer la mémoire du raï à Oran et Paris. « J’avais trois ans à cette époque et j’ai le souvenir que mon grand frère me portait sur ses épaules. Cheb Hasni est un personnage fascinant et sa mort traumatisante a bouleversé l’Algérie. Pour moi, le vrai raï est mort avec Cheb Hasni mais c’est aussi à travers sa mémoire que le raï est encore vivant aujourd’hui. Après 25 ans, on peut dire que Cheb Hasni est comme le vin, il se bonifie avec le temps. Il aura représenté le raï love et l’amour de son pays. À ce propos, dans une interview, un ami proche à lui disait « Hasni est le psychologue de tous les Algériens. » Personne ne l’a remplacé.

Hasni n’a pas d’alter ego dans le cœur des Maghrébins. En Algérie, au Maroc et en Tunisie, il reste El Marhoum adulé. 25 ans après sa mort, il est aussi le plus écouté. Car il est un âge où on rencontre inévitablement Hasni, l’âge des premiers amours et premiers chagrins. 

Leila Assas



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29May

Idir, le chanteur-monument algérien est décédé ce samedi 2 mai à Paris, suite à une longue maladie. En quarante ans de carrière, il aura été l’incontournable héros de la musique kabyle, et un apôtre de la diversité.

Idir, le chanteur-monument algérien est décédé ce samedi 2 mai à Paris, suite à une longue maladie. En quarante ans de carrière, il aura été l’incontournable héros de la musique kabyle, et un apôtre de la diversité.

Pour de nombreux algériens, c’est un « vava », un père. « Ce n’est pas un chanteur comme les autres. C’est un membre de chaque famille » disait le sociologue Pierre Bourdieu.  
Enfant de la Kabylie né en 1949 près de Tizi-Ouzou, il grandira bercé par les chants de son terroir. « Dès mon enfance j’ai écouté ma grand-mère et ma mère qui étaient des poétesses. (…) De la Kabylie, du Moyen-Atlas ou du Haut-Atlas, n’importe quel écolier de ces espaces était un berger potentiel » confiait-t-il à Mohammed Habib Samrakandi dans la revue Horizons Maghrébins. Il poursuivait : « Avec l’avènement de la radio – l’introduction du transistor dans le village – tu reçois de la musique de l’extérieur. Tu fais ton choix et tu fixes tes désirs. C’est ainsi que j’ai rencontré de la musique de la Bretagne et du Maroc- que ce soit l2es Gnawa ou les Shleuh ou la musique du Rif (…) Le groupe marocain Nass El Ghiwane avait révolutionné la chanson populaire, surtout le texte. Les collégiens que nous étions déchiffraient leurs textes pour comprendre le sens caché.»

Un fils de berger né pour rassembler

En 1973, ce géologue de formation et musicien amateur interprète « A Vava Inouva » (Ô mon père Inouva) à la radio algérienne. Presque un hasard, puisqu’il remplaçait alors la chanteuse Nouara pour laquelle il avait écrit cette chanson, une douce ballade inspirée d’un conte kabyle. Alors qu’Idir effectue son service civil, sa chanson pérégrine et son succès dépasse les frontières de son pays. Deux ans plus tard, à la faveur de ce succès, il s’installe en France et sort son premier album qui porte le nom de sa chanson totem, celle qui le révéla : « A Vava Inouva ». En 1979, il sort « Ay Arrac Ney » (Et les jeunes). C’est en fin mélomane rattaché à ses traditions mais ouvert sur le monde qu’il se révéla au fil de sa carrière. Après 10 ans d’absence, il est de retour avec un album Les chasseurs de lumières (1993). Puis se succèdent – sans se presser – Identité (1999), Deux rives, un rêve (2002) et La France des couleurs  (2007), un album qui arrive au cœur de la polémique électorale sur l’immigration. En 2013, il signe Idir puis Ici et ailleurs (2017). Son oeuvre dessine une odyssée amazigh faite de complaintes allégoriques pétries de ses diverses influences, exprimant toujours ses thèmes de prédilection : l’exil, l’identité, les traditions, la nostalgie et la résilience que l’on retrouve dans l’imagerie tamurt (la terre patrie). Ainsi « Tagrawla » (La guerre, 1976) rendait hommage à ses ainés, « ses paysans guerriers », augustes gens rattachés à leur terre, maintes fois malmenés par la guerre. Ce rassembleur aimait convier, au fil de ses chansons et albums, des chanteurs d’horizons différents : Akhenaton, Tiken Jah Fakoly, Daniel, Guizmo, Tryo, Oxmo Puccino, Francis Cabrel, Patrick Bruel, Charles Aznavour et Henri Salvador. « Voilà des années que nos chemins se croisent et que nos voix se mêlent, mélangeant les cultures et les influences pour défendre la France des couleurs que tu chantais si bien » exprimait le groupe Tryo sur les réseaux sociaux suite à son décès.


Un artiste engagé 

Sa musique, foncièrement engagée, fut le vecteur d’un combat identitaire et pacifique  pour la reconnaissance de la culture amazigh, entamé dès les années 70. Elle transcende la Kabylie et résonne dans toutes les régions de culture berbère, du Rif marocain aux confins du Sahel. Idir, cette force tranquille, cet homme qui « élève la voix, sans hausser le ton », exprime sans équivoque ses engagements pour une Algérie plurielle et une France multiculturelle. Il a, toute sa vie, combattu ce paradoxe algérien : ce pays révolutionnaire, qui a accueilli Fidel Castro « le Che » et Arafat, est le même qui n’a cessé de nier les identités séculaires de son peuple. Son boycott de la scène algérienne institutionnelle ne prendra fin qu’en 2018, à l’occasion de la reconnaissance officielle de « Yannayer » le nouvel an amazigh. Il revenait alors jouer au pays après 38 ans d’absence. Un an plus tard, le régime de Bouteflika vacille, et la jeunesse algérienne entame sa « révolution du sourire ». De quoi le remplir de joie et d’espoirs, et assurer au mouvement son soutien. « Je vois partir les uns après les autres les derniers piliers de notre culture et de notre patrimoine. Taos Amrouche, Slimane Azem, Cherif Kheddam, Djamel Allam, Matoub Lounès et aujourd’hui Idir », confie l’artiste Djurdjura à PAM. En plus de 40 ans , Idir et moi avons partagé beaucoup de scènes, nous nous sommes souvent retrouvés dans les manifestations pour défendre nos valeurs. Combien de printemps berbères avons-nous fait ensemble !». Idir s’en est allé en ce printemps, tandis que le monde est confiné. Libre jusqu’au bout, comme un fils de berger.

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