26May

Sa liberté dérobée, puis vraisemblablement retrouvée, l’esclave affranchi des oasis Sahariennes, se trouve aujourd’hui, au purgatoire de sa condition. Souvent représenté khôl aux yeux, et thé à la bouche, parfois attaché à la scelle d’un méhari, galopant fièrement entre passé et présent, il a longtemps nourrit de sa sueur, l’encrier des orientalistes et officiers colons.

Sa liberté  dérobée, puis vraisemblablement retrouvée, l’esclave affranchi des oasis Sahariennes, se trouve aujourd’hui, au purgatoire de sa condition. Souvent représenté khôl aux yeux, et thé à la bouche, parfois attaché à la scelle d’un méhari, galopant fièrement entre passé et présent, il a longtemps nourrit de sa sueur, l’encrier des orientalistes et officiers colons.

Dépossédé de l’héritage de ses aïeuls, son sobriquet représente de nos jours, un ethnonyme qui fait office d’un titre d’affiliation. N'etant pas un groupe social homogène, la généalogie des haratines reste controversée.

Le terme hartani, (au pluriel haratins لحراطين) : souffre d’une connotation négative; et il  est utilisé pour désigner les descendants d’esclaves affranchi en Algérie, au Maroc, au Sahara occidental, au Sénégal, au Mali et en Mauritanie.

L’étymologie de ce vocal est nuancée. La racine du mot : el Harate, désigne en arabe classique celui qui cultive la terre, mais el hartani représente également l’affranchi, sorte de vernaculisation du terme "Hor tani" :  l’homme libre de second rang; en opposition au cherif : le noble. Il incarne donc la main d’œuvre, mais aussi l’esclave qui fut l’objet de commerce et d’échanges sud – nord,  ainsi qu’un signe ostentatoire de richesse, pour ceux qui pouvaient en disposer. 

Le hartani ne peut se prétendre appartenir à la noblesse féodale en opposition au cherif ( le noble ) ou au m’rabet (propriétaires des terres, et gestionnaires des zaouias). A l’origine, les chorfas se recrutaient exclusivement parmi les population arabes (ou prétendues comme telles), par la suite, le statut du chérif, sera attribué au m’rabtine afin de les « anoblir » .


La controverse de la traite des hommes 

La  configuration sociale totalitaire repose sur des règles sciemment codifiées; en ce sens, les castes sont préétablies selon les lignées et statuts des hommes, au sein de la société. Reposant sur un système féodale, les tâches jugées « ingrates » telles que : la culture de la terre, l’entretien de la jennan (jardin), le récurage des foggaras (puits souterrains), ainsi que l’entretien de la tente pour les populations nomades, sont prises en charge par les esclaves.

La restructuration du système social durant l’époque coloniale octroie aux esclaves affranchis un nouveau statut, et donc une nouvelle fonction : celle du métayage de la terre ou de  l’eau.

Il existent divers hypothèses sur l’origine de l’appellation des Haratins, selon lesquelles, elle désignait initialement les descendants des Bafours : un peuple agropastoral, vivant dans la région avant l’arrivée des Berbères, et seraient par ce fait autochtones de la région du Sahara; d’autres affirment qu’ils seraient descendant de Gétules et d’Ethiopiens. Enfin, le terme renvoie de nos jours, aux descendants d’esclaves déportés du sud de l’Afrique occidentale, car durant  l’ère musulmane, l'on connut de successives vagues de déportations d’hommes issus des peuples Peuls, Soninkés, Bambaras et Wollofs; et cela depuis le Tchad, le Niger, et le Mali, vers  les oasis occidentales ainsi que les royaumes du Maghreb et d’Andalousie .

Ce  n’est que dans une Algérie poste coloniale que la condition humaine des haratines fut réformée. Le hartani devint Khammas : c’est-à-dire qu’il n’est ni propriétaire de l’ eau, ni de la terre.Tributaire de l’aléatoire, il bénéficie du cinquième de la récolte; et même s’il n’est plus tenu d’accomplir les tâches ménagères, il souffre des  contraintes liées aux conditions de son métayage, qui l’assujettissent  à une nouvelle forme de servitude .

La controverse sur l’abolition des esclaves subsistent encore de nos jours en Mauritanie.

 Leila Assas


Bibliographie :

  • Ibn Khaldoun, trad. Vincent Monteil, Discours sur l’histoire universelle. Al-Muqaddima (tome I), éd. Commission
  • Ibn Khaldoun , Prolégomènes (à l’histoire des Berbères ) ,trad, Slane , Paris , 1852
  • CF .Stépahne Gsell , Histoire ancienne d’Afrique du nord , 8 vol , Paris Hachette , 1913
  • Citation de Nadir Marouf , Lecture de l’espace oasien  , passé et présent des oasis occidentales (Algerie) , Barzakh , Alger  , 2013
  • Ouled Saleck El Arby , Les Haratin comme enjeu pour les partis politiques en Mauritanie , Journal des Africanistes Revue Persée . Volume 70 , 2000

Initialement publié sur Babzman

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26May

Je me représentais Tindouf telle une terre aride et peu hospitalière, Tindouf cette région déplaisante peuplée de militaires et sujette à risques, et rixes entre l’Algérie et le Maroc.

Je me représentais Tindouf telle une terre aride et peu hospitalière, Tindouf  cette région déplaisante peuplée de militaires et sujette à risques, et rixes entre  l’Algérie et le Maroc. 

Invitée à  partager l’intimité de Baybou, j’etais loin d’imaginer  toutes les richesses matérielles et immatérielles que recèlent la région. Fervente  doyenne de la tribu Reguibets (une faction Sanhadje qui parle un dialecte arabe : le hassaniyya  et qui se réclame de descendance  chérifienne du rite malékite), mon hôtesse me narre  le passé glorieux de ses aïeux évoluant entre la  Mauritanie, l’ex-Sahara espagnol, l’Algérie, et le Maroc. Ainsi, autrefois nomades chameliers, guerriers et  pillards, les reguibets s’établissent à Tindouf  et cohabitent bon gré mal gré  avec la puissante  tribu des Tadjakant .


 Siga, ou l’art de la nonchalance :

Contrainte à la sédentarisation lors de mon séjour, je fus agréablement surprise de constater que la maison de mon hôtesse se caractérisait par un style hybride : étrange compromis entre l’habitat sédentaire et nomade. Au patio de la demeure de Baybou, siga1une tente est installée, à l’intérieur de laquelle on découvre un véritable musée miniature dédié à la culture du Sahraoui : tapis, vannerie, costumes, bijoux, ornements et instruments de musique sont exposés. Nous passions toutes nos après-midi dans cette tente, où  je découvre le plaisir inouïe de la sieste et surtout d’un jeu de de société d’un genre nouveau pour moi, Siga .

Baybou, zahoi et khouita, mes hôtesses et partenaires de jeu m’expliquent les règles :

Deux adversaires, ou deux équipes tracent sur un tas de sable, vingt trous où sont disposés des pions de deux couleurs distinctes, ce sont généralement des charbons et des pierres. Huit bâtonnets dont les faces ont été différemment marquées des deux cotés, sont agités, puis lancés par terre; s’en suit  la lecture du jeu qui  détermine le déplacement des pions.Si nous avons un, ou deux ou trois bâtonnets sur huit, le jeu est nul (hmar ) âne. Quatre bâtonnet, on fait passer le tour à l’équipe adverse. Cinq bâtonnets tombent à la même face nous avançons d’un pion. Six et sept  bâtonnets, nous avançons de deux pions. Si les huit bâtonnets tombent sur la même face, c’est une baguerra (vache), il s’agit du coup gagnant, et nous pouvons placer notre pion où nous le désirons, le but du jeu, étant d’éliminer les pions de son adversaire.

Mauvaises joueuses, mes trois amies  s’agitent  gaiement, les gestes et le propos plein de démesure. Une prière ou une incantation est récitée  avec emphase pour que la main de l’adversaire fléchisse. Il faut savoir que la tricherie et la fourberie ( théâtralisés) sont les mots d’ordre du jeu ; le tout, ponctué d’un soupçon de malice; et à peine distraite ou le dos tourné, qu’un pion peut être frauduleusement déplacé, s’ensuit dés lors et d’une manière théâtrale : insultes, menaces, injures et jérémiades.

Une partie de Siga peut durer des heures voire des jours, et peut être interrompue et reprise plusieurs jours après. Les parties enchaînent  à volonté, des adversaires vont et viennent s’interchangent. J’ai eu la main chanceuse, parait t il, la chance du débutant sans doute…https://www.babzman.com/wp-content/uploads/2014/10/siga2.jpg

 « Le jeu et le divertissement occupent une place prépondérante dans de nombreuses civilisations. Pourtant, les historiens se sont longtemps détournés de son étude, sans doute en raison de son caractère peu sérieux, voire improductif ».Depuis l’antiquité, le jeu  prend part dans la vie  sociale des concitoyens ; « le jeu est une tâche sérieuse » comme le souligne  Johan Huizinga ,  historien néerlandais auteur de l’œuvre , Homo Ludens – Essai sur la fonction sociale du jeu.  
Notons  que durant l’antiquité  gréco-romaine, les jeux, appelés les ludi  disposaient  d’un calendrier et évoluaient entre  divertissements ludiques et enjeux politiques. Le jeu serait  ainsi l’expression éloquente de la place d’un individu à l’intérieur de sa société.


 La dimension sociale du jeu Siga:

En faisant remarquer à mon hôtesse que le patronyme de la tribu Reguibet est au féminin; cette dernière m’explique qu’autrefois, le reguibi, parcourait des kilomètres et des kilomètres conduisait son troupeau à la recherche de pâturage, pendant que la femme se voyait confier la charge de l’entretien de la tente, de l’éducation des enfants, et de la prise en charge des esclaves; devenant ainsi la maîtresse incontestable de sa maison, et de sa vie. Fières et imposantes, Baybou , Khouita et Azza incarnent en ce sens, toute la symbolique de la  société matriarcale saharienne.

Je  remarquais que les enfants ne prenaient jamais part à Siga. Ainsi, pendant que nous nous préparions à reprendre la partie,  la petite fille de Baybou âgée de quatorze ans se chargea de préparer le thé ainsi que notre déjeuner, et se proposa aimablement d’orner mes mains de henné. On m’expliqua alors, que le jeu est considéré pervers eu égard à son côté compétitif, mais surtout en Sig2tant que future épouse, elle doit se préparer à sa condition à venir, en s’attelant au tissage de la tente, ainsi qu’à la préparation de son trousseau. Ce sont là, ses principales tâches et c’est ainsi  que le cycle de la vie est jalonné. Une fois adulte,et mère à son tour, la maturité lui procurera prestige et avantages, et c’est à ce moment là que la femme  reguibi peut se délester de sa responsabilité et s’adonner à des activités fort agréables et plaisantes telles que : la sieste, la musique… Et elle pourra enfin apprécier à son tour,  les plaisir  du jeu et de la nonchalance.

Transdisciplinaire, le jeu est instrumentalisé car il correspond à une sorte de marqueur social, et sert également de vecteur hiérarchisation. S’interroger sur le place du jeu dans la société, nous renseigne sur son interaction avec diverses composantes telles que le système éducatif et les lien étroit qu’il tisse avec elles. 

Il m’arrive de temps à autres d’appeler mes amies reguibets pour avoir de leurs nouvelles, et à chaque fois, elles m’informent qu’elles  sont entrain de  jouer à Siga .

Leila Assas

* Mes remerciements vont à  Rym  Sahraoui,  Zeribaiy Mohamed Salem ,Khouita , Azza & Baybou. 

 

Bibliographie :

  • Sophie Caratini, La dernière marche de l’Empire : une éducation saharienne, La Découverte, Paris, 2009,
  •  Michel Lessourd, Les Rgueibat du Sahara occidental, CHEAM, Paris, 1964
  •  Charre Jean-Pierre. Les Reguibat L’Gouacem. Système juridique et social. In: Revue de géographie alpine. 1966, Tome 54
  • N°2. pp. 343-350.
  • Johan Huizinga , Homo Ludens – Essai sur la fonction sociale du jeu  193
  • Roger Caillois  , Les jeux et les hommes , Gallimard 1967
  • Crédit photo :  Rym Sahraoui 

 

 

 

                            

                               
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26May

La vie sociale dans le territoire des oasis occidentales, particulièrement dans celui des régions Gourara-Touat-Tidikelt, est rythmée par la célébration des ziarates. Ce sont des fêtes organisées en l’honneur d’un saint patron, en vue d’acquérir bénédiction et protection.

La  vie sociale dans le territoire des oasis occidentales, particulièrement dans celui des régions Gourara-Touat-Tidikelt,  est rythmée par la célébration des ziarates. Ce sont des fêtes organisées en l’honneur d’un saint patron, en vue d’acquérir bénédiction et protection.La ziara qui signifie   littéralement « la visite » , est une cérémonie fédérant les fidèles et les curieux. Ce culte populaire fait son apparition entre  le XIe et la XIIIe. Initiatrice de la vie sociale, la ziara jalonne la structure de la vie au ksar.

La ziara du saint patron Sidi Hmed

Dans certaines régions, c’est un événement très attendu; et dans celle de Charouine, les habitants des ksours voisins convergent vers celui de Tasfawet, où l’hospitalité est véritable un art de vivre cultivée par les zénétes .

En effet, la ziara du saint patron Sidi Hmed, un maître spirituel et ascète du ksar de Tasfawet au Gourara, et plus précisément  dans la région de Charouine; est célébrée le premier moharem du calendrier lunaire. Elle se déroule en trois jours, et se compose des cérémonies et représentations de la selka : récital du coran, du Taguerabt et Ahalil : chants liturgiques,  et d’El barud : chorégraphie représentant la dimension guerrière des aïeuls.

La célébration des ziarates est une pratique propre l’Afrique du Nord et l’Ouest. Ce sont des cérémonies au cours desquelles,  hommes et femmes méditent, échangent, et se rapprochent; affirmant ainsi l’adage local « El molakat rahma » qui pourrait se traduire en ces termes : le rapprochement est miséricorde.

J’ai eu l’honneur et le plaisir de participer à l’une de ces Ziarates. Le jour J, pour ne rien rater de la cérémonie, je me suis empressée de grimper à l’arrière d’un Pick up. Nous étions cinq, puis  huit, puis quinze… Bref, j’arrête de compter… Lahsen, notre chauffeur nous fait chavirer à chaque virage, et les neufs kilomètres  qui séparent le point A du point B virent à l’épopée.

A peine arrivés à Tasfawet, nous nous dirigeâmes vers Dar El Zaouïa ( litt. Maison de la Zaouia), véritable lieu de culte autour de laquelle s’articule la vie sociale, et se manifeste l’expression singulière d’une foi  inébranlable. Je fus gentiment conviée à savourer el Taguelat : un plat à base de galette émiettée, agrémentée d’une sauce bien relevée. 

Avec les autres convives, nous dégustons et discutons gaiment, puis nous sommes reconduites vers la  terrasse pour apprécier les chants liturgiques. Les habitants assistent de façon mixte aux cérémonies, mais El Ahalil demeure la seule manifestation qui se caractérise par la participation mixte, au rituel (compsition mixte du groupe de déclamation liturgique).

Le cercle est formé, le Abashniw, soliste et maitre d’orchestre fait retentir une voix captivante qui sera suivie par les chants en cœur, du reste de la troupe. Les rythmes saccadés sont accentués par le jeu du aguelal, un instrument de percussion qui s’apparente à la darbouka. Notre soirée se poursuit ainsi, au rythme des louanges faites au prophète et aux saints patrons du Gourara.

Dans une région désertique et enclavée « Le sacré s’exerce de manière bien plus complexe et bien plus riche » qu’ailleurs; ainsi, la ziara dont l’élément sacré régit la vie des Ksour comme un élément fédérateur, permet sans conteste de  consolider les liens sociaux.

Leila Assas

 

Bibliographies :

  • Rachid Bellil , Les Zénètes du Gourara, leurs saints et l’ahellil , revue  Insaniyate
  • MAMMERI, M..- L’ahellil du Gourara.- Paris, Editions de la M. S. H..- p. 32.
  • Abderrahmane Moussaoui, Espace et sacré au Sahara. Ksour et oasis du sud-ouest algérien
  • Paris, CNRS Éditions, 2002, 291 p. (coll. « CNRS Anthropologie »
  •  Crédit photo : Rym Sahraoui.

 

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26May

Le palmier-dattier est l’un des arbres fruitiers des plus antiques de l’Histoire de l’humanité. Il est domestiqué depuis près de 6000 ans au Croissant Fertile du bassin de l’Euphrate (berceau des plus anciennes civilisations de l’Eurasie). Par la suite, il migre vers l’ouest, et ce dans toute l’Afrique du Nord, où il incarnait d’hier à aujourd’hui l’emblème des oasis sahariennes, jalonnant ainsi presque tous les aspects de la vie sociale et économique.

Le palmier-dattier est l’un des arbres fruitiers des plus antiques de l’Histoire de l’humanité. Il est domestiqué depuis près de 6000 ans au Croissant Fertile du bassin de l’Euphrate (berceau des plus anciennes civilisations de l’Eurasie). Par la suite, il migre vers l’ouest, et ce dans toute l’Afrique du Nord, où il incarnait d’hier à aujourd’hui l’emblème des oasis sahariennes, jalonnant ainsi presque tous les aspects de la vie sociale et économique.


Un fruit emblématique du Sahara algérien 

Aride et guère clément, le climat du Sahara est parfois  peu propice à  l’agriculture. Le palmier-dattier, de par sa nature robuste, s'est aclimaté . Avec plus de 900 variétés de dattes, l’Algérie  est l’un des plus grand pays producteurs, d’Afrique du Nord. Outre son usage à des fins d’exportation,  le dattier est l’une des composantes principales de la consommation locale des oasis saharienne. Il reste ainsi incontestablement, l’aliment le mieux adapté à la mouvance nomade.

Aux prémices de l’automne, nomades et semi –sédentaires affluent vers leurs oasis : c’est la saison de l’El guetîe (la récolte), et qui continue de nos jours, à rythmer la vie saharienne. Le cycle de vie du palmier, passe par divers phases : de « l’arbre encore adolescent, gharsa, et qui n’a pas encore produit; au seuil de la maturité, puisqu’il a «  bien voulu » (ardha), entouré d’EL Mekernfa, qui vient du mot kernaf et qui désigne une sorte de carapace desséchée et parasitaire qui  se forme autour du stipe en pleine croissance.  La plante est alors dite Kebira, puis Charfa (littéralement vielle, puis  importante). »

En plus d’être très prisé et apprécié pour ses fruits, le palmier-dattier a de multiples usages : les noyaux constituent la principale nourriture des animaux, les troncs sont utilisés encore de nos jours  dans la construction des ksours et servent également de bois de chauffage et de cuisine. Les fibres  remplacent l’alfafa pour la confection de paniers, d’éventails et de chapeaux ainsi que divers  objets utilitaires.


 Un délice qui se réinvente à l’infini  

Le palmier-dattier compte autant de variétés que d’appellations. Ainsi, sa taille, sa texture et sa teneur en sucre varient également, en fonction du type de dattes : Tinkkur, Tinhud, hamira, Adeli, Takerbuch, Tinnacer,  Tazerari, Admet Figuigue. Certaines variétés jouissent d’une grande notoriété, dont la plus connue demeure Deglet Nour, de Biskra .

Les dattes se dégustent nature, on les retrouve également de de façon incontournable, en tant qu’ingrédient dans la préparation de divers plats du Sahara. Les recettes à base de dattes se  déclinent en une multitude de variantes, le plus connu étant« El rfis », un plat à base de galette émiettée, mélangé à de la datte, et nommé : « El taadeut » dans les oasis occidentales .


Rub Al-Tamr

La datte peut être déclinée en vinaigre, sirop et moulue, elle peut même remplacer le café. Elle se prête ainsi à toutes les fantaisies  culinaires, et l’une des plus prisée est Rub Al-Tamr : une mélasse obtenue suite à une cuisson de dattes dans l’eau, qu’on caramélise par la suite, sur un feu très doux, et ce jusqu’à l’obtention d’un sirop très concentré, qui se déguste accompagné d’une galette de blé.


El Legumi, la boisson proscrite

El Legumi est un alcool  fabriqué avec la sève du palmier : le bourgeon terminal du palmier, appelé le cœur de l’arbre est extrait, puis fermenté avant d’être servi  par la suite, lors des soirées privées souvent masculine. L’extraction du bourgeon nécessite d’arracher la partie haute du palmier, on appelle cela « le tuer » et c’est la raison pour laquelle, on fabrique du legumi qu’avec des palmiers en fin de vie.  Le vocable  legumi serait issu de l’arabe lâgabî-ya et signifie cela me convient. Ce terme est adopté dans  diverses régions du Maghreb, sous différentes variantes, comme par exemple à Tripoli, ou cette fameuse boisson est appelée legbi.


Autrefois, le dattier servait de  monnaie d’échange et de  mesure de troc, de nos jours, le palmier-dattier  est principalement cultivé pour ses fruits.

Arbre emblématique et mystique, le dattier a longtemps fait office d’objet de cultes, et les palmes étaient utilisées dans de nombreux rituels religieux, dont certains persistent encore dans la communauté juive.

La cérémonie du mariage en Algérie, accorde une place de choix à ce fruit, symbole de douceur et d’abondance; lequel associé au lait, qui lui représente la pureté, constitue une mise en bouche offerte à la jeune mariée qui franchi pour la première fois, le seuil de sa nouvelle maison.

 Leila Assas

 

Bibliographie :

  • Fatima Zahra ALlAM ;  Etude du cultivar Ghars du palmier dattier ( Phoenix dactylifera L.) : Analyse des métabolites secondaires et activité antimicrobienne . Université d’Oran .
  • Tannahill Reay. Food in History, Three Rivers Press, États-Unis, 1988.
  • Toussaint-Samat Maguelonne. Histoire naturelle et morale de la nourriture, Bordas, France, 1987.
  • Morton, J. Phoenix dactylifera In: Fruits of warm climates, États-Unis, 1987. Julia F. Morton (éd.). Hort.purdue.edu
  • BOUAMMAR B. et IDDER M.A, Savoir faire local dans l’Agriculture oasienne : déperdition ou reconduction. , Revue du chercheur, Université de Ouargla, 2006,


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25May

Foyer initial d’une société, l’habitat est en perpétuel mutation, il est conçu pour obéir aux besoins et exigences de ses occupants. Les populations sahariennes nomades et semi sédentaire, les kel tamasheq, appelés également touarègues, demeurent attachées à l’habitat nomade : la tente « un type d’habitat transférable qui est rapidement dressée ». Elle reste l’habitat le mieux adapté à leur mode de vie.

Foyer  initial d’une société, l’habitat est en perpétuel mutation, il est conçu pour obéir aux besoins et exigences de ses occupants. Les populations sahariennes nomades et semi sédentaire, les kel tamasheq, appelés également  touarègues, demeurent attachées à l’habitat nomade : la tente « un type d’habitat transférable qui est rapidement dressée ». Elle reste l’habitat le mieux adapté à leur mode de vie. 


Ehakit, un terroir au féminin 

La tente est appelée  en tamasheq  «ehakit » ce qui signifie  « demeure », elle est désignée sous le vocable « ehan » chez les kel tamasheq de la région de Kidal. Dans les us, coutumes, et traditions des Kel Tamaqheq, la confection et la réalisation de la tente sont confiées aux femmes, celles-ci la fabriquent en tissant des peaux d’ovins d’une longueur d’environ 6 mètres de long sur 2 mètres de largeur. Une fois cousu, le tissu est recouvert de graisse animale pour plus d’étanchéité.

Par la suite, deux poutres en bois d’acacia seront fabriquées par des forgerons, et serviront de structure (latérale) à l’étoffe. Ces poutres sont nommées timankayen, signifiant littéralement « expulser hors du ventre ».  Ce mot fait allusion au fait que c’est à ces poutres que la femme s’accroche pour accoucher.

Par ailleurs, la tente est dressée grâce à douze pilastres en bois, positionnés en structure collatérale. Six petits pieux de moins d’un mètre servent à maintenir au sol les deux largeurs de la tente. 

Lorsqu’elle coud sa tente ou la peint, la mère du foyer est aidée par d’autres femmes des campements environnants. Le nombre de femmes qui prête main forte, reflète le degré de respectabilité de la maitresse des lieux.

Une fois achevée, la tente est scindée en deux alvéoles appelées en tamasheq tajiwen. La première, séparée du reste de l’habitat par les poutres ouvragées et la porte écuelle, est exclusivement réservée  à la mère de famille, car « tous les biens personnels de la femme et autres objets valeureux s’y trouvent : le grand sac où l’on met les habits, les bijoux et autres objets précieux, la malle, la grande et belle natte traditionnelle utilisée pour atténuer la force et la température de l’air, l’écuelle de lait, les apis… » La second partie est visiblement plus exiguë, elle est réservée au reste de la famille et aux voyageurs qui s’y abritent surtout en période de grande canicule ou de froid et de pluie.

Ehakit (demeure/foyer) est indissociable de l’image de la  femme, qui œuvre pour que celle-ci soit belle et confortable. Elle reste son œuvre et son domaine privé; le lieu où elle s’épanouit, un point d’attache autour duquel évolue et prospère la famille. 


Hiérarchisation  sociale autour du «ehakit »

Le vocable ehăkit  désigne le « foyer » et par extension l’« union ».  C’est une sorte d’allusion faite, à l’origine sociale de la femme. Dans une société foncièrement matriarcale, telle que chez les kel  tamasheq, la  tente est un indice qui nous informe sur l’appartenance  statutaire de la maîtresse des lieux. «On parle souvent des gens de petites et grandes tentes pour renseigner sur le rang sociale  des  familles».

Dans un campement, l’emplacement des tentes indique quant à lui, le degré d’intimité de leurs propriétaires qui sont socialement proches les uns des autres, par les liens du sang, ou autres consensus. Celle du chef de la tribu se distingue habituellement par son  calibre et son emplacement.

Contrainte à la transhumance au gré des exigences du cheptel, la gente masculine des tribus nomades du kel tamasheq est tente 2partiellement exclue de la tente, emblème matriarcale et bien précieux de la femme touarègue au même titre que ses coffres pleins de bijoux.

Plus qu’un espace vital, « ehakit » est également un  haut lieu immatériel. Dans un environnement marqué par la rudesse, et où la solidarité exalte la pérennité des liens, la tente jalonne  et organise ainsi la vie sociale au sein de la tribu. Sa confection est l’occasion de consolider  et de renforcer le tissu social, « ehakit » devient alors un pivot autour duquel s’articulent retrouvailles,pactes et alliances.

Leila Assas 


Bibliographie  :

  • René Pottier & Saad Ben Ali, La tente noire, Éditions les œuvres représentatives, 1933
  • Hélène Claudot-Hawad, Touaregs. Apprivoiser le désert, Paris, Gallimard, 2002 (collection Découvertes, Cultures et société.
  • André Bourgeot, Les sociétés touarègues. Nomadisme, identité, résistance, Paris, Karthala, 1995
  • Crédit photo : Ouardia Ousmer 
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25May

La musique est l’une des expressions les plus éloquentes, elle nous renseigne sur la perception de l’élégance au sein d’une société. En survolant le domaine de l’histoire de l’art, et plus précisément celui de la musique par la gente féminine, nous découvrons des personnes d’exception; elles se distinguent par leur talent et illustrent la beauté par leurs chants…

La musique est l’une des expressions les plus éloquentes, elle nous renseigne sur la perception de l’élégance au sein d’une société. En survolant le domaine de l’histoire de  l’art, et plus précisément celui de la musique par la gente féminine, nous découvrons des personnes d’exception; elles se distinguent par leur talent et  illustrent la beauté par leurs chants… 

De Sapho, célèbre poétesse  grecque de l’antiquité, surnommée la sulfureuse de l’île de Lesbos; à Wallada l’indomptable andalouse et femme de lettre du XXI siècle. La musique par les femmes, incarne  l’idéal de la préciosité dans son sens le plus noble  .


L’Imzad, ou le raffinement au féminin 

Le Patrimoine culturel immatériel des Kel Tamasheq, est riche et éclectique de par ses  attributs, ses codes sociaux, son authenticité et ses arts. L’Imzad est un instrument de musique, symbole de la poésie savante. Il jouit d’une place de choix en accompagnant les chants lors des réjouissance.

La  coque de cet instrument à corde  est conçue à partir d’une demi-calebasse recouverte d’une peau, puis trouée de deux ouïes; le monocorde est quant à lui, composé de crins de chevaux. Il est à sa joueuse ce qu’un enfant est pour sa mère. Il fait parti de la famille, et à ce sujet, ne dit-on pas que : « Imzad ne as amedray ennit, iwar afud iyyen essumigh as wa hedhen » (l’imzad repose sur un genou de ma mère et moi sur l’autre. Il est mon frère ).

L’imzad est l’instrument de prédilection, du raffinement et de la distinction féminine chez les Kel Tamaheq. "C’est un autre monde dans le grand univers saharien, lequel comprend et concerne la composition et fabrication des instruments, la signification de son utilisation, les cadres traditionnels et circonstances de son jeu, la répartition des rôles selon les sexes, les âges ou les lieux, légendes rattachées [ ]L’imzad est connu pour son « registre de l’esthétique » et pour être l’« interprète des sentiments »",  mais il est également utilisé pour faire fuir les mauvais esprits et abréger les tourments des souffrants.

Exclusivement joué par les femmes, le degré de maîtrise de cet instrument est un signe de bonne éducation. Cette charge revient à la mère de la  jeune fille, désireuse d’acquérir prestige et mérite. Il accompagne les romances et les chants des hommes,  à travers l’évocation des prouesses guerrières, la courtoisie et les pérégrinations sahariennes. La joueuse de l’Imzad jouit d’un statut privilégié au sein de  sa tribu qui lui atteste le plus grand égard  et estime. Elle incarne la noblesse, l’élégance  et la délicatesse; Ch’tima de Tin tarabine  est l’une des plus vielle poétesse et joueuse de l’Imzad encore vivante.

Depuis le 04 Décembre 2013 l’Imzad est inscrit sur  la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette classification intervient après le dépôt par l’Algérie d’un dossier international en son nom propre ainsi qu’au nom du Mali et du Niger qui partagent avec l’Algérie ce patrimoine. L’Officie du Parc National de l’Ahaggar (Tamanrasset) entreprend depuis quelques années; en étroite collaboration avec le Centre  National de Recherches Préhistorique, Anthropologique et Historique; de répertorier les poèmes et légendes de l’Ahaggar.

Leila Assas


Bibliographie  :

  • -« Imzad, une musique millénaire de l’Algérie » par Dida Badi, Association Les Amis du Tassili, Editions ENAG, Alger, 2008.
  • –« Les pratiques et savoirs liés à l’Imzad »: www.usthb.dz/bu/IMG/pdf/patrimoine_fr.pd
  •  -« Les Touaregs du Tassili n’Ajjer : Pour une lecture renouvelée de la structure sociopolitique touarègue », Dadi Ag Dida , CNRPAH
  •  -Edda BRANDES « La musique d’imzad des Femmes Kel Ahaggar« , l’Université Georg-August
  •  –Crédit photo : Nadjib Rahmani
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25May

« La musique est peut-être l’exemple unique de ce qu’aurait pu être – s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées – la communication des âmes.» La musique chez les Kel Tamasheq se conjugue au féminin. Elle est une manifestation courante lors des scènes de vie quotidienne, elle est aussi l’exaltation du raffinement légendaire de la femme targuie.

« La musique est peut-être l’exemple unique de ce qu’aurait pu être – s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées – la communication des âmes.» La musique   chez  les Kel Tamasheq se conjugue au féminin. Elle est une manifestation courante lors des scènes de vie quotidienne, elle est aussi l’exaltation du raffinement  légendaire de la femme targuie.

Le Tindé, un instrument aux multiples usages

Le Tindé  est un instrument omniprésent dans la vie des Kel Tamasheq, il est à la fois un ustensile de cuisine et un instrument de musique. Cette double fonction lui procure  une grande popularité auprès des femmes targuies qui en jouent lors des fêtes, célébrations et cérémonies.

Tout comme les pilastres, qui permettent d’ériger  la tente tamasheq, l’instrument est fabriqué à partir d’un tronc  d’acacia, et là encore, c’est une besogne qui revient à la femme. Le Tindé est un mortier de taille variable, utilisé pour piller céréales, épices, produits divers : médicinales et esthétiques. Lorsque vint l’heure de  se détendre et se distraire, il est transformé en percussion. Cela souligne une ingéniosité remarquable, sans doute par soucis d’économie de matière. Recouvert d’une peau de bête, il accompagne les soirées tièdes autours du feu, sous un ciel clairsemé   d’étran (étoiles).

Une chanteuse, accompagnée d’un chœur interprète poésies et mélopées,  relatant le passé guerrier de la tribu, les prouesses et légendes d’antan. Youyou et claquements des mains ponctuent le jeu du Tindé. Deux femmes se tiennent  à proximité de la joueuse de Tindé, elles humectent la peau du tambour durant toute la durée de la soirée.

Il existe deux variantes de ce jeu : « le Tindé Nomnas » qui concerne les chants d’éloges, et le « Tindé n´Gouma », qui signifie Tindé de possession, et lequel se trouve dédié aux chants d´exorcisme. Transcendants  et hypnotiques, à l’instar de toutes les musiques de transes, les rythmes joués sont cycliques et vont crescendo.

En Algérie, Badi Lalla, «la diva»  tant admirée de l’Ahaggar, et dont la notoriété s’étend du Tassili  n’Ajjer, jusqu’à  l’Adrar des Ifoghas, est l’une des joueuses de Tindé des plus virtuoses de son temps. Elle chanta  auprès d’Ali Farka Touré, et continue de nos jours à chanter et à jouer du tindé. D’ailleurs, à la scène du FIATAA  2015 : Festival International d’Abalessa des Art de Ahggar, sa présence ne laissa personne indiffèrent…

Un vecteur identitaire

Le Tindé  de nos jours est porté  à l’universalité, et véhicule la culture et les racines des Kel Tamasheq. Des groupes introduisent divers instruments tels que la guitare électrique, le ngoni, le karkabou citant  Tindé Disswat et Tartit, ce dernier obtient la distinction « meilleur  album africain »  par le magazine Rolling Stone US et Inrockuptiples pour l’année 2007.

Fatimata Wallet Oumar , leader charismatique du Groupe Tarit est également  présidente de l’association  « Tartit n’chetma » et porte-parole des femmes  réfugiées touaregs au Burkina Faso.

Leila. Assas

Bibliographie  :

  • -« Imzad, une musique millénaire de l’Algérie » par Dida Badi, Association Les Amis du Tassili, Editions ENAG, Alger, 2008.
  • –« Les pratiques et savoirs liés à l’Imzad »: www.usthb.dz/bu/IMG/pdf/patrimoine_fr.pd
  •  -« Les Touaregs du Tassili n’Ajjer : Pour une lecture renouvelée de la structure sociopolitique touarègue », Dadi Ag Dida , CNRPAH
  •  -Edda BRANDES « La musique d’imzad des Femmes Kel Ahaggar« , l’Université Georg-August
  •  –Crédit photo : Nadjib Rahmani


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25May

Le couscous, un met voyageur dont l’odyssée nous fait déambuler à travers le Maghreb, pays des berbères, jusqu’aux portes du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest et dont l’origine semble être encore de nos jours voilée de mystère.

Le couscous, un met voyageur dont l’odyssée nous fait déambuler à travers le Maghreb, pays des berbères, jusqu’aux portes du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest et dont l’origine semble être encore de nos jours voilée de mystère.   

Présent au Mali, au Niger, au Soudan, au Burkina Faso ainsi qu’au pays Dogon. Appelé cere  en wolof, lacciri , chez les peuls en soninké, futo en mandinka, fùtu en bambara, bàsi , enfin chez les Maures, kuskus, les nombreuses dénominations de ce plat dans le Sahel, attesteraient d’une origine lointaine et non d’une adoption récente .  

Ibn Battûta, au milieu du XIV  siècle, évoque le couscous lors d’un voyage au Soudan, ce qui semble être le plus ancien témoignage en ce sens. Ainsi diverses théories pencheraient vers une origine sahélienne du couscous.  « Le couscous aurait pu voir le jour au cœur même du Sahara, chez les populations d’agriculteurs cueilleurs du Néolithique, et se replier ensuite vers des zones plus humides, au Nord et au Sud, suite à la désertification de la région »*


 De la phytothérapie à déguster

 Plat quotidien et met raffiné lors des commémorations, dans les régions du sud algérien, le couscous demeure un plat identitaire présent sous sa forme la plus connue ainsi que de nombreuses variantes : el merdoude , l’ iwzan de Ouargla , ouchou issoufer du Mzab et  Ïsh essrayr, appelé le couscous vert de Timimoun. Ce dernier apparaît comme un fil conducteur, un trait d’union entre le couscous maghrébin et le couscous sahélien. Entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. 

Plus qu’un met identitaire, Ïsh essrayer de Timimoun est une cure de phytothérapie. Ïsh essrayr, en effet, est un couscous aux vertus thérapeutiques. Le grain est ainsi roulé avec des plantes médicinales, ce qui lui donne une couleur verte et un gout prononcé. «Ïsh essrayer» signifie littéralement « le couscous des bouquets garnis »*. Il est composé de romarin, de menthe pouliot, d’armoise et d’autres plantes de la région. Durant la période hivernale où l’écart de température est prononcé et le froid glacial, ce couscous aiderait à prévenir contre les coups de froid, les troubles intestinaux et l’anémie.  

Il est accompagné d’une sauce rouge très relevée et fortement épicée. Constituée de viande rouge de chamelon ou d’ovin, elle est parfumée d’ail, de romarin, de laurier, de fenugrec et de cumin. Et en plus de la tomate, des carottes et des fèves, la sauce comporte des lentilles et des haricots de la région, appelés el tadelahkt. Les savoirs faire ancestraux confirment que notre alimentation renvoie à l’ingéniosité de l’homme à dompter l’aridité en y puisant des ressources. Ce qui rejoint la théorie des « tempéraments » de la diététique antique d’Hippocrate dont le mot d’ordre fut «des aliments, tu feras médecine».    

Leila Assas  

*Mes remerciment vont á Zineb et sa maman Khalti Hadou, deux cordons bleus de Timimoun


Bibliographie :

  • *Citation : « Couscous à la sahélienne » (Sénégal, Mali, Mauritanie), Monique Chastanet
  • * Citation : Lahlou, Saadi « Des aliments tu feras médecine », Hippocrate revisité. Cahiers de Nutrition et Diététique, ( 1999
  • FINK B., 1995, « Les liaisons savoureuses. Réflexions et pratiques culinaires au XVIII e siècle », Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint Étienne
  • OUBAHLI M., 2003, « La main et le pétrin. Alimentation céréalière et pratiques culinaires dans l’Occident musulman au Moyen Âge », thèse de doctorat d’histoire, Paris, EHESS
  • ROSENBERGER B., 1994, « Diversité des manières de consommer les céréales dans le Maghreb pré-colonial« , in Marin M. et Waines D. (éd.), La alimentación en las culturas islámicas, Madrid :
  • LAHLOU, Saadi (1998). Penser Manger : alimentation et représentations sociales. Paris : P.U.F, 1998.
  • image : Amina Outayeb


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25May

Hautement codifiée chez les Touaregs, qu’ils soient nomades ou sédentaires du Tassili N’ajjer au Adagh des ifoghas, la beauté est conceptualisée. « Dans ce pays de désert, la beauté physique mise en mots poétiques a la vertu de l’ombre et de l’eau – elle désaltère ».

Hautement codifiée chez les Touaregs, qu’ils soient nomades ou sédentaires du Tassili N’ajjer au Adagh des Ifoghas, la beauté est conceptualisée. « Dans ce pays de désert, la beauté physique mise en mots poétiques a la vertu de l’ombre et de l’eau – elle désaltère ». 

L’esthétique a longtemps été l’apanage de la noblesse qui se distingue par la sobriété et la tempérance. Le bouclier et le méhari pour l’homme, l’imzad pour la femme, sont autant des atouts que des marqueurs d’affiliation ; ils sont une extension du prestige, ils dictent l’attitude à tenir au sein de la société.


L’idéal esthétique des « Hommes bleus » 

Imprégné du monde minéral et du cosmos, la perception de la beauté chez les Hommes bleus puise son inspiration et ses ressources dans la nature, elle en est l’imitation et le prolongement. Se confondre dans le cosmos est l’une des plus grandes vocations de l’homme bleu. Le rayonnement des qualités physiques font échos aux qualités morales et allégoriques. On les surnomme « Les Hommes bleus » à cause de la teinte indigo qui caractérise leur apparence.

Avant sa synthétisation eu début de ce siècle, l’indigo était extrait de l’indigotier, une plante tinctoriale très prisée et onéreuse. Le processus de bleuissement était confié aux teinturiers haoussa de Kano au Nigeria. Tuniques, voiles et autres habits sont trompés dans l’indigo. Une fois portés, ils déteignent sur le visage, lui donnant un aspect particulier et mystérieux. Les tempes, les joues, les lèvres et les autres parties visibles sont également frottées avec El Taguelmoust (chèche).  « Le noir bleuté (tasattaft) est en effet considéré comme la teinte des origines, celle du temps et de l’espace d’avant la naissance ».

La dialectique des Hommes bleus repose sur le principe dichotomique : chaud/ froid. Légèreté /apesanteur. Dextérité/nonchalance.  

Cette union des contraires trouve son sens le plus éloquent à travers la symbolique de l’indigo. A la fois sombre et luisant, il est le parfait oxymore, traduisant la dynamique de l’éphémère inopiné et l’infini immuable.

La sphère cosmique guide les pas du nomade, elle est l’une des plus grande sources d’inspiration poétique : « le noir bleuté étincelant comme Pléiades à minuit ». L’indigo, la « septième couleur » de l’arc-en-ciel, a la vertu d’apaiser les esprits tourmentés et d’atténuer la rudesse du Ténéré. Elle permet aussi de se fondre dans l’univers. Une philosophie savamment entretenue, relevant d’une rigoureuse éducation qui berce l’imaginaire collectif et conditionne l’espace social. Les Touaregs conservent à l’abri de l’altération un idéal et un legs millénaire où l’apparat et l’attrait physique, ainsi que la sophistication façonnent l’identité de l’individu et souligne son appartenance.

La beauté, est l’un des thèmes d’inspirations les plus explorés depuis les ères anciennes. La perception du beau obéit sciemment aux convenances et à une dialectique schématisée, devenant une philosophie intrinsèque, un idéal esthétique et une quête de perfection.

Leila Assas


Bibliographie :

  • Helene Claudot-Hawad. 2011  » Plus belle qu’une troupe de faons… « . L’imaginaire de la beauté chez les Touareg.  HAL Studi Maghrebini 
  •  CLAUDOT-HAWAD Hélène, 2009, « Soigner, embellir, humaniser : le bleuissement de la peau chez les Touareg », in G. Boëtsch , D. Chevé, H. Claudot-Hawad, Corps décoré, corps coloré, CNRS éditions, Paris, à paraître.
  •  FIGUEIREDO Christina, 2001, La conceptualisation du chaud et du froid. Systèmes d’éducation et relations hommes/femmes chez les Touaregs (Imedédaghen et Kel Adagh, Mali), Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et Ethnologie, EHESS, Paris.
  • image : https://www.fotocommunity.fr/photo/touaregue-sud-algerien-studiobasta/29344046
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25May

Les civilisations d’antan naissaient et s’épanouissaient autour d’un élément plus prisé que tous les métaux précieux et toutes les autres richesses : l’eau, sans lequel toute vie serai menacée.

Les civilisations d’antan naissaient et s’épanouissaient autour d’un élément plus prisé que tous les métaux précieux et toutes les autres richesses : l’eau, sans lequel toute vie serai menacée.

Lorsqu’elle vint à manquer dans certaines contrées, la virtuosité de l’homme consista à l’acheminer par un système ingénieux de drainage des eaux. La plus antique de ces galeries, sorte de «source artificielle », date de plus de 3 000 ans. On la retrouve en Iran sous l’appellation el qanat, ou encore el falj au sultanat d’Oman, el kariz en Afghanistan et au Pakistan, el kanerjing en Chine et la khettara au Maroc, la kriga en Tunisie. Au sud de l’Algérie, plus précisément au triangle Touat-Gourara-Tidikelt, cette technique est appelé el Foggara.


Sid el ‘ain « Le Maitre de la source »

Les premières foggaras auraient existé entre le XIe et le XIIe siècles. Elles puisent dans les eaux de la nappe albienne et phréatique du plateau de Tadamait, une zone aride en surface mais qui abrite une nappe abondante. Une fois acheminée, cette eau doit être partagée avec parcimonie et équité selon deux procédés. Dans la région du Touat, le partage des eaux de la foggara, à l’instar de la khettara du Maroc, obéit à une rotation horaire et s’effectue au tour à tour, à tour de rôle. Tandis qu’au Gourara, le partage demeure plus complexe, selon une science ancestrale appelée khet el raml qui signifie littéralement le trait du sable ou encore el khet el zanati (le trait Zénète).

Le calcul hydraulique a longtemps fait office de monnaie et permettait de régulariser les échanges fiscaux entre les copropriétaires, locataires des oasis dont la répartition des eaux doit être jalonnée et contrôlée. Les litiges liés à cette répartition sont réglés sous l’égide du Sid el ain (Maître de la source) qui jouit d’un statut privilégié parmi les siens. « Il est aussi de bonne guerre de s’assurer l’amitié de ces « détenteurs du secret », dont on espère quelques faveurs dans les conditions de partage ».

Dans une société reposant sur une tradition de transmission orale, toute besogne relative à khet el remal est fixée par écrit afin de pallier aux conflits. Un registre hypothécaire d’eau, appelé el zmam, est tenu afin de tout notifier minutieusement.

Le procédé se fait grâce à el Hallafa, une planchette percée, dont chaque trou est appelé habba, unité de mesure duodécimale. Il s’agit d’une sorte de calculette quantitative pour mesurer le débit de la source. Le débit est relatif à la superficie du djenan (le jardin) et sa distance par rapport à la foggarra qui l’alimente en amont et en aval. L’eau est déversée dans un qasri qui est le bassin central qui alimente les bassins individuels (les madjens). Le débit est ainsi contrôlé par l’ouverture et l’obstruction.

La foggara est obstruée selon un temps prédéfinis pour permettre de reconstituer le niveau nécessaire, puis l’eau est débloquée pour un temps donné, proportionnel au tribut financier versé par le bénéficiaire.

De nos jours, un grand nombre de foggaras gisent sous le sable du Grand Erg Occidental, remplacées par des châteaux d’eaux. Quelques unes demeurent cependant fonctionnelles.

Ces étonnants édifices reposent sciemment sur une instruction sociale, basée sur l’œuvre collective. L’entretien de la foggara ainsi que la répartition de son eau est l’une des plus importantes tâches dans la vie pastorale des oasis occidentales.

Leila Assas

 

Bibliographie :

  • « La foggara en Algérie : un patrimoine hydraulique mondial »,  Revue des sciences de l’eau / Journal of Water Science, Volume 23, numéro 2, 2010, p. 105-117
  • https://id.erudit.org/iderudit/039903ar
  • CRISTINI et LANGLAIS, 2004 ; GOBLOT, 1979 ; WESSELS, 2005.
  •  Nadir Maarouf, « Lecture de l’espace oasien », Barzakh 2013
  • Crédit image : Rachid Bellil © CNRPH, 2016
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25May

Hrira, chorba, jari frik, hsa : la soupe algérienne s’accorde au pluriel. Qu’elle soit rouge ou blanche, onctueuse ou liquide, relevée ou légère… Elle souligne les particularités et les richesses de ce vaste pays aux milles saveurs.

Hrira, chorba,  jari frik, hsa : la soupe algérienne s’accorde au pluriel. Qu’elle soit rouge ou blanche, onctueuse ou   liquide, relevée ou légère… Elle souligne les particularités et les richesses de ce vaste pays  aux milles saveurs. Les ingrédients qui entrent  dans la préparation de la soupe algérienne sont  variables car chaque région possède ses propres traditions culinaires et puise son inspiration au gré des saisons dans la flore et la faune locale. La viande ovine, bovine ou cameline  est souvent un ingrédient indispensable; cependant, il existe une soupe traditionnelle végétarienne : El zenbou.

El zenbou est la soupe emblématique de certaines régions du sud comme au Gourara  et l’ Ahhagar. Le nom désigne à la fois le mets et l’ingrédient de base qui permet sa réalisation : le blé vert. Cette soupe « diététique » et légère demeure l’indétrônable potage, qui prélude au festin préparé pour la rupture du jeûne durant le mois de ramadan. Mais pas seulement, car elle est servie en guise de petit déjeuner au cours des longues journées hivernales, et  constitue également un remède de convalescence pour les mamans après un accouchement, et pendant la période de l’allaitement.

Le blé dur jouit d’une place de choix dans la famille des céréales. On l’utilise pour préparer divers mets de la cuisine mondiale : pain, couscous, pasta, seitan et chappattis. Et si la science moderne n’a de cesse de démonter les vertus du blé vert, ses attributs sont connus depuis des siècles par nos ancêtres.

A l’instar du pilpil utilisé au soudan et du boulghour au Moyen orient, el zenbou est une soupe dont l’aliment de base est le blé vert, lequel lui procure un  arôme doux et un gout particulier. A cet effet, il est expressément cueillit avant maturation, ce qui lui permet de garder intactes ses propriétés nutritionnelles, dont les vertus sont multiples. Ainsi, il est reconnu riche en magnésium ,en potassium et en vitamine B.Cette céréale contient également de la chlorophylle, des enzymes et des acides aminés essentiels. Il va sans dire, que le blé vert est également  une source naturelle d’antioxydants, et un allié de choix pour le système immunitaire .

La recette du zenbou est facile à réaliser; pour cela : coriandre, ail et une noix  de graisse animal (cameline de préférence) sont pillés à l’aide du merhez (un mortier traditionnel  en cuivre). A cette mixture, s’ajoute l’eau parfumée de guertoufa (une plante aromatique qui pousse dans certaines régions du Sahara algérien, notamment au  Gourara. On assaisonne ensuite en intégrant le sel et le poivre, ainsi qu’une généreuse quantité de klila (sorte de lait caillé  de chamelle, séché au soleil jusqu’à déshydratation). Le zenbou est inclus vers la fin lorsque le bouillon est porté à ébullition, au même temps qu’une  dernière touche y est apportée par l’incorporation de  fèves séchés et concassées.

El zenbou est servi chaud, parfumé de piment fort pour les plus audacieux. Bon appétit !

Leila Assas

 

Bibliographie :

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25May

Les diktats de beauté varient et évoluent au fil du temps, mais aussi des régions et des cultures. Aujourd’hui, nous vivons une ère de mondialisation qui nous impose le rachitisme comme suprême symbole d’un idéal du beau, et de maîtrise de soi.

Les diktats de beauté varient et évoluent  au fil du temps, mais aussi des régions et des cultures. Aujourd’hui, nous vivons une ère de mondialisation qui nous impose le rachitisme comme suprême symbole d’un idéal du beau, et de maîtrise de soi, cependant, il existe encore de nos jours des sociétés qui célèbrent « l’opulence » des formes, tel que nous  pouvons l’observer au pays du Soleil Levant, où les lutteurs nippons de sumo sont adulés à la Cour Impériale et élevés au rang  de dieux.


L’opulence des formes en Afrique : une mode immortelle

A Niamey au Niger, l’on célèbre le « mani- fori » qui se traduit par la  « fête des grosses ». Cet engouement pour les corps bien en chair est tel, que lorsque l’embonpoint n’est pas naturel, les femmes ont recours à la pratique du gavage, appelé : « hangandi » en dialecte zarma de l‘Afrique de l’ouest. Les femmes désireuses de se « remplumer », s’y adonnent généralement avant les jours de fêtes. Ainsi, la femme qui réussit à ingurgiter la plus grande quantité d’aliment tel que le mil, sera respectée par l’ensemble du village.

En plus d’être une tradition ancestrale, «Le hangandi », entretenue par la tribu songhay- zarma, célèbre et véhicule «un esprit de sociabilité et de solidarité».

L’opulence physique est prisée  dans la majeure partie de l’Afrique actuelle. Elle prend, chez les tribus sahélo-sahariennes un double sens, qui tend à la fois  vers l’embonpoint  physique, ainsi que vers  l’abondance matérielle  considérée comme  l’apanage des castes nobles et aisées.

De fait, la  pratique  du gavage y est très répandue, et plus particulièrement chez les Kel Tamasheq du nord du Mali et du Niger ; ainsi que chez les maures zénaga  et la tribu des Reguibets,(berbères arabisés) dont les territoires s’étendent jusqu’à Gao au Mali, et au Sahara Occidentale jusqu’à l’extrême sud-ouest de l’ Algérie,  plus précisément  à Tindouf.

Lors de ses  nombreuses pérégrinations, le célèbre géographe amazigh Ibn Battuta nous livrait déjà au XIVe siècle  ses témoignages sur les  Kel Bardama (touaregs du nord du Mali), le récit suivant : « les femmes des Bardâma sont les plus parfaites en beauté, les plus extraordinaires dans  leur extérieur, d’une blancheur sans mélange et d’une forte corpulence. Je n’ai vu dans aucun  pays de femmes aussi grasses ».

                                                                                         

 


L’opulence féminine demeure un  symbole de générosité, de procréation et de richesse dans l’imaginaire populaire de plusieurs sociétés. Pour   atteindre cet idéal esthétique, une constance diététique est imposée, et le gavage  devint une condition sine qua none pour y parvenir, ce dernier obéit à des normes précises et une rigueur draconienne.

La pratique du gavage chez les tribus sahélo-sahariennes fut observée depuis des siècles par les explorateurs.Au XIe siècle, l’historien et géographe andalous Al Bakri  établit une liste des critères des femmes, les plus appréciées de Awdaghost, une ville berbère du  sud-est de la Mauritanie (région de Hodh El Gharbi), et cite ainsi : « les jeunes filles au  teint clair, aux épaules larges, à la croupe abondante, au sexe étroit… ». Les kel tamasheq également concernés par cette  représentation de la beauté, privilégient aussi l’embonpoint des femmes.

L’opulence, du canon de beauté à l’indice de richesse.

Le gavage est une pratique codifiée qui  concerne les filles prépubères, cet engraissement est alors devenu un des diktats de la beauté, mais également et surtout, un mode de préparation des jeunes filles, à un  mariage prospère. La future épousée devient par ce processus une dot en soi, car du foyer paternel au foyer marital, elle incarnera et  véhiculera à travers ce surplus de poids les privilèges des riches oisives, c’est-à-dire : l’abondance du cheptel de chamelles laitières, et la multitudes des servantes, qui témoigneront de la fortune et de l’opulence de sa  tribu. « C’est probablement là, une question de vanité plus que d’esthétique »!

Le gavage est appelé « adaney » qui signifie : entonner, remplir, chez  les kel tamasheq; ou encore « ġabb »  en hassaniya  (dialecte arabe des maures et réguibets de Mauritanie, du Saraha Occidentale et de l’extrême sud-ouest de l’Algérie). Dans cette même région, l’allure de la femme grasse, dite « Tmayih, » (toujours en hassaniya), est caractérisée par une démarche lente et nonchalante, laquelle fut vantée par les plus illustres poètes : « Elles avancent à petits pas glissés, en se balançant lentement par un roulement régulier des hanches et de la croupe ».

L’engraissement est confié à une nourrice, elle use d’une écuelle spéciale en bois, (aγalla, plur. iγallen); laquelle munit d’un bec, contraint la future mariée à avaler jusqu’à douze litres de lait par jour : « breuvage sacré, assimilé au féminin et à la générosité de la nature ». Son alimentation quotidienne n’est pas en reste, puisqu’elle se compose aussi de sorgho et de mil. La « panse » ayant été habituée à de grosses quantités de liquide, les filles se voient frappées d’accoutumance. Une fois adultes, leur gavage sera composé de  boulettes de viandes et de bouillie de blé.

Cette pratique séculaire n’est pas sans conséquences pour la santé des femmes. Les pathologies liées à cette tradition sont souvent mortelles : troubles digestifs, diabète, problèmes cardio-vasculaires, et hypertension. La vie  de ces jeunes femmes se trouvent ainsi en péril. Elles sont victimes de « vieillisse précoce, ou encore meurent en couches« , explique Kadidia Aoudou Sidibé, présidente de l’Association malienne pour le suivi et l’orientation des pratiques traditionnelles (AMSOPT).

Suite aux changements, et aux mutations politiques, et socioculturelles du territoire Sahélo-saharien, le gavage traditionnel (sous ses formes anciennes) tend à disparaître; mais il persiste dans certaines régions, où il continue de sévir tel un atavisme tenace. En Algérie, il est  drapé d’un voile de mystère. J’ai cependant pu observer à Adrar, lors des cérémonies de Jaguar (fête dansante) une idolâtrie éloquente, et un goût prononcé pour les femmes grasses. Celles-ci vont jusqu’à avaler des médicaments d’origine non contrôlée, ou destinés aux animaux. Elles aspirent ainsi, à incarner  un canon de beauté entretenu depuis des siècles, et ressembler aux femmes dont la « beauté » fut louée par Léon l’Africain en ces termes : « Elles sont  charnues, elles ont la croupe rebondie et grasse, les seins à l’avenant ».

Leila Assas

Bibliographie :

  • Foucauld (Père Ch. de), « Dictionnaire Touareg-Français, Dialecte de l’Ahaggar », Paris, Imprimerie Nationale, 1951-52, 4 vol. , 2 024 p.
  • Bernus E., « Touaregs nigériens« . Unité culturelle et diversité régionale d’un peuple pasteur, Paris, Mémoire ORSTOM n° 97, 1981, 506 p., seconde édition, Paris, L’Harmattan, 1993.
  • Nicolas F, « Folklore touareg« , Paris, Librairie Larose, Bull. de l’IFAN, t. VI, 1944, 463 p.
  • Nicolas F, « Tamesna. Les Ioullemmeden de l’Est ou Touâreg kel Dinnik« ; Paris, Imprimerie Nationale, 1950, 279
  • Véronique Truchot, « Réflexions autour du Gavage  dans  la  Société Mauritanienne » – Le cas du milieu arabe-
  • Article –Forum des communicateurs traditionnels d’Afrique de l’Ouest sur les violences faites aux femmes au nom de la tradition, qui s’est déroulé à Ouagadougou (Burkina Faso) du 27 septembre au 3 octobre derniers
  • Helene Claudot-Hawad.  » Plus belle qu’une troupe de faons… « . L’imaginaire de la beauté chez les Touareg. Studi Maghrebini, 2011
  • Photographie : Bernus E., "Touaregs nigériens"


 

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